Victor ramenait sa fiancée pour la présenter à ses parents.
Et sils ne maiment pas ? sinquiétait Camille, en traversant la cour.
Impossible ! Tu es la meilleure, la rassura Victor en ouvrant la porte de la maison.
Dans lentrée, ils furent accueillis par la mère de Victor, Eugénie Dubois.
Maman, cest Camille ! annonça Victor.
Mais tu voulais nous présenter ta fiancée, non ? sétonna Eugénie en jetant un œil de haut en bas sur Camille.
Eh bien, cest elle ! répondit Victor avec son sourire de golden boy qui a toujours raison.
Curieux, lâcha sa mère dun ton suspicieux.
Mais ceci nétait que le début dune journée inoubliable pour Camille.
Camille était tombée sous le charme de Victor dès le premier regard : grand, blond, yeux bleu clair, il lavait conquise par sa sagesse tranquille et sa gentillesse. Malgré dix ans de différence dâge, un divorce et une petite fille pour Victor, Camille avait accepté sans hésiter de lépouser.
Le jour de la rencontre avec la famille, la future belle-mère poussa un soupir dédaigneux et interrogea son fils:
Donc tu voulais présenter ta fiancée.
Mais oui, cest elle ! Fais connaissance, cest Camille ! senthousiasma Victor.
Ah bon ? Eugénie haussa les épaules, grandiose dindifférence, puis sen alla vers le salon. Moi, je croyais que tu avais embauché une nouvelle aide-ménagère.
Interloquée, Camille adressa un regard inquiet à Victor.
Ne fais pas attention, marmonna-t-il, maman ne sait pas plaisanter.
Tandis quelle faisait la planche dans lindifférence de sa belle-mère, Eugénie passa la soirée à raconter combien lex-femme de Victor, Marguerite, était belle, brillante et attentionnée :
Marguerite, elle, appelle plus souvent, elle prend de nos nouvelles, et lautre jour, elle est venue avec un gâteau fait maison. Je nen ai jamais mangé un aussi bon !! Eugénie leva les yeux au ciel dextase, puis lança un regard narquois à Camille. Marguerite, elle, a toujours été douée pour la cuisine !
Camille aussi est une très bonne cuisinière ! sourit Victor, serrant Camille contre lui.
Vraiment ? La voix de la belle-mère transpirait le mépris, dun air que seul un concours de mauvaises humeurs de belle-mères françaises pourrait égaler. Et vous allez vivre où ? Tu sais, Victor, jai transformé ta chambre avec Marguerite en dressing pour moi alors
Ne tinquiète pas, maman, Camille a son appartement, répondit Victor avant de prendre la fuite poliment.
Victor, je crois que tes parents ne maiment pas… glissa Camille, une fois dehors.
Tu exagères. Cest juste que Marguerite était la fille du meilleur ami de papa. Nos parents rêvaient de nous marier depuis le lycée, alors on a obéi. Mais Marguerite nétait intéressée que par le shopping et samuser. À la naissance de notre fille, Chloé, jai compris quelle ne voulait pas soccuper delle. Mais Marguerite na pas voulu me la laisser après le divorce. Résultat : Chloé est restée avec sa mère.
Pourquoi ta mère est-elle si gentille avec elle ?
Parce que Marguerite rapportait de bonnes affaires. Et puis, tu connais, les parents qui mettent le business avant les sentiments. Tinquiète, maman va finir par voir à quel point tu es la meilleure fille du pays !
Cependant, la situation ne fit quempirer. Avant le mariage, Eugénie arrivait à ignorer Camille plus ou moins dignement. Après, elle se lâcha :
Tu ne comprends pas, dévisageant Camille de haut en bas, tu fais honte à mon fils comme ça. Recoiffe-toi ! Mets-toi un peu de maquillage ! Achète-toi des fringues ! Où tu dépenses le salaire de mon Victor, franchement ?
Victor, qui avait tout entendu, perdit patience :
Maman, si tu parles encore ainsi de ma femme, jarrête de venir ! Cest clair ? Ose encore et tu texpliques avec papa ! Camille est la plus merveilleuse des femmes, cest tout.
Eugénie, vexée, cessa de critiquer frontalement Camille, mais passa en mode panégyrique permanent envers Marguerite. Et bien sûr, lex réapparut subitement dans la vie de Victor :
Victor, tu ne viens même plus voir Chloé ! On va au parc tous ensemble ce week-end ?
Tu refuses que je prenne ma fille toute seule, alors non, cest sans toi !
Mais je suis sa maman ! Comment je vais la laisser partir ?
Elle va chez son père ! Et puis, à la différence de toi, Camille est gentille, attentionnée, et saura dorloter Chloé ! Victor raccrocha, lançant un regard inquiet vers Camille.
Mais je serai ravie de rencontrer ta fille, tu sais ! répondit-elle, sourire en coin.
Quelques jours plus tard, Camille découvrait une petite fille à boucles rousses et aux yeux bleus comme Victor, accrochée nerveusement à son père.
Viens, on va prendre le goûter ! proposa Camille, déjà conquise.
Chloé resta longtemps sur la réserve. Mais Camille fit tout pour quelle prenne confiance, et bientôt, la fillette jouait comme une enfant normale, adieu les manières mélancoliques du début.
Marguerite se mit à ramener Chloé de plus en plus souvent, “parce quelle sennuie chez moi”. Victor et Camille laccueillaient avec plaisir, et Chloé leur rendait bien. Un jour, Camille eut droit à une confidence :
Tu sais, Camille, maman ne me parle jamais.
Comment ça ?
Quand je rentre, elle me renvoie dans ma chambre. Elle ne joue jamais, ne memmène nulle part ! Je peux vivre chez vous ?
Camille sentit les larmes monter.
Jaimerais beaucoup, Chloé, mais Ta maman ne sera peut-être pas daccord.
Pourquoi ? De toute façon, elle na pas besoin de moi ! sanglota la petite.
Allons, voyons elle taime, mais elle est occupée
À quoi ?! Elle ne travaille pas, elle fait du shopping et va voir ses copines, sans jamais memmener. Camille ! Prends-moi avec toi !
On va en parler à ton père, daccord ? Il trouvera une solution.
Jy pense depuis un moment, avoua Victor après avoir été mis au courant, mais Marguerite sobstine. Elle ne veut pas soccuper de Chloé, mais refuse de me la laisser juste pour me contrarier. Je trouverai une solution !
Le temps passait et Victor ne parvenait pas à convaincre Marguerite, même si de son côté elle lui laissait Chloé de plus en plus souvent.
Quand Camille découvrit quelle était enceinte, le bonheur fut total jusquà la visite de Marguerite, qui débarqua comme à son habitude, la petite à la main. Ce jour-là, Chloé refusa de parler à quiconque.
Tu as trahi ta fille, maintenant que tu fais un autre bébé ! cracha Marguerite, triomphante, avant de senfuir.
Chloé, mon cœur, quest-ce qui se passe ? demanda Camille en saccroupissant près de la fillette.
Vous ne voulez plus de moi ! Vous allez avoir votre enfant à vous ! pleura Chloé en sécartant.
Victor et Camille tentèrent en vain de la rassurer. Chloé se referma, et Camille, malgré ses efforts, en souffrait.
Quand le petit Denis naquit, Marguerite annonça son départ en vacances, larguant sa fille chez Victor :
Tu fais exprès ! Tu sais très bien que Camille est débordée avec bébé, moi je file !
Tu exagères, grogna Victor.
Cest toi qui voulais la garde, fallait y penser avant de refaire un enfant !
Tes incroyable Mais Marguerite avait déjà raccroché.
Ne ten fais pas, chéri, chuchota Camille, cest peut-être bien que Chloé soit ici, elle va maider.
À la surprise générale, Chloé devint la parfaite grande sœur : elle aidait à étendre les bodys, berçait Denis, et passait de longues après-midis à bavarder thé à la main avec Camille. Le départ de Marguerite fut un crève-cœur pour Camille.
Vint le Nouvel An. Eugénie, toute sucre tout miel, invita le couple avec enfants à fêter chez eux. Camille se doutait dun piège, mais Victor insista :
Maman ne gâchera rien, papa len empêchera, et toi, tu profites pour souffler avec la famille.
Le beau-père, Gérard, nétait pas forcément démonstratif, mais Camille l’appréciait : strict, mais juste et, sous sa tignasse cuivrée, cachait un humour très “vieille France”.
À peine installés, Eugénie montra de quelle étoffe elle était faite : elle avait aussi invité Marguerite. Face à une Camille fatiguée et décoiffée, Marguerite étincelait dans sa robe de créateur, brushing et maquillage digne dun gala. Eugénie multiplia les compliments sur son “ex-belle-fille parfaite” et ignora jusquà lexistence de Denis.
Heureusement, Victor, Gérard et le grand-père adoptif emmenaient Chloé et Denis, laissant les femmes aux souvenirs denfance. Soudain, au milieu des ricanements dEugénie, Denis se mit à pleurer.
Camille ! Il y a toujours un truc qui va pas chez toi ! Pourquoi ton bébé braille comme ça ? Chez Marguerite, jamais rien de ça ! tonna Eugénie.
Camille, la gorge nouée, courut se réfugier avec son bébé. Un bruit de chaises, puis, du salon, une voix denfant résonna :
Tes une mauvaise grand-mère !
Quest-ce que tu dis, Chloé ? sindigna Eugénie.
Jai dit que tu es méchante ! Maman aussi dailleurs ! Vous ne savez que médire et faire les magasins ! Camille Camille serait une bien meilleure maman pour moi ! Et la petite partit en larmes, bousculant tout le monde.
Camille bordait Denis, les larmes aux yeux, quand de petits bras la serrèrent fort :
Camille, je peux partir avec toi ?
Chloé, ma chérie, qui nous dira oui ? Camille la serra contre elle, submergée démotion.
Qui ? Gérard apparut à la porte, sourcils touffus mais regard attendri. Chloé, tu peux partir avec Camille, si elle veut bien !
Merci papa ! Victor entra à son tour. Moi aussi, je rentre. On en a assez vu.
Dans les rues de Lyon couvertes de neige, Victor poussait la luge, suivi de Camille, Chloé et Denis, tandis que la nuit silluminait de rires rien de plus français quune famille recomposée, qui sengueule à table et saime sous la lune.






