Cest une histoire bouleversante dont les souvenirs me reviennent par temps de pluie.
Rencontre sous la Pluie
Il pleuvait à verse ce jour-là, lorsquune petite fille, vêtue de vêtements usés, ma tendu la main en murmurant : « Sil vous plaît, une pièce » Son prénom était Manon.
À cette époque, Philippe passait par là sans vraiment avoir lhabitude de fréquenter cette rue ; il avait simplement écourté son trajet. Au téléphone, vêtu dun manteau élégant, il na pas pris la peine de sarrêter ni de regarder la fillette. Distraitement, il a sorti une pièce de deux euros et la jetée dans sa direction.
La pauvre Manon sest précipitée pour la saisir, mais la pièce a glissé de ses doigts et, dans un bruit mat, est tombée dans la grille dun égout.
Manon est restée figée, le ventre creux, submergée par le désespoir, et sest mise à pleurer. Saisi dun élan de compassion, Philippe sest accroupi près delle pour lui caresser la tête tout doucement.
« Ne pleure pas, Manon. Viens, je temmène manger un croque-monsieur au bistrot du coin. Daccord ? », lui dit-il.
Le sourire est revenu sur le visage de Manon, son regard pétilla de joie.
Ils sont donc allés au café. Tandis que Manon savourait son sandwich, Philippe, curieux, linterrogea :
« Tu vis toute seule dans la rue ? »
Manon mâcha lentement, avala puis répondit : « Non, je suis avec ma maman. Elle est très malade, vous savez ? Avant, elle ramassait des canettes pour gagner de quoi manger, mais maintenant elle est trop faible pour travailler. »
Philippe prit un air grave. « Et ton papa ? »
La petite fronça les sourcils, son visage taché de mayonnaise. « Je ne lai jamais vu, monsieur Philippe. Ma mère dit quelle ma eue très jeune, puis ma grand-mère la mise dehors. Depuis, maman et moi vivons sous le pont, dans une vieille tente. Jaurai dix ans bientôt. »
Un sourire triste se posa sur le visage de Philippe. « Je vois Quelle histoire Écoute, si nous allions faire quelques courses ? Jachèterai de quoi manger pour toi et ta maman, et tu me la présenteras. »
La bouille édentée de Manon sillumina dun grand sourire. « Merci, monsieur Philippe, vous êtes trop gentil ! Je suis sûre que le Bon Dieu vous récompensera ! »
Philippe sentit son cœur se remplir dune chaleur étrange ; il avait la sensation de connaître cette petite, comme une évidence familière.
Après les emplettes, Manon conduisit Philippe sous ce pont, un endroit humide et sombre où des familles exilées sabritaient dans des tentes. Dans une vieille bâche jaune, ils entrèrent.
En voyant la mère de Manon, prénommée Élodie, Philippe eut un choc.
« Élodie ? » sexclama-t-il.
La mère, surprise, balbutia : « Philippe ? »
Manon les regarda, sincèrement déconcertée. « Vous vous connaissez ? »
Les larmes montèrent aux yeux de Philippe. « Oui, ma petite Manon. Ta maman était mon amour dadolescence ! Cétait il y a dix ans Jai appris quelle attendait un enfant, mais je ne lai jamais revue. Ta grand-mère mavait annoncé quelle nétait plus de ce monde. Je lai cherchée partout dans Paris, mais jamais je naurais imaginé la retrouver ici »
Manon serra fort Philippe dans ses bras. « Alors, vous êtes mon père ? Mon vrai papa ? »
Il la serra à son tour. « Oui, ma chérie ! Je ne vous quitterai plus jamais. Cest sûrement la providence qui ma guidé dans cette rue aujourdhui pour retrouver ma famille. Ô Dieu, merci ! »
Élodie les rejoignit dans une étreinte. « Seigneur, bénis sois-tu »
Il me semble quun rayon de soleil perça ce jour-là, la pluie cessa et un magnifique arc-en-ciel sétira dans le ciel de Paris.
Par la suite, Manon et sa maman Élodie prirent place dans le bel appartement de Philippe, où la table fut toujours pleine et, surtout, débordante damour. Il y en avait en abondance. Ensemble, ils connurent enfin le bonheur.







