J’étais contrarié que mon grand‑père ne me laisse qu’un vieux rucher, jusqu’à ce que j’examine les ruches.

Cher journal,

Lorsque mon grandpère Henri nous a quittés, jai eu limpression que le sol seffondrait sous mes pieds. Il était celui sur qui je pouvais toujours compter: il me racontait des contes au coucher du soleil, glissait des bonbons sous la table quand ma mère ne regardait pas, et me prodiguait les meilleurs conseils quand la vie devenait difficile. Le jour où jai dû ouvrir son testament, je suis arrivée le cœur lourd mais lespoir encore présent, persuadée quil mavait laissé quelque chose pour garder son souvenir vivant.

Lavocat a commencé à lire, et je suis restée muette tandis que mes frères et sœurstousrecevaient dénormes sommes dargent. Nous parlions de plusieurs millions deuros, les larmes aux yeux, les embrassades à la chaîne. Puis rien. Aucun nom ne fut prononcé pour moi.

Je suis restée figée, confuse, embarrassée. Une boule dinquiétude sest installée dans ma poitrine. Avaitil oublié ma fille? Avaisje fait quelque chose de mal?

Lavocat a levé les yeux et a dit dune voix douce: «Ton grandpère taimait plus que tout.» Il ma alors tendu une petite enveloppe.

«Cest tout?» aije balbutié, les larmes prêtes à couler, les mains tremblantes.

À lintérieur, il ny avait pas de facture ni de chèque, mais une lettre écrite de la main de mon grandpère:

«Ma chère Aimée, jai laissé pour toi quelque chose de plus précieux que largent. Prends soin de mon vieux rucher, ce petit bout de terre derrière les bois. Quand tu lauras fait, tu comprendras pourquoi je te lai confié.»

Jai relu ces mots, stupéfaite. Le vieux rucher? Ce coin délabré où il passait des heures à surveiller les abeilles? Pourquoi me lavaitil légué?

Le lendemain, tante Delphine, les lunettes sur le nez, ma demandé: «Aimée, astu fait ta valise?»

«Je suis en train denvoyer un message à Chloé,» aije marmonné, cachant mon portable.

«Le bus part dans cinq minutes!» a-t-elle rétorqué en remplissant mon sac de cahiers.

Jai jeté un coup dœil à lhorloge: 7 h58. «Bon, daccord,» aije soupiré en me levant.

Elle ma tendu une chemise repassée. «Ce nest pas ce que ton grandpère aurait souhaité pour toi. Il croyait que tu serais forte et autonome. Et ces ruches quil ta laissées ne vont pas se gérer toutes seules.»

Je repensais aux soirées passées à lécouter parler du miel, des abeilles, mais mon esprit dérivait déjà vers le bal du lycée et mon béguin, Julien.

«Je men occuperai demain,» aije répondu en me coiffant.

«Demain narrive jamais, Aimée. Ton grandpère comptait sur toi,» insista-t-elle.

«Regarde, tante Delphine,» répliquéje sèchement, «jai des choses plus importantes à faire que de moccuper des abeilles de grandpère!»

Ses yeux se sont remplis de larmes, mais le bus a klaxonné et je suis partie, ignorant son regard triste.

Dans le bus, mes pensées tournaient autour de Julien, pas du rucher hérité dHenri. «Qui veut dun rucher?» me suisje moquée, irritée par cette responsabilité.

Le lendemain, tante Delphine a de nouveau évoqué le sujet. Elle ma grondée pour mon manque de sérieux et mon temps passé sur le téléphone.

«Tu es punie, ma petite,» at-elle déclaré. Jai levé les yeux, surpris.

«Punie? Pour quoi?» aije protesté.

«Pour avoir fugué de tes responsabilités,» at-elle rétorqué, pointant le vieux rucher.

«Ce rucher inutile?» aije raillé.

«Cest une question de responsabilité, Aimée. Cest ce que ton grandpère voulait que tu apprennes,» a répété tante Delphine, la voix tremblante démotion.

«Je crains les piqûres!» aije lancé.

«Tu porteras léquipement de protection,» at-elle contrerépondu. «Un peu de peur, cest normal, mais cela ne doit pas tarrêter.»

À contrecœur, je me suis rendue au rucher. En approchant de la ruche, je ressentais à la fois appréhension et curiosité. Jai enfilé de lourdes gants, ouvert la ruche et commencé à récolter le miel, le cœur battant la chamade.

Une abeille a piqué mon gant. Jai failli abandonner, mais une vague de détermination ma envahie. Je devais finir, prouver à tante Delphine que je nétais pas la gamine irresponsable quelle imaginait.

En extrayant le miel, jai découvert, caché dans un sac plastique usé, une carte fanée aux marques étranges. Cétait une sorte de trésor laissé par Henri.

Jai glissé la carte dans ma poche et suis montée à vélo vers la maison, laissant le pot à moitié rempli sur le comptoir. Une fois la porte close, jai suivi la carte dans les bois.

Les sentiers me rappelaient les histoires que mon grandpère racontait, et je riais en me souvenant de ses récits de l«Ours blanc du bois». Au détour dune clairière, jai aperçu la vieille cabane du gardechasse, décrépie, la peinture écaillée, le porche qui grinçait sous le vent. «Grandpère nous faisait asseoir ici, avec du pain et de la tarte après la récolte, et nous narrait ses légendes,» me suisje rappelée, une douce nostalgie menvahissant.

En touchant le vieux chêne près du porche, jai presque entendu sa voix: «Attention, mon petit, ne dérange pas les gnomes grincheux,» comme lors de nos aprèsmiddis insouciants.

Jai trouvé la clé cachée, ouvert la porte et pénétré dans une pièce empreinte de poussière et dune odeur de renfermé. Sur une table, un coffret en métal finement gravé attirait mon regard. À lintérieur, une note de mon grandpère :

«À ma chère Aimée, ce coffret renferme un trésor, mais ne louvre quau terme de ton véritable voyage. Tu sauras quand le moment sera venu. Tout mon amour, Henri.»

Lenvie de louvrir me tiraillait, mais je me souviens de ses mots: «Attends la fin du chemin.»

Jai continué mon périple à travers la forêt, mais bientôt je me suis sentie perdue. «

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J’étais contrarié que mon grand‑père ne me laisse qu’un vieux rucher, jusqu’à ce que j’examine les ruches.
Mon frère et sa famille voulaient s’installer à Paris à mes frais, mais je leur ai fait comprendre dès le départ que cela n’allait jamais arriver !