D’abord nous dépensons ton argent, ensuite chacun dépense le sien. Tout a commencé avec un héritage…

On commence toujours par dépenser ton argent, ensuite chacun puise dans le sien.

Tu sais, toute cette histoire a commencé avec un héritage, alors que je pensais que ça ne me concernait pas vraiment Et pourtant, tout mon petit monde sest renversé.

Les funérailles étaient banales des gerbes, des cousins, des soupirs, lodeur dencens Rien dextraordinaire. Jusquau moment de la lecture du testament. Un appartement vieux immeuble, dans une banlieue de Paris laissé en parts égales à trois neveux.

Ça na pas traîné, la discussion a démarré tout de suite. Lun, avec deux jeunes enfants et un logement minuscule, a timidement laissé entendre que lappartement lui serait précieux, mais sans vraiment insister. Une autre, une femme élégante avec un mari bourré de fric, a renoncé en grande pompe. Elle a affirmé quelle nen avait pas besoin, que tout allait très bien pour elle, et quun toit serait bien plus utile pour quelquun avec une marmaille.

Tout le monde était touché. Geste noble. Applaudissements, soupirs, quelques larmes.

Moi, clairement, javais la sensation que quelque chose clochait.

Mon mari gardait le silence. On vivait depuis des années dans mon appart. Je ne lui ai jamais rien reproché, mais la vérité, cest que ce nétait pas chez lui. Et là, face à la possibilité davoir enfin quelque chose à son nom, il tergiversait.

Le soir, je lui ai demandé franchement sil comptait lui aussi renoncer.

Il ma répondu quil ne savait pas encore.

Et là, jai craqué.

Je lui ai demandé sil avait seulement une chose à lui ne serait-ce quune chaise. Je lui ai rappelé que la femme, celle qui sest retirée, peut se le permettre son mari vaut des millions. Pour elle, cet appartement, cest une broutille. Pour lui, cest une vraie chance.

Il sest énervé. Il ma dit que cétait son héritage, que ça le regarde. Chacun dispose de ce qui lui appartient.

Jai pris note, sans rien ajouter.

Il a été nerveux, hésitant, pendant quelques jours. Finalement, il a choisi de se retirer. Ses parents lui ont promis quun jour, un autre appartement serait pour lui. Quils ne labandonneraient pas.

Il a signé la renonciation.

Il ma offert un bouquet. Il ma préparé le dîner. Jai accepté. Mais jai tout gardé en mémoire.

Les années ont passé.

Un jour, mon père est décédé. On nétait pas très proches mais il ma laissé un appartement. Pour moi. Héritage.

Jai eu envie dinvestir, de le rénover, et, plus tard, de le donner à ma fille. Pour sa sécurité. Pour son avenir.

Et là, mon mari a explosé.

Il sest mis à parler de « biens communs », à dire que je devrais lui demander son avis, quon pourrait acheter plus grand pour nous.

Je lui ai demandé depuis quand mon héritage était devenu « commun ». Je lui ai rappelé ses propres mots ce qui est à moi est à moi, ce qui est à lui est à lui. On ne touche pas à lhéritage de lautre.

Il sest emporté, il voulait lappartement tout de suite. Que notre enfant puisse attendre.

Et là, jai compris.

Il ny aurait jamais de futur appartement pour lui. Les belles promesses étaient du vent. Dans la famille, une cousine venait dêtre quittée, avec des enfants, et ses parents ont préféré lui donner lappart à elle.

Je lui ai demandé doucement :
Et toi, tu vas vivre où ?

Rien. Silence.

Puis il ma lancé un ultimatum soit on achète un appart ensemble, soit on divorce.

Aucune hésitation.

Jai choisi le divorce.

Parce quil ne voulait pas une famille. Il voulait se rassurer grâce à moi, grâce à ma sécurité. Celle que je veux transmettre à ma fille.

Il a dit que je lavais « troqué contre un appartement ».

Pas du tout.
Jai choisi ma fille.
Son avenir.

Quant à lui
Quil se console en se rappelant à quel point sa famille était fière de ses belles décisions.

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D’abord nous dépensons ton argent, ensuite chacun dépense le sien. Tout a commencé avec un héritage…
Ils n’ont jamais été chassés, avons-nous répondu à l’un comme à l’autre, ils ont eux-mêmes choisi de ne pas rester ! Qu’ils reviennent, nous serions ravis ! — Reste assise ! On n’est pas à la maison ! — déclara calmement Pierre. — Pourtant, ça sonne ! — murmura Valérie, un peu figée, quittant le canapé. — Laisse-les donc… — répondit Pierre. — Et si c’était quelqu’un d’important ? Ou pour quelque chose de sérieux ? — demanda Valérie. — Samedi, midi pile, — trancha Pierre. — Tu n’as invité personne, je n’attends personne non plus ! Conclusion ? — Je veux juste regarder dans l’œilleton… — glissa Valérie à voix basse. — Reste assise ! — sa voix était dure. — On n’est pas là ! Peu importe qui c’est, ils n’ont qu’à repartir comme ils sont venus ! — Mais tu sais qui c’est ? — questionna Valérie. — Je suppose, et c’est pour ça que je te dis de ne pas t’agiter devant les fenêtres ! — Si c’est bien ce à quoi je pense, ils ne partiront pas si facilement ! — soupira Valérie. — Ça dépend de notre endurance à ne pas ouvrir la porte, — répondit Pierre calmement. — Ils finiront bien par partir. Ils ne vont quand même pas dormir sur le palier. Nous, on n’a nulle part où aller, alors installe-toi, prends ton casque, ton téléphone et lance un film. — Pierre, c’est ma mère qui m’appelle, — dit Valérie, montrant l’écran de son téléphone. — Alors, derrière la porte, c’est sûrement ta tante avec son fils incapable, — conclut Pierre. — Comment tu le sais ? — s’étonna Valérie. — Si c’était mon cousin, — Pierre prononça « cousin » d’un ton gluant, — ce serait ma mère qui appellerait ! — Tu n’envisages pas d’autres possibilités ? — demanda Valérie. — Si ce sont les voisins, je n’ai aucune envie de parler avec eux. Des amis auraient déjà sonné deux fois puis seraient partis. Et des gens bien auraient appelé avant pour demander si on peut les recevoir ! Pas de sonneries incessantes pendant une demi-heure ! Seuls nos proches trop envahissants s’acharnent à torturer ainsi la sonnette ! — Pierre, c’est ma tante, — souffla Valérie. — Ma mère vient de m’envoyer un texto. Elle demande où on est passés. Tante Nathalie veut rester chez nous quelques jours, elle a à faire en ville ! — Dis-lui qu’il y a plein d’hôtels à Paris, — sourit Pierre. — Pierre ! Je ne peux pas lui écrire ça ! — gronda Valérie. — Je sais… Dis-lui qu’on ne peut pas car on a dû quitter la maison pour cause de désinsectisation ! — Parfait ! — Valérie rédige le message et l’envoie. — Pierre, elle demande qu’on réserve deux chambres pour elle et Constant, — dit Valérie, interloquée. — Réponds que nous n’avons pas les moyens. Mieux : explique qu’on dort dans une auberge de jeunesse avec quinze étrangers ! — Pierre rayonne de débrouillardise. — Ma mère demande quand on rentre, — regarde Valérie son mari. — Dans une semaine, — lance Pierre. Les sonneries cessent. Le couple souffle enfin. — Pierre, maman dit que tante Nathalie débarque dans une semaine, — soupire Valérie, épuisée. — Et nous, on ne sera toujours pas là, — dit Pierre. — Pierre… Ce n’est pas une solution, tu le sais ? On ne peut pas fuir éternellement… Et s’ils viennent un jour de semaine ? Ou nous attendent le soir devant la porte ? Ma tante, ton cousin, ils sont capables de tout ! — Oui… — Pierre se renfrogne. — On n’aurait jamais dû prendre un grand appartement… — On l’a choisi pour la famille qu’on voulait fonder ! — rappelle Valérie. — Il nous faut un bébé ! Voire deux d’un coup ! — affirme Pierre. — Comme si c’était si simple… On doit faire des examens, tu sais bien. Ça ne marche pas ! — Moins de stress et ça fonctionnera, — assure Pierre. — Ce sont eux qui nous gâchent la vie chacun leur tour ! Ils débarquent toujours au pire moment, c’est pour ça qu’on n’avance pas ! Valérie ne conteste pas. Elle sait qu’il a raison. Avant le mariage, ils avaient fait tous les examens de compatibilité et de santé. Tout était parfait — jusqu’à ce qu’ils reportent le projet bébé pour acheter un appartement. Cinq ans d’économies et de sacrifices leur ont permis d’acheter, enfin, ce grand appartement à Lyon. Second marché, immeuble ancien, ils ont tout retapé, acheté les meubles… Le bonheur ! A peine le crémaillère finie, tante Nathalie débarque, accompagnée de son fils. Et la belle-mère, pour veiller à ce que rien ne dégénère. — Ici, on manque pas de place, ça change de notre studio ! — s’exclame la tante. — Justement, on va s’installer chacun dans une chambre, — décide la tante. — Mais on ne dort pas dans le salon, — objecte Pierre. — C’est pour se détendre, pas dormir ! — Oh, je n’ai pas l’intention d’y travailler ! — rigole la tante. — Valérie, explique à ton mari que c’est gênant avec mon fils, il ronfle ! Et puis, vous pourriez déjà prévoir à dîner ! — On ne vous attendait pas… — s’excuse Valérie. — Et le frigo est vide… — appuie Pierre. — Bon, Pierre, va au magasin, Valérie, file à la cuisine ! — ordonne la tante, magnanime. — Vous nous accueillez bien mal, — râle la belle-mère. — Vous exagérez… — commence Pierre, mais Valérie le traîne dans la chambre. Plus tard, Pierre proteste : — Valérie, ça suffit ! On les mettrait bien tous dehors, chez ta mère ! Même ta mère avec ! Ils sont venus en invités, qu’ils se comportent comme tels ! Là c’est de l’abus ! — Pierre, c’est une femme simple, elle vient de la campagne… Chez eux, c’est comme ça… — Je connais la campagne, mais pas l’impolitesse ! Ça, c’est du culot ! — Chéri, ne te dispute pas, après ma mère me torture et tu deviens l’ennemi… Tu veux vraiment ça ? — Je m’en fiche ! S’ils me traitent comme ça, je fais pareil ! S’ils disparaissent, je ne pleurerai pas ! — Pierre, mon amour… Sois gentil ! Si on met tante Nathalie dehors, maman me maudit ! Et elle, je n’ai qu’elle ! Cet argument fait mouche. Pierre serre les dents et part faire les courses. La visite qui devait durer trois jours s’étend sur deux semaines. Pierre se nourrit de tisane dès le deuxième jour. Quand enfin la tante et son fils quittent les lieux, le couple célèbre le départ à grands coups de balai, puis patiente avant le second assaut. — Frangin, je reste chez toi quelques jours pour régler mes affaires ! — s’écrie Dimitri, l’enlaçant vigoureusement. — Et je repars ensuite ! — Tu ne peux pas gérer tes trucs seul ? — souffle Pierre. — Mais j’ai ma famille ! Je ne vais pas les laisser seuls… Et si je fais des bêtises, ma femme va m’espionner ! — C’est pour ça que tu traînes tout le monde ici ? — demande Pierre. — Je ne peux pas les laisser seuls ! — Dimitri tape l’épaule de son frère. — Les gosses veulent s’amuser ! Allez, on va secouer Lyon comme avant ! — Dimitri ! — hurle Svêtlana, sa femme. — Tu vas voir qui va secouer qui ! À peine arrivés, Valérie s’effondre avec un mal de tête. Les enfants s’agitent bruyamment, Svêtlana crie à longueur de journée, et Dimitri rêve de sorties nocturnes, ce qui ne fait que renforcer les hurlements. — Pierre, t’es fils unique, non ? — gémit Valérie, blottie dans l’oreiller. — C’est mon cousin du côté de ma mère… — râle Pierre. — Je m’en fiche, tu ne pourrais pas le mettre dehors ? — J’en mourrais d’envie, mon cœur, mais c’est comme avec ta tante. Ma mère va me faire vivre un enfer après ! À peine remis d’un assaut, voilà que les suivants arrivent. Tante et fils toujours en ville « pour leurs affaires », cousin et toute sa famille pour gérer les leurs. Les mères oublient rarement de rappeler qu’elles ont des petits-enfants à admirer. Belle-mère ou belle-maman, chacune trouve le moyen de donner du fil à retordre. Le stress devient chronique et la santé du couple s’en ressent. Dans tout ce remue-ménage, impossible de songer à agrandir la famille. Et comment faire, dans ce chaos ? — On devrait échanger l’appart ? — propose Valérie. — Pour une chambre capitonnée ? — plaisante Pierre. — On va y venir, si ça continue ! — Non, — sourit Valérie. — On la troque contre une identique ailleurs ! Certains veulent changer de quartier… On déménage, et on ne dit à personne où ! — Ils finiront par trouver : les nouveaux propriétaires cracheront le morceau. On sera découverts et mis au pilori ! — Mais au moins, on aura peut-être le temps de concevoir ! — espère Valérie. — Il ne suffit pas de concevoir… faut aussi accoucher ! Cela ferait un bon alibi… — On finira par fuir de chez nous… — soupire Valérie. — Peut-être chez des amis… se cacher ? — Tu penses à Valère et Catherine ? — Oui ! Ils ont une chambre libre. — Mais il y a Téra, leur berger allemand ! — rigole Pierre. — Mieux vaut un chien qu’une meute de parents envahissants… — s’effondre Valérie. — Attends ! — mobilise Pierre, saisissant son téléphone. — Valère, tu peux me prêter ton chien ? — Mais oui ! — s’égosille Valère. — On part en vacances, la petite n’aime pas les inconnus mais vous, elle vous adore ! Je t’apporte croquettes, coussin, jouets, gamelles ! Je vous paie même ! — Parfait ! — jubile Pierre. Se tourne vers sa femme, tout sourire : — Appelle ta mère, dis-lui que ta tante peut venir demain ! J’invite mon cousin pour la semaine ! — T’es sûr ? — Mais oui ! On les accueille volontiers ! Qui nous reprocherait que notre chienne ne soit pas à leur goût ? Il a suffi d’un aboiement pour pousser Dimitri et sa famille vers un hôtel plus paisible, mais la tante Nathalie tente de résister. — Enfermez ce monstre quelque part ! — supplie-t-elle, se cachant derrière son fils. — Mais tante Nathalie, vous plaisantez ? — sourit Pierre. — Quarante-cinq kilos de muscles, ce n’est pas une peluche, c’est une vraie berger allemand ! Elle défoncerait la porte ! — Pourquoi elle me regarde comme ça ? — balbutie la tante. — Elle n’aime pas les étrangers, — hausse les épaules Valérie. — Débarrassez-vous d’elle ! Impossible de rester dans cet appartement ! — Pas question ! — se scandalise Pierre. — Ce gentil toutou, c’est notre bébé maintenant ! Nous n’avons pas d’enfants, alors on l’aime ! Et on ne l’abandonnera jamais ! — Jamais ! — appuie Valérie. Et quand les deux mères téléphonent pour demander pourquoi leur famille a été “refoulée”, le couple répond à chacune : — Personne ne les a chassés, ils ont choisi de partir ! Qu’ils reviennent, on sera ravis ! — Et le chien ? — Mais maman, on refuse à personne ! Et étrangement, les mamans ne cherchent plus tant à venir. Un mois plus tard, Téra retourne chez ses maîtres… mais elle est prête à revenir au moindre appel. Pas besoin : Valérie attend des jumeaux.