Un matin, Paul appelle sa femme Lucie par un autre prénom… Petit-déjeuner sous tension, malaise et r…

Journal intime de Sophie, 21 juin

Ce matin, quelque chose de troublant sest produit. Pendant que je préparais le petit-déjeuner, Julien, mon mari, ma enlacée doucement et murmuré à mon oreille :
Bonjour, Camille.
Puis, aussitôt, il est retombé dans le sommeil, paisible.

Moi, jai ouvert les yeux, glacée deffroi. Comment était-ce possible ? Tout allait bien, nest-ce pas ? Ou alors je me trompais sur notre bonheur ?

Quelques instants plus tard, Julien sest réveillé en baillant :
Sophie, tu es toute froide, jen ai perdu mon sommeil. Tu vas bien ? On est en été pourtant. Allez, je fais du thé.

Il est parti, lair de rien, sifflotant en direction de la cuisine.

Après quelques minutes, je me suis levée lourdement, comme si mes jambes étaient en plomb. Un bruit blanc dans la tête, peut-être qu’un peu de thé me ferait du bien.

Julien ma demandé des crêpes. Je lui ai lancé un regard sombre :
Ce matin, tu mas appelée Camille.

Il a eu lair surpris :
Quoi, mon cœur ?

Julien, ne fais pas semblant de ne pas comprendre. Tu mas appelée Camille.
Tu as rêvé, Sophie. Cest le matin, ça arrive, Sophie, Camille Ne sois pas si sombre. Je vais partir travailler le ventre vide, alors.

Jai erré un moment dans la maison, perdue, arrosé les plantes, fait les crêpes, puis me suis vite préparée pour aller voir Julien à son cabinet. À force, je me suis dit que javais peut-être rêvé. Camille, Sophie cest si proche.

***

Dans la salle dattente de Julien, une nouvelle secrétaire. Je sens mon ventre se nouer, mes peurs du matin reviennent.

Une jeune femme magnifique, une cascade de cheveux roux et bouclés, une poitrine fière.
Monsieur Julien Martin est occupé, il ne reçoit pas aujourdhui. Je peux vous proposer un rendez-vous la semaine prochaine.

Ça sera utile, prends donc le rendez-vous pour toi-même, lui ai-je lancé, involontairement.

Pardon ? Qui êtes-vous, madame ?
La malheureuse épouse ! Sophie Durand. La femme de Julien Martin. Allez, poussez-vous. Assez de bichons sur ce trottoir.

À ce moment-là, le haut-parleur laissa entendre la voix joyeuse de Julien :
Camille, peux-tu mapporter un café ? Camille ?

Un sourire ironique ma échappé.
Très bien, je men charge.

***

Ma douce Sophie ? bredouilla Julien, en me voyant entrer dans son bureau avec le plateau. Quelque chose ne va pas ?

Ton café. Et des crêpes. Le dossier pour le divorce arrivera par La Poste. Bon appétit.

Sophie, bon sang, quest-ce quil se passe ? Depuis ce matin, tu te comportes comme une sorcière.

La sorcière est à la réception. Pourquoi elle garde ses cheveux détachés ? Un dentiste respectable et une secrétaire si vulgaire On dirait un roman de gare, Julien.

Arrête, Sophie. Tu mexcèdes. Je vais aller vivre une semaine à la maison de campagne. Appelle-moi quand tu seras calmée.
Trop tard, Julien. Je ne tolère pas la trahison. Je ne pardonne pas. Dis-moi juste pourquoi ?

Julien soupire, grimace en buvant son café.
Véronique est partie. Jai engagé Camille sur sa recommandation.

Depuis quand ?
Un mois il détourne le regard.

Pourquoi tu ne mas rien dit ? Tu partageais tout avant.
Je ne pensais pas que Camille resterait. Mais elle travaille très bien.

Jen suis sûre.
Pour le travail ! il rougit. Juste pour le travail.

Et pas que ça.

Cest arrivé sans que je le veuille, je te jure !
Si tu ne voulais pas, tu naurais pas trompé. Je vais faire mes valises.

Tu vas où ? Je tai dit que je pars à la maison de campagne, toi aussi tu veux fuir ? Sophie, je ne veux pas divorcer !
Il le faudra. Je ne supporte pas dentendre mon prénom, pas après ça. Ta secrétaire rousse me hantera. Ma santé mentale est déjà mise à lépreuve. Je travaille avec des enfants, tu te rappelles ?

Tu vas aller où ? Reste à lappartement.
Jai ma propre maison.

Ce vieux pavillon de bois, au fin fond du bourg ?
Cest le mien. Point final.

***

Cette maison héritée de mes parents me donne envie de pleurer. Tant de souvenirs, mais rien que la poussière et lodeur de renfermé.

Ma meilleure amie, Corinne, bougonne :
Tu ne tiendras jamais ici, Sophie. Rentre chez toi. Tu pourrais vendre cette maison, acheter un appartement sur crédit Tu verras.

Je ne veux pas voir. Je ne peux pas. Et toi, tu pourrais vivre ici ?
Je ne sais pas ce que je ferais à ta place.

Je fais le tour du propriétaire et ouvre toutes les fenêtres.
Dis donc, on peut bien vivre ici avec le temps. La maison est solide. Quinze minutes pour aller en ville. Les gens du coin adorent le bourg, on ny vient jamais, pourtant tout le monde le veut

Certes, mais cest du travail ! Et il faut vivre là tout de suite. Tu veux venir chez moi ?

Où ? Dans le débarras ?
Ma fille Carla est chez mes parents, il reste sa chambre.

On ne touche pas à la chambre dune ado, tu le sais.
Toujours plus Tu sens cette odeur ? me demande Corinne Ça sent lherbe, la campagne, lenfance.

Oui, lherbe a pris le dessus. Faut faucher.
Tu ne ten sortiras pas.

Je commanderai une équipe. Jai des économies, grâce au cabinet privé de Julien. Il trouvait mon salaire insignifiant : Met de côté pour tes loisirs, disait-il.

Julien était un bon gars.

Je le croyais Cest lourd sur le cœur.
Je comprends.

Non, tu ne comprends pas. Jai pensé arracher les dents de Camille, quelle puisse demander des nouvelles à Julien ensuite. Mais où irais-je ? Elle est jeune et en bonne santé.

Tu nes pas vieille ni malade ! Quarante ans, cest le début de la vie.

Comment expliquer à ma fille Pauline ? Je ne veux pas quelle arrête ses études pour venir me réconcilier

Vingt ans ensemble Pas trop dur ?
Pas de regret : Pas de regret, que ce sont les abeilles qui lont dans le derrière. Laisse-moi, Corinne.

Tu es dure, Sophie. Je pensais que tu pleurerais.
Personne ne verra mes larmes.

Cest le stress qui te parle.
Peut-être bien. Tu voulais me soutenir ? Tiens, prends le seau, on va chercher de leau. Je lave les sols.

Tu ferais mieux daller à lhôtel Vraiment, tu veux retaper cette maison ?

Pourquoi pas ? Je ne veux ni la vendre, ni la détruire.

Tu pourrais engager un architecte, remettre tout en ordre cest votre appartement commun, non ?

Je ne veux pas y rester.
Tu ne vas pas le partager ?

Je pense que Julien le laissera à Pauline et moi. Il a sa maison de campagne. À elle de décider, moi je nen veux pas.

Son chalet est somptueux pourtant
Il y aura tout ici. Arrête de râler, merci pour ce soutien Allez, on va à la fontaine.

Et le puits ?
Je naime pas les puits. Jai envie de marcher, voir les environs.

***

La fontaine a disparu, remplacée par une villa neuve et élégante, protégée par une haute barrière.

Pas étonnant, dit Corinne en haussant les épaules. Regarde comment tout sest construit autour du vieux bourg. Ils vont sûrement chercher à sétendre.

Peut-être quils nont pas eu le temps de finir leur clôture.

Regarde, une voiture arrive, sûrement les propriétaires.

Toi, tu devrais écrire des contes.

La vie vaut toutes les histoires.

Il est pas mal, ce monsieur, non ?
Corinne, arrête. Jai un divorce en cours, je veux la paix.

Tu fais quoi, alors, plantée là ?

Je vais demander où est la fontaine, jai besoin deau.

Un voisin, austère, mains dans les poches, na même pas salué. Silence lourd. Puis :
Vous cherchez quelque chose ?
Des bûches à fendre ai-je répondu.

Vous êtes la propriétaire de la vieille maison ?
Oui, ici il y avait une fontaine. Jai besoin deau.

Désolée, elle a disparu. Mais vous pouvez prendre de leau au puits chez moi.

Je vais aller à mon puits.

Pourquoi ne pas y aller tout de suite ?
Je naime pas les puits.

À toi la santé, dit Corinne, en me prenant à part. Tu as pensé à tout, hein ?

***

Le lendemain matin, jai été réveillée par des cris de cochon, comme dans mon enfance. Personne dans la maison, rien, juste de la solitude. Encore les larmes qui menacent. Quelle idée dêtre venue ici ! Ça doit être le stress.

Mais voilà encore des grognements, des bruits dans lherbe.

Qui est là ? Jappelle la gendarmerie !

Nayez crainte, cest votre voisin. Je viens récupérer Hector.

En pyjama, je sors sur le perron.

Hector ? Mais de quoi parlez-vous ?
Hé, Hector ! ignore-t-il mon ton amer.

Dans les hautes herbes, un grognement puis le nez dun petit cochon noir apparaît.

Hector, viens, on rentre, mon vieux.

Je navais jamais vu de porcelet noir.
Il est de race ?

Pas du tout, je ny connais rien en cochons.

Pourquoi vous en avez un ?

Il a débarqué chez moi, sest installé, jai cherché dans tout le village, personne ne réclamait de cochon. Je me suis attaché. Hector cest un ami. Peut-être quil a échappé à enfin, je ne voulais pas le rendre si cétait pour le voir repartir à labattoir.

Comment vous êtes arrivé ici avec des idées pareilles ?

Jaime la nature, le calme, la campagne, la ville nest pas loin. Vous aussi, on dirait, pas vraiment du coin.

Pourquoi dites-vous ça ?

Je ne vous ai jamais vue en trois ans, votre jardin est envahi par lherbe. Et vous êtes belle.

Écoutez, monsieur, pas la peine den rajouter. Je viens de divorcer. Jsuis à bout. Jai grandi ici, à lépoque tout le monde avait des cochons.
Je vois comment vous tenez une hache Vous êtes dures.

Hector, viens, on est en danger ici. Mais allez, pas de panique. Je mets la clôture bientôt, votre herbe plaît beaucoup à Hector.
Je ne frappe ni les enfants, ni les animaux. Au revoir.

***

Le lendemain, le couinement dun chiot me réveilla. Ce village : cochons, voisins, chiens, je venais pourtant me retrouver seule !

Javais passé la journée à tourner, rien fait, juste un tour au supermarché local. Javais même laissé lherbe pousser.

Dehors, un chiot couinait au pied de la fenêtre.

***

Le voisin tarda à ouvrir, je commençais à mimpatienter. Enfin, la porte souvrit, pyjama, regard endormi, Hector à ses côtés.

Cest votre chiot ?
Pourquoi ?
Pas de clôture, des porcelets, peut-être des chiens aussi.

Vous ne voulez pas le garder ? Une maison individuelle sans chien, ça nexiste pas. Jhésitais à adopter à la SPA

Je nai jamais eu de chien. Mais vous, avec Hector, vous gérez.

Prenez-le comme un cadeau entre voisins. Trouvez-lui un nom.

Arsène ?
Surtout pas ! Je mappelle Arsène. Peut-être Plume, alors ?

Plume et Hector ? Parfait. Merci ! Et vous, votre nom ?

Sophie.

Joli prénom.

Je vais y aller

Avec un chiot, un cochon, et tant de souvenirs douloureux.

Vous avez le temps de partir. Je vais vous aider avec Plume. Je vous apprends à dresser un chien. Après, vous pourrez prendre un vrai chien de garde si vous voulez.

Il nest pas mal, ce voisin, comme disait Corinne Elle avait raison pour le nom de famille de Julien : Durand, destin de dur. Je trouvais ça drôle Voilà où ça ma menée, avec une maison sans eau courante et des toilettes dehors. Jaimerais une douche.

On fait ici une fête pyjama ? la voix de Julien me fit sursauter.

***

Je vous présente, dit-je, fatiguée : Julien, Arsène ; Arsène, Julien mon mari, bientôt ex. Tu fais quoi ici ? Comment tu mas retrouvée ?

Facile, la grille ouverte, la porte aussi. Je voulais juste voir si tu avais changé davis sur le divorce. Mais je vois que non. Tu me faisais des scènes, et toi aussi, hein ? Depuis combien de temps ?

Depuis longtemps, dit Arsène. Sophie ne voulait pas vous blesser. Mais maintenant, tout est clair. Cest quand le divorce ? On se mariera ce jour-là, pas vrai, chérie ?

Je suis restée neutre.

Daccord, dit Julien. Pauline est passée à la maison. Je croyais le chalet vide, elle est venue avec son copain. Tu devrais lui parler, elle tappelle. Et toi tu restes ici

Julien sen alla. Je lance un regard interrogateur à Arsène.

Pourquoi ce numéro ?

Votre maison est vieille, sans eau ni gaz, toilette dehors, vous allez toujours venir chez moi, et avec Plume, Hector Faites simple. Venez chez moi. Je ne veux plus être seul. Pas de femmes de passage : vous, cest suffisant. Pas denfants à faire, entre nous on a déjà nos enfants On vivra tranquillement. Je vous aide à rénover votre maison, vous serez plus heureuse. On passe au tutoiement ?

Vous êtes fou ! Je ne vous connais pas, je viens dêtre trahie. Tenez-vous loin.

***

Un an plus tard, nous nous sommes mariés. Nous avons adopté un chat.

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