Le cœur bat de nouveau : L’histoire de Tatiana, une femme à la recherche de l’amour entre joies et p…

LE CŒUR RECOMMENCE À BATTRE

Il y a maintenant bien des années, dans une petite ville non loin de Lyon, il y avait une jeune femme prénommée Élodie. Elle donna naissance à sa fille, Aurélie, sans que lon sache vraiment qui était le père. On disait delle quelle avait “glissé avant le mariage”.

Élodie nétait pas sans prétendants, notamment ce jeune homme, Pierre, qui la courtisait assidûment. Pourtant, il ne lavait jamais demandée en mariage. Pierre était dune beauté éclatante, affable, irréprochable dans ses manières. Élodie, le bras fier sous le sien, traversait la place sous les regards inquisiteurs des vieilles dames, telles des tournesols suivant le soleil, assises sur leur banc devant limmeuble. Ces commères ne manquaient rien du passage de la jeunesse.

Pierre, cependant, navait ni emploi, ni ambition. Il préférait papilloter dune aventure à lautre, léger comme une plume. Élodie prenait soin de lui, le nourrissait, le dorlotait, lui offrait son foyer et son affection, prête à se faire paillasson sur son chemin. Mais un matin, Pierre lui annonça franchement quil sennuyait à mourir avec elle, quelle ne lestimait pas assez, quelle pourrait bien au moins lemmener une fois à la mer si elle laimait vraiment

Élodie pleura des jours entiers. Un soir, elle déchira la photo du “mal-aimé” et la brûla, essayant deffacer la douleur. Pendant un mois, elle se morfondit, seule avec ses regrets. Puis un matin dautomne, elle fit la connaissance de Victor.

Ce fut un jour où Élodie, en retard au travail, trépignait à larrêt de bus. Un taxi sarrêta près delle, la vitre sabaissa, et le chauffeur linvita à monter. Sans hésitation, Élodie sassit sur la banquette arrière.

Sur la route, le chauffeur se mit à bavarder. Élodie, attentive, remarqua le raffinement de lhomme dun certain âge rasé de près, habillé avec soin, même le pli du pantalon était impeccable. Il avait, devinait-elle, été choyé par une main féminine, peut-être celle dune mère. Victor cétait son nom était aux antipodes de Pierre. Séduite, Élodie lui laissa son numéro, désireuse de continuer la conversation. Ce fut la seule fois où elle utilisa un taxi gratuitement.

Les rendez-vous se succédèrent. Victor la couvrait de fleurs, de petits présents, et la chérissait tendrement.

Un jour de printemps, Élodie et Victor se promenaient dans une forêt des Monts dOr. Lair était doux, les sous-bois remplis de perce-neige. Élodie, joyeuse, commença à cueillir des fleurs, bientôt rejointe par Victor. Leurs bras débordaient de bouquets. Mais alors quelle sinstallait dans la voiture, Élodie vit Victor déposer soigneusement son bouquet à larrière. Elle pensa aussitôt : “Pour sa femme.” Mais elle nosa demander si Victor était marié, préférant savourer lillusion. Elle se tut.

Or, quelque temps plus tard, la porte dÉlodie souvrit sur lépouse de Victor, deux jeunes enfants dans les bras.
Tenez, chère madame, élevez-les ! Ils adorent leur père !
Élodie, interdite, répondit simplement :
Je ne savais pas que Victor était marié. Jamais je ne briserai votre foyer. Je ne minstallerai pas sous le toit dune autre femme.
Le soir même, elle mit fin à cette histoire.

Lamour suivant fut un certain Mamuka, un Géorgien rencontré à lanniversaire dune amie. Mamuka entra dans sa vie comme un ouragan et en ressortit tout aussi vite. Il fascina Élodie par sa générosité, son enthousiasme, son rire communicatif. Avec lui, la vie bouillonnait dénergie et dévénements. Pendant un an, Mamuka la porta sur un piédestal avant de repartir pour la Géorgie, incapable de sadapter à la France. Le mal du pays, la maladie de sa mère Nul ne sut vraiment.

Élodie, se sentant rejetée, décida que sa patience avait atteint ses limites. “Je vivrai seule, au moins je ne pleurerai plus”, pensa-t-elle.

Mais cest au moment où Élodie acceptait la solitude quelle découvrit que son ventre abritait une vie nouvelle. La nouvelle la foudroya : mais qui serait le père ? Comment continuer ? Elle repoussa la panique.

Une petite fille naquit, quÉlodie prénomma Aurélie. Cette enfant devint la lumière de sa vie. Elle avait les boucles, les yeux noirs et le sourire ensorceleur de Mamuka. Étonnamment, cela réjouissait Élodie, elle qui navait sans doute jamais aimé quun seul homme. En voyant Aurélie, elle se souvenait des jours insouciants passés avec Mamuka.

Bien sûr, il lui arrivait denvier ses amies mariées, mais entre le travail et léducation dAurélie, elle navait guère le temps de pleurer.

Le premier septembre de cette année-là, Aurélie entra à lécole primaire. On lassit à côté dun petit garçon, Damien, quelle napprécia pas demblée. Lui, de son côté, lappela “lidiote aux boucles”. Entre eux, ce fut la guerre, au point que linstitutrice dut les séparer. Même ainsi, ils parvenaient à se chamailler pendant la récréation.

Un jour, Élodie se rendit à lécole, ulcérée de voir sa fille revenir écorchée. Lenseignante, gênée, lui donna finalement ladresse de Damien pour discuter avec ses parents.

Élodie sy rendit le soir même. Cest un jeune homme qui ouvrit, torchon autour du cou, affairé à la cuisine.
Cest pour moi ? Entrez donc ! Je vais vous servir un café après avoir débarrassé mon garnement, lança-t-il en souriant.

Élodie entra dans un salon en désordre, imprégné dodeur de tabac manifestement, la touche féminine manquait. Elle sassit, perplexe.

Le maître de maison reparut, un plateau à la main et deux tasses fumantes. Larôme du café enveloppa Élodie, et ce parfum devait la poursuivre des années durant.

À quoi dois-je la visite dune si charmante dame ? demanda-t-il.
Je suis la mère dAurélie, dit Élodie.
Ah ! Ça y est, tout sexplique, mon Damien est amoureux de votre fille ! répondit-il avec un sourire bon enfant.
Cest pour ça que ma fille rentre griffée ? répliqua Élodie.
Pardon ? sétonna-t-il naïvement.
Merci pour le café, mais je vous prie de parler à votre fils, ajouta-t-elle en prenant congé.
Ne vous inquiétez pas, jy veillerai, promit-il.

Retournée chez elle, Élodie ne dormit pas. Elle repensa à lhomme quelle venait de rencontrer. Cet homme “de la maison”, si différent de ses précédents amoureux. Et ce café si rare ! Jamais, jamais on ne lui avait ainsi offert une tasse de café, seulement du vin, du champagne ou des liqueurs. Elle revoyait mentalement lappartement, le rangeait, y ajoutait des fleurs. Même ce “garnement” lui inspirait une tendresse nouvelle.

Au lever du jour, Élodie recommanda à Aurélie de ne plus provoquer Damien, de lui parler avec plus de douceur.

Les semaines passèrent. À la réunion de parents délèves, Élodie revit lhomme aux yeux doux et sut alors que la mère de Damien nétait plus là. Sinon, pourquoi le père serait-il seul à la réunion ?

Ce détail la poussa à agir.

Après la réunion, le père de Damien proposa de raccompagner Élodie et Aurélie ; le jour tombait tôt en ce mois de décembre. Elle accepta sans hésitation.
Je mappelle Alexandre, dit-il.
Élodie, répondit-elle dans un souffle.

Il sembla que le charme opéra des deux côtés. Alexandre proposa de célébrer ensemble le Nouvel An. Après sept années de solitude féminine, Élodie pensa navoir plus rien à perdre. Elle nattendait plus de prince charmant

Quelque temps plus tard, Alexandre lui avoua que sa femme lavait quitté pour son meilleur ami et sétait remariée aussitôt, mais lui avait gardé son fils.

Alexandre ne se doutait pas alors à quel point il avait besoin de tendresse, ni combien Damien avait besoin dune mère. Il confia bientôt à Élodie lamour quil éprouvait pour elle, avouant quil navait pas cessé dy penser depuis leur fameuse première rencontre. Il devina en elle la compagne idéale pour lui, la mère attentive pour Damien.

Peu après, Élodie et Aurélie vinrent sinstaller chez Alexandre, mais pas sans avoir pris lavis des enfants.
Aurélie et Damien acquiescèrent à contre-cœur.

La vie saccéléra. Alexandre, transporté de bonheur, se dépassait en tout. La famille acheta un bel appartement à Lyon. Élodie soccupa de la maison, des enfants. Aurélie et Damien grandissaient dans lamour, choyés lun comme lautre. Élodie tenait à Damien comme à son propre fils. Alexandre, lui, adorait Aurélie et ne tarissait pas de tendresse pour ses “deux princesses”.

Les années passèrent et, à la surprise de tous, Damien et Aurélie tombèrent amoureux et se marièrent. Alexandre et Élodie bénirent cette union inattendue. Les jeunes mariés choisirent Paris pour leur voyage de noces. Élodie suggéra alors à Alexandre de profiter du bord de mer.
Je tassure, Alexandre, fais-moi ce plaisir ! Rien quune fois, soyons seuls, libres comme le vent ! insista-t-elle.
Achète-toi plutôt quelque chose avec cet argent, Élodie, avait-il protesté un instant.
Mais elle persuada son mari.

Ils passèrent une semaine dans une petite station des Alpes-Maritimes, entourés de soleil, dinsouciance et damour. Jamais Alexandre n’avait été si attentionné, si généreux en paroles tendres, en fleurs, en preuves dun amour sans mesure.

Le dernier matin, Alexandre et Élodie allèrent dire adieu à la mer. Laube perçait à peine, la plage était déserte. Alexandre embrassa tendrement sa femme et souffla, la voix tremblante :
Élodie, je taime, plus que tout
Puis il ajouta quil allait se baigner une dernière fois.

Élodie ne le revit plus jamais.

Alexandre sétait noyé.
Les sauveteurs ne purent ramener son corps. Pas une vague nagitait la mer ce jour-là.

Brisée, Élodie rentra seule à Lyon. Des mois durant, elle vécut comme dans du coton. Un chagrin brutal, absurde, lui avait arraché son bonheur. Pourquoi lui ? Alexandre nageait si bien. Pourquoi la mort à cinquante-cinq ans ? Pourquoi navait-elle pas eu le temps de répondre à sa déclaration, sur cette plage au matin de leur dernier jour ? Elle ne réalisa que plus tard quil lui faisait ses adieux ce matin-là.

Les “pourquoi” saccumulaient, muets et douloureux.

Élodie se referma sur elle-même. Elle détesta la mer. Le monde lui semblait sans couleurs. Même la tombe de son mari lui était refusée : il ny en avait pas.

Son âme éclata en fragments minuscules. Respirer lui était insupportable. Sert-on vraiment de la brûlure du veuvage, ou seulement dun pansement qui endort la douleur ? Les années passaient ; la blessure, elle, restait vive, prête à saigner à nouveau.

Bien plus tard, Élodie tenait par la main deux petits-enfants, Camille et Maxime, alors âgés de trois ans. Ensemble, ils traversaient chaque semaine le parc dautomne. On terminait la balade par un café au coin de la rue. Élodie offrait toujours une glace aux enfants, et pour elle commandait une tasse de ce café si parfumé dont larôme, chaque fois, lui donnait le vertige, lillusion quAlexandre était à ses côtés, quil ne manquait rien de la vie de sa chère Élodie.

Avec le temps, elle apprit à vivre avec cette absence, à remercier la chance davoir connu Alexandre. Vingt-cinq ans de bonheur conjugal La vie sachève, mais jamais lamour.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

three × four =

Le cœur bat de nouveau : L’histoire de Tatiana, une femme à la recherche de l’amour entre joies et p…
La visite surprise de la tante, larmes de l’épouse : quand l’invasion familiale bouleverse la vie de Robert et transforme son appartement parisien en théâtre des émotions