De retour après un an : l’incroyable retour de mon chat roux Archibald disparu, l’attente, les reche…

15 mars

Ce soir-là, en sortant déposer mes déchets sur le palier, il était encore là, assis tout contre la porte dentrée. Mon Aristide. Magnifique rouquin, le poitrail orné dune large tache blanche, affichant son air indolent, presque moqueur. Comme si ce nétait pas lui, deux heures plus tôt, qui sétait précipité dans la cuisine et avait fait tomber le couvercle de la cocotte. Je lui ai adressé un signe de tête ; il na même pas daigné remuer une oreille.

Mais, sur le chemin du retour, le paillasson était vide.

Pourtant, je ne me suis pas inquiété tout de suite. Il avait lhabitude de descendre un étage plus bas pour aller se coucher sur le tapis dun voisin, rien détonnant à cela. Jai appelé son nom. Jai fait le tour de limmeuble, vérifié les cages descalier. Je suis sorti dans la cour. Personne.

Aristide nallait jamais bien loin. Il avait son parcours bien précis : hall dentrée, banc près du portail, trois brins dherbe à chat près du laurier, puis il rentrait. Les voitures ne lintéressaient pas, pas plus que les pigeons ou les autres félins du quartier. Il observait, cest tout. Et pourtant, il avait disparu.

Le soir, javais refait le tour du pâté de maisons, secouant la boîte de croquettes en appelant son nom, la honte tapie dans le dos, sous le regard des retraités du troisième qui échangeaient des regards pleins de compassion :

Toujours pas rentré, ton chat ?

Ça fait au moins vingt-quatre heures, non ?

Ah, tu sais les chats, cest indépendant…

Non. Pas Aristide. Ce nétait pas juste un chat. Il faisait partie de la maison. Sept ans, jamais une fugue.

Trois jours plus tard, jai placardé des affiches partout dans le quartier. Sur chacune, sa photo : Aristide sur le rebord de la fenêtre, Aristide en boule dans mon vieux pull, Aristide lançant ce regard bougon droit à lobjectif. Les gens appelaient. Certains demandaient des détails. Un homme était convaincu de lavoir aperçu sur le marché de Saint-Ouen. Je my suis précipité. Une heure de recherches pour rien. Cétait un chien, roux, pas Aristide.

Au bout dune semaine, jai appris que des jeunes squattaient parfois limmeuble. Lun deux aurait interrogé les locataires, demandant à qui appartenait ce « beau chat roux du cinquième, bien apprivoisé, sûrement de valeur »

Tu crois quils lont volé ?

Ça en a tout lair, répondis-je, en étouffant mes sanglots pour la première fois.

Les semaines ont passé. Puis des mois. Jai tenté de penser à autre chose. Travail, courses, petits soucis quotidiens mais à chaque bruit dans le couloir, chaque porte qui souvrait, mon cœur se serrait. Sait-on jamais.

Jai fini par ranger sa gamelle, mais jai gardé sa couverture. Lavez, séchée, étalée sur son fauteuil, « au cas où ». On ne sait jamais.

Un soir, mon amie Madeleine est venue avec un chaton sous le bras. Petit, gris, frétillant, toujours en train de miauler.

Tu ne vas pas rester seul comme ça, à te morfondre, ma-t-elle dit.

Je lai gardé. Je lai appelé Biscotte. Il était attendrissant, drôle, câlin Mais ce nétait pas Aristide. Chaque caresse me rappelait ce vide persistant dont seul Aristide connaissait la forme exacte. Ce nétait pas la faute de Biscotte. Mais le cœur, lui, se souvenait.

Près dun an sest écoulé. Lhiver était glacial, la neige saccumulait sur les trottoirs de Montreuil. Je rentrais du bureau, chargé comme un mulet, pestant contre la neige fondue et mon oubli dacheter du thé. Cest alors que jai perçu un petit bruit de griffes. Subtil, à la limite du silence.

Jai arrêté ma respiration. Un pas vers la porte. Jouvre.

Cétait lui.

Sur le paillasson attendait Aristide. Maigre, le poil sale, les oreilles abîmées par le gel, les pattes tremblantes. Mais ses yeux Ce regard unique, à la fois surpris et plein de reproches : « Alors, tétais où, tout ce temps ? »

Je nai pas voulu y croire. Je me suis accroupi, tendant la main :

Aristide… ?

Pas un miaulement. Doucement, il sest levé, sest approché et a collé son front dans ma main.

Jai fondu en larmes. Là, sur le palier, trempé, les bras chargés de commissions. Il se frottait contre moi, lui aussi ému, comme sil ny croyait pas.

Je lai rentré. Direction salle de bains : eau tiède, serviette, gamelle. Il a dévoré, puis sest blotti sur le fauteuil et sest endormi, roulé en boule.

Plus tard, chez le vétérinaire, le constat était rude : la queue gelée, dont il a fallu amputer le bout, quelques dents de cassées, corps épuisé, cicatrices, plaies vives. Mais vivant. Vivant !

Il a forcément été maintenu enfermé, a déclaré le vétérinaire. Très sociable, très marqué. Probablement un vol. Et puis, on la relâché, ou il sest échappé. Mais il a retrouvé le chemin de la maison.

Il est revenu tout seul

Ça arrive rarement, mais oui. Ils ont de la mémoire, ces bêtes-là. Plus quon ne croit.

Depuis ce jour, Aristide ne quitte plus mon lit. Il ignore sa vieille couverture, sort à peine sur le balcon. Biscotte, il la repoussé au début puis ils ont appris à se tolérer. Maintenant, ils partagent la gamelle, se font la toilette. Comme des frères.

Parfois, je me demande : et si je navais pas ouvert la porte ce soir-là ? Et si jétais rentré plus tard ?

Mais il avait attendu. Presque un an, fragile, amaigri, mais vivant.

Aujourdhui, pour sortir la poubelle, ne serait-ce quune minute, je vérifie toujours : la porte est-elle bien fermée ?

Toujours.

Si vous aussi vous avez vécu un retour inespéré, écrivez-moi. Vos histoires comptent.

Ce que jai appris ? Au fond, la fidélité et la patience dun animal valent bien celle dun homme. Ne jamais cesser despérer le retour des êtres quon aime.

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