— Il est devenu handicapé pour me sauver, et tu n’as que vingt ans, toute ta vie est devant toi. — Andriy est invalide depuis cet accident, cria Nastia avant de fondre en larmes. — Calme-toi, ma chérie ! C’est lui qui t’a demandé de ne plus venir, il ne veut pas gâcher ta vie, ni que tu sois celle qui pousse son fauteuil roulant, dit la mère. — Naste, assieds-toi, ordonna-t-elle, la voix pleine d’émotion. — Je comprends que c’est difficile, mais il va falloir prendre une décision. Face à l’irréparable, comment choisir quand l’amour se heurte au handicap ? Le destin d’Andriy, héros malgré lui, la jeunesse de Nastia, l’espoir des prothèses et le regard des familles : une histoire bouleversante d’un jeune couple ukrainien confronté à la tragédie, à la solidarité, et au choix de tout recommencer… en France.

Il est handicapé, et tu nas que vingt ans, toute la vie devant toi.
Louis est devenu handicapé en me sauvant! cria ma fille, Lucille, et se mit à pleurer.
Lucille, calme-toi ! Il ta pourtant demandé de ne plus venir le voir. Louis ne veut pas gâcher ta vie. Il refuse que tu passes ta jeunesse à le pousser dans un fauteuil roulant.
Lucille, assieds-toi ! ordonna sa mère, Sylvie. Je comprends que ce soit difficile pour toi, mais il faut trouver une solution.

Ma fille savait bien quil fallait prendre une décision. Mais que pouvait-on décider? On ne pouvait pas revenir deux mois en arrière. Elle sassit, abattue.

Je sais à quel point vous vous aimiez

Maman, pourquoi parler de notre amour au passé?

Il est handicapé, tu nas que vingt ans, ton avenir est devant toi.

Il est devenu comme ça pour me sauver sanglota Lucille.

Lucille, reprends-toi. Cest lui qui ta demandé de ne plus venir. Il ne veut pas être un poids. Il ne veut pas que tu deviennes son infirmière.

À présent, il existe des prothèses bioniques Les gens remarchent, on ne voit même plus quils étaient en fauteuil.

Même si on lui pose ces fameuses prothèses et quil réapprend à marcher, soupira Sylvie, si tu lépouses, vous dormirez dans le même lit, mais il ne pourra même pas, seul, entrer dans une baignoire. Imagine-toi ça…

Mais je ne peux pas labandonner.

Lucille, cest lui qui refuse de gâcher ta vie. Vous aviez prévu de finir vos études dabord, nest-ce pas ? Il te reste trois ans à luniversité. Profite, vis. Le temps fera son œuvre.

Jai rouvert les yeux. Plafond de lhôpital.

«Deux mois déjà Au moins, je nai plus mal. Jaurai mon congé aujourdhui ou demain. À la faculté, le nouveau semestre est commencé, quatrième année. Mais comment étudier, sans marcher? Peut-être à distance? Ça se fait»

Jai refermé les yeux. Toujours la même scène qui ne me quittera jamais.

Le poids lourd jailli sur le trottoir ; Lucille, à côté de moi. Javais réussi à la pousser hors des roues

Jai rouvert les yeux. Plafond de lhôpital

«Jaimerais croire que jai rêvé. Mais non, une nouvelle vie commence. Plus détudes, de sport, damour Il ne restera rien. Et pourtant, un petit espoir : peut-être quils me poseront ces jambes bioniques. La Sécurité Sociale paie certains soins, le privé va beaucoup plus vite, mais cest hors de prix. Il faut préparer au moins 100000 euros Mes parents nont pas une telle somme. Il faut attendre.»

Une aide-soignante âgée entra. Javais encore honte, même si depuis un mois je me débrouillais avec le fauteuil, je repensais toujours aux premiers jours dhôpital.

Elle me sourit gentiment.

Louis, tu sors aujourdhui, jai entendu les infirmières en parler. On ne se reverra pas. Trouve-toi de bonnes prothèses ! Tu nas que vingt et un ans, tout lavenir devant toi.

Merci, tante Louise, pour tout!

Au revoir, Louis ! Et bonne chance, mon garçon !

Une employée de la cantine passa avec son chariot, posa un plateau sur le tabouret à côté du lit :

Mange ! Bon appétit !

Je me suis assis, jai baissé ce quil restait de mes jambes. Dernièrement, javais tout le temps faim mon corps récupérait petit à petit.

Après le petit-déjeuner, la visite du médecin.

Il na pas voulu mexaminer :

Aujourdhui, tu sors, dit-il en me tendant un carnet. Voici une brochure : tu y trouveras les démarches à faire, les exercices. Démarre les démarches pour les prothèses au plus vite, tant que tes muscles se souviennent encore de marcher.

Cest essentiel. Tout le reste viendra après. Avec de largent, cest plus rapide Les prothèses gratuites ne sont vraiment réservées quaux militaires blessés.

Merci pour tout, Docteur Pierre !

Quand le médecin est sorti, jai appelé mon père avec mon portable :

Papa, je sors aujourdhui.

On arrive. Après lhôpital, on passera au magasin, pour acheter un fauteuil roulant. Je tai vu de beaux modèles, mais la vendeuse a dit que tu devais essayer toi-même.

Daccord.

Et pour atteindre la voiture ?

Jutiliserai le fauteuil de lhôpital. Tu le ramèneras ensuite.

De retour à la maison.

Ma chambre navait pas changé. Mes baskets étaient là, comme si elles mattendaient pour un entraînement dathlétisme. Pourtant, elles ne serviront plus jamais

Je les ai rangées, puis je me suis occupé de mon nouveau fauteuilmes nouvelles jambes.

Soudain, le téléphone a retenti. Cétait Lucille. Je navais jamais pu me résoudre à supprimer son numéro.

Bonjour, Louis, dit-elle dune voix hésitante.

Bonjour.

Je sentais la gêne, lincertitude dans sa voix, assaisonnée de pitié et je savais que rien ne serait plus jamais comme avant.

Ça va?

Je suis rentré. Jessaie mon nouveau fauteuil.

Louis, je peux venir te voir ? Encore cette fragilité dans sa voix.

Non, dis-je avec fermeté. Si un jour je veux te voir, je viendrai. Lucille, ne mappelle plus, daccord?

Et jai appuyé sans hésiter sur le bouton rouge.

Je suis resté là, quelques minutes, comme figé. Jai soupiré puis jai commencé à préparer mon nouveau véhicule.

Sylvie entra dans la chambre de Lucille. Ma fille restait là, le portable éteint dans la main.

Tu las appelé ? demanda-t-elle dune voix lasse.

Oui.

Il va comment?

Il ma dit de ne plus lappeler.

Tu veux manger? lança la mère, changeant de sujet.

Non, maman, je vais mallonger.

Sylvie rejoignit la cuisine et resta là, les yeux perdus dans la fenêtre, lenvie irrépressible de pleurer la submergeant. La voiture de son mari arriva. Elle courut vers la plaque de cuisson : il allait avoir faim.

Il entra, lui embrassa le cou.

Lucille est là? Toujours morose?

Oui. Elle a appelé Louis, il est sorti de lhôpital.

Et alors ?

Il lui a dit de ne plus lappeler, dit-elle, se tournant vers son mari. Étienne, peut-être que cest mieux ainsi.

Non, Sylvie. Cest pire. Toute notre vie on se sentira coupables envers ce garçon.

Mais que faire ?

Je vais men occuper, dit-il dun ton décidé.

***

Jean-François et Marguerite les parents de Louis dînaient à la cuisine.

Margot, comment va-t-il?

Il reste devant son ordinateur, toute la journée. Les profs lui envoient leurs cours.

Il en a parlé

Jean, quest-ce quon va faire? demanda-t-elle, espérant une solution.

Je ne sais pas. La banque peut prêter 100000 euros pour les prothèses, mais avec des intérêts tels quon devrait rembourser presque 1500 euros par mois, pendant trente ans. Nos salaires ne suffiront pas. Mais Louis doit pouvoir vivre normalement, handicapé ou pas.

Et alors ?

Je vais chercher du travail à Paris. Les chantiers recrutent dans deux mois. Là-bas, cest au moins 2500 euros par mois. Peut-être plus, après quelque temps.

Ce nest pas beaucoup plus que maintenant

Ça suffira pour vivre et rembourser.

Tu paieras quasiment trois fois la somme ! constata Marguerite.

Que veux-tu?

Tu as quarante-neuf ans, tu vas bosser jusquà quatre-vingt?

On peut porter plainte contre le chauffeur, hasarda-t-il.

Je me suis renseignée. Ils ne pourront pas lui faire payer plus de 10000 euros, et il faudra, en plus, prouver chaque centime dépensé.

Comment?

Fiches de salaire, factures, certificats médicaux Cette histoire va traîner des années.

En quelques semaines, Louis maîtrisa parfaitement son fauteuil, descendait lescalier du premier étage et remontait seul.

Il sortait faire deux promenades par jour. Il apprit à faire la cuisine, pour aider ses parents.

Un jour, alors quils étaient absents, linterphone sonna :

Oui?

Louis, cest Étienne Lemoine, la voix du père de Lucille.

Entrez!

Louis était surpris: il naurait jamais pensé que ce monsieur respectable et aisé viendrait.

Bonjour, monsieur Lemoine!

Bonjour, Louis, il tendit la main.

Installez-vous !

Alors? Comment vas-tu?

Ça va, je mhabitue, répondit-il, toujours à se demander pourquoi il était là.

Je veux te parler des prothèses bioniques pour les jambes. Tu en as entendu parler?

Oui.

Je me suis renseigné dans une clinique. Ils peuvent tout faire.

Vous savez combien cela coûte? demanda Louis, un peu agacé.

Oui. Je paierai.

Vous êtes sérieux? Louis resta muet un instant avant dajouter : Pourquoi ?

Que tu sois avec ma fille ou non, cela ne me regarde pas. Mais tu as sauvé la vie de Lucille. Je te suis redevable.

Je ne sais quoi dire, monsieur Lemoine.

Prépare-toi, on va à la clinique. Ma voiture est en bas. Nous réglerons tout aujourdhui.

Tout nalla pas aussi vite que prévu, même avec largent. Il fallut un mois pour fabriquer ses jambes. Louis demanda au spécialiste en rééducation :

Est-ce que je pourrai marcher vraiment comme avant?

Que veux-tu exactement de tes jambes bioniques ?

Je veux vivre comme avant. Marcher, refaire du sport Revoir Lucille.

Cest octobre. Si tu tentraînes bien, tu pourras retrouver ta copine pour le Nouvel An. Le sport, ce sera plutôt au printemps.

Je ferai tout !

Alors, commençons.

Pas si simple de marcher ou courir : il fallait dabord tenir debout. Mais javais un but à atteindre.

Le semestre sest terminé, la session dhiver approchait, mais ce serait pour après les fêtes. Trois jours de pause pour les fêtes, avant la rentrée.

Lucille, tu ne fais pas Nouvel An avec nous? demanda une camarade.

Non.

Comme tu veux.

Lucille sortit shabiller et quitta la fac. Les pensées lui tournaient dans la tête: Nouvel An, sa vie, Louis.

«Pourquoi il ne rappelle pas? Il a dit que sil venait, ce serait sur ses jambes Mais il ne pourra jamais revenir comme avant. Papa a payé pour ses prothèses bioniques. Il en faut du temps, surtout quand il manque les deux jambes»

Elle se rappelait ces derniers jours heureux, quand ils étaient ensemble :

«Il attendait toujours devant la plaque de la fac. Il maidait à descendre les marches, me serrait contre lui Javais toujours limpression quil avait peur que je tombe.»

En sortant du bâtiment, elle tourna la tête et vit Louis, debout, à sa place habituelle.

Elle se précipita, le serra dans ses bras.

Je suis venu vers toi, Lucille !

Je tattendais, Louis !

Et un baiser brûlant.

Puis ils gravirent les marches ensemble. Il la soutenait, de peur, encore, quelle ne tombe.

La neige tombait dehors. Ils étaient heureux.

Ils fêtèrent Nouvel An chez les parents de Lucille, avec les parents de Louis. Les adultes regardaient leurs enfants, souriants, émus : ils avaient traversé ensemble leur plus grande épreuve et savaient quils ne se sépareraient plus.

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— Il est devenu handicapé pour me sauver, et tu n’as que vingt ans, toute ta vie est devant toi. — Andriy est invalide depuis cet accident, cria Nastia avant de fondre en larmes. — Calme-toi, ma chérie ! C’est lui qui t’a demandé de ne plus venir, il ne veut pas gâcher ta vie, ni que tu sois celle qui pousse son fauteuil roulant, dit la mère. — Naste, assieds-toi, ordonna-t-elle, la voix pleine d’émotion. — Je comprends que c’est difficile, mais il va falloir prendre une décision. Face à l’irréparable, comment choisir quand l’amour se heurte au handicap ? Le destin d’Andriy, héros malgré lui, la jeunesse de Nastia, l’espoir des prothèses et le regard des familles : une histoire bouleversante d’un jeune couple ukrainien confronté à la tragédie, à la solidarité, et au choix de tout recommencer… en France.
Une nuit paisible, notre chien s’est faufilé dans la chambre, a posé ses pattes sur ma femme endormie et s’est mis à aboyer