Of course! Please provide the title you would like me to rewrite and adapt.

LA BOÎTE AUX PROMESSES ÉGARÉES

Depuis quelque temps, Delphine soupçonnait quil y avait dans leur appartement parisien, outre elle et son mari, une autre présence. Non, ce nétait pas un fantôme. À ses yeux, les fantômes étaient bien trop sérieux : sils se montraient, ce nétait pas pour se mêler de broutilles quotidiennes.

Là, cétait tout autre chose. Peut-être un farfadet, un lutin de maison, qui samusait de leur vie.

Tout avait commencé par la disparition de ses chaussettes de sport. Une seule, puis sa jumelle, toutes deux blanches avec leur rayure rouge, celles quelle enfilait inlassablement pour ses séances daquagym à la piscine municipale. Elles étaient pourtant toujours là, dans le tiroir, lair de lui reprocher silencieusement son manque dassiduité. Et, soudain, elles avaient disparu. Dabord lune, puis, le lendemain, lautre.

Elles réapparurent une semaine plus tard, exactement à leur place. Enroulées ensemble, telles deux escargots. Sur le dessus, un bout de papier grisonnant, tapé à la machine avec des lettres bancales :

« Tu nous as oubliées 127 jours. On a compté. »

Cest ton œuvre ? semporta Delphine auprès de François, son époux, absorbé comme à laccoutumée par un article du Monde. Tu veux me faire comprendre que jai grossi et quil est temps de refaire du sport ?

Il la regarda, abasourdi, et protesta vigoureusement.

Pas du tout ! Cest pas mon genre.

Hum si tu le dis, marmonna Delphine, peu convaincue. François adorait plaisanter.

Puis, ce fut sa barrette préférée qui disparut celle toujours posée devant la glace de lentrée et le rouge à lèvres très cher réservé aux grandes occasions, bien calé dordinaire au fond de son sac à main.

Elle les retrouva dans le buffet de la cuisine, entre les paquets de lentilles et les pâtes. Eux aussi accompagnés de petites notes.

Sur la barrette :

« Décide-toi, cheveux longs ou courts ? Fatiguée dêtre oubliée, puis regrettée ! »

Sur le rouge à lèvres :

« Ces occasions spéciales, tu te souviens de la dernière ? Je me dessèche »

Ce nest plus drôle du tout, gronda Delphine en secouant François, assoupi sur le canapé en attendant le déjeuner.

Tu plaisantes ?! sénerva-t-il. Je ne suis pas fou à ce point-là.

Il avait raison, son mari nétait pas un imbécile. Linquiétude sinsinua dans lesprit de Delphine.

Elle tenta alors de noter scrupuleusement où elle déposait chaque objet. Elle vérifiait, refaisait plusieurs fois le tour, au point daller consulter un médecin. Dailleurs, le vieux généraliste lassura après quelques tests : sa mémoire valait bien la sienne.

Pourtant, les disparitions continuaient.

Ses stylos favoris, effilés et colorés, une blouse rayée, sa crème pour les mains… Et, point dorgue, le trousseau de clés du petit pavillon à la campagne, ce qui valut une semaine de soupirs appuyés de François !

Delphine devenait irritable : son sommeil était agité, elle sursautait au moindre bruit, changeait sans cesse de place son téléphone, ses clés, son portefeuille.

Mais ce samedi-là les choses prirent un tournant particulier.

Profitant du week-end, elle décida de trier le dressing une opération repoussée depuis des mois. Et là, dans une vieille boîte à chaussures oubliée sous les manteaux, elle découvrit tous les objets disparus. Soigneusement rangés, comme dans une vitrine dantiquaire.

Sa blouse enlaçait une courte jupe plissée. Un mot glissé dessous :

« Tu sais encore danser ? »

Les stylos, classés par couleur :

« Tu nous mâchouilles quand tu stresses. On nen peut plus de cette vie nerveuse. »

Et les clés, reliées par un porte-clés comme deux mains entrelacées :

« On sennuyait. Plus personne nallait à la campagne. Mais, contrairement à certains, on est revenues delles-mêmes. »

Delphine resta interdite.

Dans ces petits papiers, il y avait de la malice, mais aussi une sagesse empreinte de mélancolie comme si elle-même les avait écrits, mais dans une autre vie, où le temps se dilatait, jusque dans les conversations avec les objets.

Elle allait refermer la boîte lorsquelle vit au fond un tout petit carré gris, sans rien dautre quun texte, aucune chose rattachée.

Les lettres vacillaient, brouillées comme par une larme :

« Tu as promis à la petite fille du miroir que tu deviendrais peintre.

Je suis cette petite fille.

Je me sens si seule ici, dans la boîte des promesses égarées et des espoirs oubliés. »

Longtemps, Delphine resta assise, adossée aux étagères surchargées du dressing, à se souvenir

La voilà enfant, à la maternelle, la langue tirée de concentration, dessinant au feutre une maison, un soleil, papa, maman et la petite sœur.

La voilà au collège, grisée par ces aquarelles qui se répandent délicatement sur le papier mouillé.

Lodeur de la peinture à lhuile dans latelier, le silence des musées, chaque coup de pinceau comme une chanson magique, les commentaires passionnés du guide.

Elle avait cru, alors, que ce serait sa vie.

Puis, ce serait son loisir. Sa source de joie.

Et puis

Plus rien.

Non par manque de temps, mais parce quà force de remettre à demain, daccorder la priorité à dautres choses, le frisson avait disparu tout aussi mystérieusement que les chaussettes, les stylos, les clés.

Du bout des doigts, elle effleura la dernière note.

La feuille lui sembla vibrer faiblement, vivante et chaude. À moins que ce ne fussent ses mains qui frémissaient.

Un après-midi au centre commercial ou un polar de plus avaient-ils vraiment plus dimportance que ses rêves ?

Cette nuit-là, Delphine se tourna longtemps dans son lit, sans trouver le sommeil. À deux heures, elle se leva enfin, résignée.

Tu vas où ? murmura François, à peine réveillé.

Retourne dormir

Quelque part dans le dressing, javais laissé des vieilles boîtes de tubes de couleurs, pensa Delphine, et, passant devant le miroir de lentrée, elle croisa le regard de la petite fille. Un peu apeuré. Mais empli despoir.

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Léon refusait obstinément de croire qu’Irène était sa fille. Sa femme, Véronique, travaillait dans une supérette ; on murmurait qu’elle se retrouvait souvent seule dans la réserve avec des hommes du quartier. Voilà pourquoi Léon doutait que la frêle Irène soit de son sang, et il n’aimait pas cet enfant. Seul son grand-père, Mathieu, l’aimait sincèrement et lui légua sa maison. Irène, chérie seulement par son grand-père Petite, Irène tombait souvent malade. Elle était menue, de petite taille. « Ni dans ta famille, ni dans la mienne, on n’a vu un si petit gabarit », répétait Léon. « Cette gamine, c’est haut comme trois pommes ! » Peu à peu, même sa mère, influencée par Léon, s’éloigna d’elle. Mais une âme aimait profondément Irène : son grand-père Mathieu. Sa maison se situait à la lisière du village, près de la forêt. Mathieu avait été garde forestier toute sa vie et, même à la retraite, il allait presque chaque jour en forêt, ramassant baies et plantes médicinales. L’hiver, il nourrissait les animaux. On le disait étrange, un peu sorcier. Souvent, ses paroles se révélaient prophétiques. Malgré tout, les villageois venaient lui demander des remèdes. Mathieu avait perdu sa femme depuis longtemps ; seul lui restait la forêt et sa petite-fille. Dès qu’Irène entra à l’école, elle passa plus de temps chez son grand-père qu’à la maison familiale. Il lui enseignait les secrets des plantes. Les études étaient faciles pour Irène : à la question « Tu veux faire quoi plus tard ? », elle répondait « Soigner les gens ! » Sa mère prétextait ne pas avoir d’argent pour ses études, mais Mathieu rassurait la fillette, prêt à tout pour elle. Le grand-père légua à sa petite-fille sa maison et lui prédit le bonheur Véronique, sa mère, rendait rarement visite à Mathieu, sauf ce jour où elle débarqua chez lui, réclamant de l’argent après que son fils a perdu au jeu en ville et a été menacé. « Voilà qu’on vient me voir dans l’urgence ? Tu ne viens jamais autrement », gronda Mathieu, avant de refuser son aide : « Je ne paierai pas les dettes d’André, j’ai ma petite-fille à soutenir. » Furieuse, Véronique hurla : « Je ne veux plus vous voir, ni toi ni Irène ! » Lorsqu’Irène entra à l’école d’infirmières, ses parents ne lui donnèrent pas un centime ; seul Mathieu l’aidait. Elle s’en sortait grâce à sa bourse d’études, car elle était brillante. Avant la fin de ses études, Mathieu tomba malade. Sentant sa fin proche, il confia qu’il léguait sa maison à Irène, lui recommandant de chercher du travail en ville mais de ne jamais oublier la maison : « Tant qu’il y aura une âme qui y vit, la maison restera vivante. L’hiver, il faudra allumer le feu. N’aie pas peur de passer la nuit ici seule : c’est ici que ton destin te trouvera », prophétisa-t-il. « Tu seras heureuse, ma petite. » Il semblait savoir… La prophétie de Mathieu s’est réalisée Mathieu s’éteignit à l’automne. Irène devint infirmière à l’hôpital du département. Le week-end, elle retournait dans la maison du grand-père, allumait le feu pendant les grands froids, profitant des bûches amassées par Mathieu. Un jour, un week-end glacial, bloquée dans la campagne par la neige, elle vit frapper à la porte un jeune homme : « Bonjour, je suis bloqué devant chez vous avec ma voiture, vous auriez une pelle ? » Il accepta son aide, tout en lançant en riant : « Hors de question que vous soyez ensevelie sous la neige aussi ! » Après plusieurs tentatives de déneigement, Irène l’invita à prendre un thé chaud dans la maison. « Vous n’avez pas peur de vivre seule près de la forêt ? » demanda-t-il. Irène lui expliqua qu’elle travaillait à l’hôpital de la ville, ne revenant dans la maison que le week-end, inquiète des intempéries. Le jeune homme, Stanislas, proposa de l’accompagner au centre-ville ; il y vivait aussi. Elle accepta. Après le travail, Irène rentra à pied et eut la surprise de retrouver Stanislas sur son chemin : « Il faut croire que votre thé aux herbes a des pouvoirs magiques ! J’avais très envie de vous revoir… et peut-être partager à nouveau ce délicieux breuvage. » Ils n’ont pas fait de grande fête pour leur mariage. Irène ne voulait pas ; Stanislas a fini par céder. Mais ce fut une histoire d’amour authentique. Irène découvrit que, ce n’est pas qu’un conte, il existe des hommes qui portent leur femme dans leurs bras. Lors de la naissance de leur fils, tout le monde s’étonna que cette frêle maman ait mis au monde un vrai gaillard ! Au moment de choisir le prénom, Irène déclara : « Il s’appellera Mathieu, en hommage à un homme vraiment exceptionnel. »