Une seule demande Vika apprend le déménagement de « sa grand-mère » par la voisine, lors de sa vis…

Un seul souhait

Cest une voisine qui raconta à Camille que la grand-mère avait déménagé. Camille rendait toujours visite à la vieille dame le jour de ses fêtes, achetait un gâteau et un sachet de prunes la grand-mère en raffolait. Devant limmeuble, alors quelle cherchait son portable dans son sac, la voisine du premier étage linterpella :
Camille, cest toi ? La grand-mère a déménagé.

En réalité, ce nétait pas de sa grand-mère dont il sagissait, mais celle de son ex-mari. Camille avait rencontré Vincent à la fac, à lépoque où il vivait encore avec sa grand-mère. Quand il lavait emmenée la présenter, Camille en était terrifiée, sachant quelle allait passer « lentretien ». Vincent navait ni père ni mère, sa grand-mère lavait élevé depuis lâge de cinq ans. Mais Camille sinquiétait à tort la vieille dame l’accueillit aussitôt comme sa propre petite-fille.

Ils sétaient mariés en cinquième année, et la grand-mère leur avait offert, à leur mariage, un cadeau inimaginable : un petit appartement. Certes, en périphérie de Lyon, au cinquième étage sans balcon, mais il était à eux. Elle avait économisé toute sa vie pour ne pas gêner les jeunes.

Camille navait jamais rien possédé. Son beau-père veillait scrupuleusement à ce quelle ne mange pas plus que ses propres enfants, ne consomme pas plus deau que nécessaire, et la réprimandait pour chaque watt délectricité gaspillé. À dix-sept ans, Camille avait commencé à travailler comme serveuse et avait loué une minuscule chambre, digne dun débarras. Pas de place en cité universitaire, car elle avait une adresse lyonnaise. Bref, cet appartement lui paraissait un château.

Elle ny vécut pas longtemps. Un an après le mariage, rentrant plus tôt dun service (pour préparer le petit déjeuner à Vincent), Camille trouva dans son lit une blonde au nez retroussé. Celle-ci fumait, envoyant de fines volutes de fumée vers le plafond, et des bruits deau venaient de la salle de bain. La blonde nétait pas embarrassée, et se couvrait simplement du couvre-lit offert par la grand-mère pour le Nouvel An.

Ainsi sacheva leur histoire vieille de cinq ans. Camille navait pas fait de scène, ils se séparèrent calmement. Lappartement resta, bien sûr, à Vincent. Elle nen réclama rien, même si la blonde la suivit à chaque étape du divorce en disant haut et fort : « Fais-lui signer une décharge, ou elle va tomber enceinte du premier venu et te réclamer lappartement ! »

Où a-t-elle déménagé ? sétonna Camille, pressant sur son téléphone pour couper lappel.

Eh bien, dans leur appartement ! Les enfants de Vincent attendent un bébé, alors ils ont échangé.

Camille sinquiéta : la grand-mère avait du mal à marcher depuis sa fracture du col du fémur, et ce logement était au cinquième, sans ascenseur. Comment allait-elle y vivre ? Juste avant le jour où elle avait trouvé la blonde, Camille et Vincent avaient décidé de sinstaller chez la grand-mère pour soccuper delle ; maintenant, la vieille dame vivait seule, dans un nouvel endroit où elle navait aucun repère. Ici, tout limmeuble la connaissait, elle pouvait toujours demander de laide.

La nouvelle du bébé piqua aussi Camille : avec elle, Vincent refusait den avoir, disant quil voulait profiter de la vie pour lui.

Merci, Madame Dubois…

Camille prit le bus, patienta quarante minutes, serrant son gâteau pour ne pas labîmer.

Retourner dans lappartement qui lui avait semblé un palace pendant un an lui serrait le cœur. Elle suivait son ancien trajet, annotant les changements : une nouvelle enseigne de magasin, un terrain clôturé… Dans la cour, une nouvelle aire de jeux avait été installée, et un garçon de six ans, les pieds nus dans une flaque, annonça joyeusement :

Je suis à la plage !
Camille sourit et sortit une tablette de chocolat de sa poche :
Tiens, Robinson !

Naturellement, la grand-mère prétendit que tout allait bien, et que cétait son idée.

Vincent viendra me voir, achètera les courses si besoin, et mamènera à lhôpital, expliqua-t-elle.

Quand est-il venu pour la dernière fois ? demanda Camille.

Hier, justement.

Camille comprit que la grand-mère mentait, car le sac poubelle sous lévier débordait et le pain était dur comme de la pierre.

Je vais filer à lépicerie, proposa-t-elle. Jai oublié dacheter du fromage.

Le prétexte du fromage était inventé.

La grand-mère protestait, mais Camille insista. En partant, elle fit exprès doublier son parapluie, pour revenir le chercher et faire à nouveau les courses. La grand-mère résistait, assurant que cétait inutile et que Vincent venait, mais quand Camille tomba malade à lautomne et disparut une semaine, craignant de la contaminer, la vieille dame appela timidement pour demander quand elle pourrait la revoir.

Il était difficile de venir souvent, alors Camille trouva une solution : le petit garçon « à la plage » fit le ménage, sortant les poubelles pour vingt euros par semaine, et Camille commandait les courses en livraison, allant jusquà offrir un smartphone à la grand-mère et lui apprendre à utiliser lapplication. Vincent disait toujours quelle ny arriverait pas, mais elle sen sortit très bien. Camille passait la voir chaque semaine, parfois plus, parfois moins. La grand-mère semblait avoir oublié que Vincent fut autrefois lépoux de Camille, elle montrait fièrement des vidéos de son arrière-petit-fils reçues sur le smartphone.

Est-ce quon ta déjà amené larrière-petit-fils ? demanda Camille.

Oh, voyons, il est encore tout bébé !

À la fête du premier anniversaire, on lui amena lenfant : la grand-mère demanda à Camille de retirer cinq cents euros de sa carte pour faire un cadeau. Ainsi, Camille savait exactement quand Vincent venait à son anniversaire, à celui du petit, au Nouvel An, et une fois en avril, sûrement pour lanniversaire de la blonde. À chaque fête, la grand-mère retirait une jolie somme pour offrir.

La grand-mère tentait aussi de donner de largent à Camille, mais Camille refusait :

Je serai vexée, disait-elle.

Un jour, la grand-mère lui dit :

Très bien. Mais promets-moi dexaucer un seul souhait. Et je ne tembêterai plus avec le sujet de largent.

Quel souhait ?

Plus tard, je te le dirai.

Daccord, plus tard. Camille accepta.

Quand Paul arriva dans la vie de Camille, la grand-mère fut la première au courant. Camille avait peu de relations avec sa mère, qui buvait avec le beau-père, ne cessant de gronder Camille et la traiter de ratée.

Tu as laissé filer un homme avec un appartement, tu es vraiment bête ! Tu vas finir toute ta vie dans des boîtes à chaussures !

Paul navait pas dappartement, mais il promettait den acheter un un jour. Il était de cinq ans son cadet. Camille repoussa longtemps ses avances puis finit par céder. Gentil, drôle, et sa famille accueillit Camille immédiatement. Ils vivaient dans une maison de campagne à la périphérie, et Paul avait cinq frères.

Je nai pas osé tenter une fille une septième fois, confia avec tristesse sa mère. Jattends des petites-filles ! Tu veux des enfants, ou tu es carriériste ?

Je veux des enfants, admit Camille.

Parfait, jattends la petite-fille de vous deux, Paul est le plus sérieux, les autres sont des chenapans !

Ils se marièrent simplement, sans grande fête, préférant partir en voyage avec leurs économies. Camille était préoccupée par la grand-mère, mais que pouvait-elle faire ?

Son inquiétude nétait pas infondée. Personne ne sait vraiment ce qui s’était passé peut-être quelle se sentit mal et alla quérir de laide, ou voulut descendre les poubelles par elle-même… On la trouva sur les escaliers, déjà froide.

Camille savait quelle ne devait pas pleurer ou trop saffliger elle venait dapprendre quelle était enceinte, et avait hâte de lannoncer à la grand-mère… Comment ne pas pleurer ? Si elle nétait pas partie, rien de tout cela ne serait arrivé ! Elle nassista même pas aux obsèques : Vincent navait pas prévenu Camille, alors quil savait quelle voyait encore sa grand-mère. Elle ne lui demanda rien.

Quelques jours plus tard, cest la femme de Vincent qui appela :

Tu te crois la plus maligne ? On ira au tribunal, et on prouvera quelle était folle quand elle a écrit ça !

Camille ne comprit pas tout de suite. La blonde ségosillait, insultait, puis Camille devina quil était question dun appartement.

Le lendemain, elle reçut un appel du notaire. Il linvitait à venir lire le testament. En fait, la grand-mère lui avait laissé une lettre.

Camille la lut en larmes : tant de mots bienveillants, tant de gratitude, Camille en fut gênée elle navait jamais agi pour être remerciée, juste parce quelle aimait sincèrement la vieille dame comme sa propre famille. Elle navait personne dautre à aimer. « Voici ma demande : accepte cet appartement, cest le seul moyen que jai de te remercier. »

Camille pensait quil sagissait du logement où vivait la vieille dame, mais le notaire précisa quil parlait de lappartement de deux pièces où Vincent vivait avec sa femme. Lautre, le studio, était à Vincent, donné par la grand-mère.

Camille demanda un temps de réflexion, discuta avec Paul. Elle ne voulait pas dappartement qui lui apporterait ennuis et menaces, pas question de risquer son enfant. Mais ne pas réaliser le souhait de la grand-mère serait malheureux. Ils en discutèrent longuement et prirent une décision ensemble.

Vincent et sa femme furent convoqués chez le notaire, après conseil. Le notaire pensa que Camille nétait pas très futée, mais ne lui fit pas de remarques.

La femme de Vincent lattaqua verbalement avec agressivité, menaçant de la frapper si Paul navait pas été présent.

Tais-toi ! lança brusquement Vincent. Elle a droit à lappartement, elle a pris soin de la grand-mère pendant trois ans.

Camille fut si surprise quelle en resta sans voix : elle avait préparé un long discours à destination de Vincent.

Il ny a rien à discuter, nous viderons les lieux et libérerons lappartement, finit-il sans regarder Camille.

Cest alors que Camille exposa son projet : elle ne voulait pas bouleverser leur vie, que le studio lui suffirait en banlieue ; elle avait déjà réglé le tout avec le notaire, ne restait que laccord de Vincent.

Pour la première fois, Vincent la regarda dans les yeux, un regard coupable.

Sa femme sapaisa, réclama du café et des biscuits, fatiguée par le trajet, exigeant quon accélère les choses et ne la dérange plus.

Camille mit au monde une petite fille. Elle la prénomma Sonia comme la grand-mère. Et la mère de Paul fut comblée ! Dautres petites-filles viendraient sûrement un jour, mais Sonia resterait la préférée

La vie, parfois douloureuse, nous enseigne la gratitude : il suffit souvent dun geste damour sincère pour changer le destin de ceux qui nous entourent, et se rappeler que tout ce quon offre, finit toujours par revenir, dune façon ou dune autre, dans notre cœur.

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Une seule demande Vika apprend le déménagement de « sa grand-mère » par la voisine, lors de sa vis…
Valérie a sacrifié son entretien d’embauche pour porter secours à un vieil homme qui s’était effondré sur une avenue animée de Paris !