L’Anniversaire Surprise Juste avant le déjeuner, le directeur, Monsieur Valéry André, fit appeler V…

Anniversaire

Juste avant la pause déjeuner, le patron, Alain Deschamps, la fait venir dans son bureau.

Voilà, Camille Morel, j’ai une petite faveur à vous demander. C’est un peu délicat, mais jaimerais que vous représentiez notre entreprise ce soir pour féliciter un client important et lui faire une surprise. Aujourd’hui, je suis pris, je ne peux pas y aller moi-même, et ce nest pas une occasion à confier à la jeunesse. Mais vous êtes idéale pour ce type de mission : élégante, raffinée, pleine de charme !

Oh, vous exagérez, lui répond Camille, un brin gênée. Envoyez donc Élise, notre jolie blonde, le client sera ravi !

Camille ! Un jour, vous allez apprendre à ne pas contredire votre chef ? lance Alain, faussement sévère. Croyez-moi, il n’y a que vous qui conviendriez, les circonstances sont particulières, vous ne savez pas tout, moi oui ! Bref. Passez voir Élise pour récupérer le cadeau à offrir, puis rentrez chez vous pour vous préparer. Faites-vous belle, sortez la tenue de gala, les boucles doreilles, la broche tout ce quil faut pour briller. Élise fixera votre rendez-vous au salon “Impériale Beauté”, c’est la maison qui régale ce soir. À vingt heures tapantes, une voiture passera vous prendre, vous accompagnera au restaurant, et vous ramènera autant que besoin. Vous offrirez le cadeau, direz un mot, resterez un peu si vous voulez, puis vous serez libre. Considérez cela comme une faveur personnelle !

Camille sort du bureau, un mélange démotion et dintrigue dans le cœur. Qui peut bien être ce client ? Elle connaît tous les partenaires de poids, ce nest pas sa première année à la société, ni à un poste subalterne. Mais, après tout, il ny a pas de quoi se faire du souci. La tâche est agréable, et le salon de beauté à la charge de lentreprise, pourquoi pas ? Elle n’a rien à craindre non plus, elle connaît trop bien son patron : une longue histoire, une confiance solide, des épreuves partagées.

Bon, ce soir, on rajeunit ! Enfin, rajeunir… cinquante ans et quelques mois, ce nest pas si vieux. Elle a catégoriquement refusé de fêter son demi-siècle il y a six mois. Les enfants lont mal pris, ses amies aussi, tous voulaient se retrouver, célébrer. Mais elle na pas voulu. « Cinquante, ce nest rien, disait-elle. Trente ans, là cest une date ! Une jeune femme qui rayonne ! Soixante-dix aussi, on fait le point sur la vie, on remercie la chance ! »

Pendant ce temps, la secrétaire Élise composait le numéro du salon, regard complice vers Camille : lhoraire convient-il ? Elle lui tend un élégant coffret plat, plutôt un classeur, emballé de cellophane. Elle gazouille :

Dès votre arrivée au restaurant, demandez le coordinateur. Il saura tout, vous guidera !

À vingt heures, Camille est fin prête. Devant le miroir, elle se trouve métamorphosée. Que disait Alain déjà ? « Élégante, raffinée, pleine de charme. » Eh bien, cest tout à fait ça ! Les coiffeuses de l« Impériale Beauté » sont des fées : une coiffure mi-structurée, mi-flottante, aussi naturelle que sophistiquée.

On lui a posé un maquillage tout en transparence, rehaussant les yeux et la bouche. Une manucure discrète valorise ses doigts fins. Elle porte sa plus belle robe, les boucles doreilles en or héritées de Victor, ce temps où il vivait encore et la rendait heureuse.

Ce soir, elle représentera la Maison Deschamps dignement et ne décevra pas Alain ! Le téléphone chante : le chauffeur lattend. Elle sort dans la cour, où une Mercedes noire aux jantes larges ronronne, prête à rugir. Le chauffeur lui ouvre la porte en souriant, prend place et démarre, sous les regards incrédules des mamies et voisines du square.

« Peut-être quAlain a décroché un contrat avec un ministère, et quil faut honorer un ministre mais pour une telle occasion, il serait venu lui-même, non ? » Elle délaisse ces pensées : la voiture file, confortable et rassurante, baignant dans le cuir moelleux et une musique légère.

Arrivés au restaurant, le chauffeur laide à descendre.

Je vous attends sur le parking. Quand vous souhaitez repartir, demandez simplement au maître dhôtel.

Dans le hall, une femme distinguée en tailleur laccueille.

Camille Morel ? Je suis Marine, la responsable. Veuillez me suivre, tout le monde vous attend.

Elles gravissent un petit escalier, traversent un couloir, bifurquent à droite et se retrouvent dans une salle. Marine sourit :

Je vais éteindre la lumière, ensuite nous entrerons dans le salon. Restez près de moi, tout va bien se passer. Quand léclairage reviendra, vous comprendrez !

Que dois-je faire ? À qui offrir le cadeau ? Je ne connais même pas ce jubilé !

Si, vous le connaissez ! sourit Marine. Et même très bien, mais vous ne devinez pas encore. Pas dinquiétude, tout va aller à merveille.

Elle porte une oreillette, demande : « On y va ? » Puis elle prend doucement la main de Camille, ouvre la porte ; toutes deux entrent dans une vaste salle de réception. Marine séclipse dans la pénombre. La salle dabord tamisée sillumine graduellement, les yeux shabituent, les lustres déversent leur éclat de cristal.

Camille se retrouve sur un tapis au milieu de la salle, face à une longue table où sont attablés des convives habillés de leurs plus beaux atours, arrêtant leurs verres et couverts pour la regarder. Où est donc le jubilaire ? Les visages lui semblent étrangement familiers, presque intimes.

Tous se lèvent, des applaudissements éclatent, un orchestre entonne un air de fête. Camille ny comprend plus rien : là, cest Brigitte et André, ici, Chantal, et là-bas est-ce possible, Paul ? Oui, son fils ! Et, incroyable, sa fille Lucie aussitôt à ses côtés ! Que font-ils ici ? Connaissent-ils le jubilaire ? Un vrai mystère !

La musique cesse. Le maître de cérémonie, élégant, cheveux blancs et allure sûre, se dresse à ses côtés, micro en main.

Très chère Camille Morel ! Nous sommes tous réunis ici ce soir, en famille et entre amis, pour fêter votre anniversaire !

Comment ça, mon anniversaire ? Mais enfin sétrangle Camille.

Son fils et sa fille la rejoignent, linstallent à table, connaissent ses goûts : une larme de Cognac, un assortiment de canapés.

Cest quoi, toute cette histoire ? proteste-t-elle.

Maman, ne tinquiète pas, rit Lucie. On voulait toffrir une vraie surprise tu naurais jamais rien laissé faire, tu ne serais même pas venue si tu tétais doutée de quelque chose !

Dans cette pochette, explique Paul avec un clin dœil, il y a un séjour pour deux en Croatie, tu pars avec qui tu veux. Cest notre cadeau !

Oh là là, les enfants, mais vous êtes fous ! Un voyage, un anniversaire, ces dépenses et mon travail alors ?

Ton congé est déjà approuvé pour les dates du voyage, annonce fièrement Paul.

Par qui ? balbutie Camille.

Par Alain Deschamps ! On est entrés en contact par des amis communs, il a tout arrangé ! sourit Lucie, ravie.

Mais j’avais interdit de fêter mon anniversaire ! sexclame Camille, reprenant ses esprits.

Ma petite maman, ne fais pas ta mauvaise tête ! sourit tendrement Paul en secouant le doigt. Souviens-toi de ce que tu avais dit ? « Je déteste les anniversaires ronds, surtout ne songez pas à me faire fêter mes cinquante ans ! »

Oui, cest exactement ce que jai dit ! Alors, quavez-vous organisé ?

Nous avons préparé un anniversaire pas du tout rond, ni carré, non, un triangle ! samuse Lucie, pétillante du haut de ses trente ans passés. Un signe au maître dhôtel, les lumières se tamisent, et du plafond descend un cercle lumineux aux chiffres éclatants : 50+1/2.

Camille serre ses enfants dans ses bras, des larmes de bonheur dans les yeux, la voix brisée par lémotion, elle murmure mille tendresses.

Autour, tout suit son cours : le maître de cérémonie lance anecdotes et toasts, les serveuses filent entre les tables, le pianiste effleure les touches en piochant dans un répertoire de classiques français. La fête poursuit sa route, chaleureuse et légère, malgré cette date insolite, un demi-siècle et un peu plus, célébré comme il se doit à la française.

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