De retour à la maison plus tôt, j’ai surpris mon mari tentant de cacher une inconnue : il n’a pas eu…

Je me souviens de ce jour étrange, il y a bien des années, comme si cétait hier. Jétais rentrée plus tôt que dhabitude, le crâne martelé par une de ces migraines qui vous font supplier le silence. Mon patron, un brave homme, mavait dit : « Va te reposer, Isabelle. » Javais béni sa sollicitude.

Jinsérais la clé dans la vieille serrure de notre appartement parisien, à Montmartre ; je tournais doucement pour ne pas faire de bruit. Peut-être que Gérard, mon époux, était penché sur ses plans, absorbé par le travail, comme il aimait tant. Cest cette concentration qui mavait séduite, sa façon doublier le monde autour de lui pour se donner corps et âme à ses projets architecturaux.

Je poussais la porte. Soudain, des voix me parvinrent du salon. Gérard parlait à voix basse, presque rassurante. Et puis, un éclat de rire aigu, féminin, troublé. Je mimmobilisai.

Gérard ? Ma voix me sembla étrangère, hésitante.

Un silence pesant simposa.

Puis, des pas précipités, un bruit sec : la porte de notre chambre claqua. Quelquun sy cachait chez nous !

Gérard apparut dans le couloir. Il était livide, ses yeux fuyaient comme ceux dun gamin pris la main dans le pot de confiture.

Isabelle Pourquoi es-tu là si tôt ?

Qui était-ce ?

Qui qui était-ce ? Il tenta de sourire, mais ce fut plus une grimace, une tentative maladroite.

Un nouveau bruit provenait de la chambre, quelquun sy agitait, cherchant on ne sait quoi sans doute à se dissimuler ?

Gérard Ma voix était devenue dangereusement douce. Qui est dans notre chambre ?

La porte grinça. Une femme apparut : grande, élégante, les cheveux en bataille. Belle à en pleurer. Trop belle.

Je vous prie de mexcuser, il faut que je vous explique Je mappelle Mireille. Je travaille avec Gérard. Je navais nulle part où aller

Je regardais Gérard. Puis Mireille. Mon monde tanguait comme un vieux bateau sous la tempête.

Nulle part où aller ? répétais-je, chaque mot pesait Sauf dans notre chambre ?

Isabelle, ne te fais pas de mauvaises idées ! Gérard fit un pas, puis sarrêta, hésitant. Elle a des soucis, son ex-mari

Il me poursuit, dit Mireille d’une voix tremblante. Et Gérard il voulait juste maider. Il fait ça par bonté.

Par bonté, oui Jeus envie den rire, ou de fondre en larmes, ou peut-être de hurler. Tout à la fois.

Mon ex-mari Mireille déglutit. Il a menacé de me retrouver. Ce matin, il était devant chez moi, ivre, avec ses amis. Violent.

Et naturellement, tu as couru chez le mien, ma voix devint glaciale.

Gérard est le seul

Le seul quoi ? Le seul à te comprendre ? Le seul à te plaindre ? Le seul à taccueillir ?

Vraiment ?

Ma lucidité de femme me frappa. Je sentais ce qui se tramait, ce quaucun homme ne peut totalement cacher.

Isabelle, arrête ! Gérard éleva la voix. Pour la première fois. Mireille ma demandé de laide. Je ne pouvais pas lui refuser.

Voilà

Ce mot qui tranche tout : je ne pouvais pas.

Elle est en danger !

Vous savez ce qui est le pire dans les disputes conjugales ? Cest que tout le monde a raison mais chacun a tort aussi.

Mireille avait vraiment besoin daide. Gérard voulait vraiment aider. Javais bien le droit de me sentir trahie.

Et nous étions tous malheureux. Vraiment.

Écoutez Mireille fit un pas en avant. Je vais partir, tout de suite. Je ne veux pas causer plus dennuis.

Non ! sécria Gérard. Tu ne pars pas. Il pourrait être là, dehors.

Cest là que je compris, pour de bon.

Le ton quil prit, sa façon de se placer instinctivement devant elle, de la protéger : il ne faisait pas que laider. Il sengageait.

Cest ainsi quun homme défend ce qui lui est cher.

Je vois, soufflais-je, d’une voix basse.

Quest-ce que tu vois ?

Tout, Gérard. Absolument tout.

Le téléphone retentit.

Maman ? Cétait la voix de Lucie, notre fille, anxieuse. Tu es là ?

Lucie, quest-ce quil se passe ? Automatiquement, je repris la voix rassurante des mères, même si jétais brisée.

Il y a un homme bizarre devant limmeuble Il demande après Mireille, il dit quil sait quelle est là chez nous. Il sent lalcool.

Je regardai Mireille.

Il ma retrouvée, murmura-t-elle. Comment ?

Maman, quest-ce que je fais ? La voix de Lucie tremblait. Il insiste et il sent vraiment fort.

Monte vite, ma chérie ! Tout de suite !

Je raccrochai.

Et là, tout semballa.

Il faut que je men aille, Mireille tournait comme une louve en cage. Il est dangereux, surtout ivre !

Tu ne bouges pas ! rugit Gérard. Il est en bas !

Et ici ? Je les toisais froidement. Ici, cest chez moi, ici vit ma famille. Vos histoires nont rien à faire ici !

La porte trembla sous les coups.

Mireille ! Un cri, rauque, saturé dalcool. Je sais que tes là ! Sors !

Mireille ! Arrête de te cacher ! Je finirai par te retrouver !

Et là Jai vu ce qui ma achevée.

Gérard prit Mireille dans ses bras.

Juste comme ça, par pur réflexe.

Naie pas peur, susurra-t-il, je ne laisserai personne te faire du mal.

Gérard, ma voix tremblait, éloigne-toi delle.

Pardon ?

Je te dis : éloigne-toi.

Isabelle, tu ne comprends pas

Ah non ? Je ne comprends pas ? Je comprends bien, Gérard ! Tu es prêt à la défendre, à risquer notre sécurité pour ses histoires ?

Isabelle

Assez ! Assez de mensonges ! Assez dexcuses !

Mireille, cest la dernière fois que je le dis !

Appelez la police ! cria Mireille. Il est totalement fou !

Pourquoi faire ? demandais-je froidement. Il y a plus simple.

Javançai vers la porte.

Isabelle, non ! Gérard me saisit le bras. Il est dangereux !

Pour qui ? Je me dégageai. Pour ta chère Mireille ?

Et là, lincroyable se produisit.

Jouvris la porte.

Grand.

Prenez-la dis-je à lhomme ivre. Et partez. Tous les deux. Pour toujours.

Lex-mari de Mireille brailla, gesticulait, menaçait. Gérard tentait de lapaiser à sa façon.

Je restai en retrait. Je regardais. Je voyais

Je le vis poser une main protectrice sur lépaule de Mireille. Je la vis se blottir contre lui, comme si un monde entier sétait créé entre eux inaccessible aux autres.

Lhomme finit par sen aller, furieux, vociférant. Gérard le suivit du regard, se retourna vers moi, voulant sexpliquer.

Mais je savais déjà.

Partez soufflai-je, si bas que je ne me reconnaissais plus. Partez tous les deux. Tout de suite.

Isabelle, tu te trompes

Non. Ne mens plus. Je vois tout. Absolument tout.

Gérard se tut. Il regarda Mireille, puis moi.

Et il ne dit plus rien.

Prends tes affaires dis-je, méloignant vers la chambre. Et ne reviens pas.

Je nai pas pleuré. Pas de larmes. Seulement le vide.

La porte se referma violemment derrière eux.

Je me suis retrouvée seule, dans lappartement qui, ce matin encore, était un chez-moi, un nid ; désormais, ce nétaient que des murs et du silence. Je suis allée à la fenêtre. Jai regardé dehors.

Gérard séloignait, Mireille à ses côtés, son bras autour de ses épaules.

Je me suis détournée.

Tout était fini.

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Ma belle-mère m’a humiliée au restaurant, et maintenant, j’en ai fini d’être son paillasson personnel