Alors que mes enfants et petits-enfants sentassent dans un minuscule appartement en banlieue parisienne, les parents de mon gendre, eux, profitent tranquillement de la vie dans leur spacieux logement du centre de Lyon. Ah, la belle vie !
Ma fille Camille sest mariée hélas, le bonheur ne sest pas invité du côté beau-familial. Nous, côté parents, on donne tout aux enfants, tandis queux ben, ils donnent surtout des excuses. Cela fait huit ans que le mariage a eu lieu, et on rame toujours avec cette belle-famille, aussi utile quun parapluie dans le Sahara.
Quand la question du logement sest posée, oh là là, tempête sur la Méditerranée : « Il na rien à voir avec ça ! » ont proclamé fièrement ses parents. Vous parlez dun soutien.
On a donc dû vendre notre vieux F3 à Dijon tout en pierres de Bourgogne, douillet à souhait pour acheter un studio à Paris à Camille et son époux. Jen ai encore la larme à lœil, mais que voulez-vous ? Il fallait bien que nos enfants aient leur petit nid. On a rafraîchi les murs, investi dans lameublement, tout ça sans le moindre sou ni le moindre couscous de la belle-famille.
Au quotidien, je moccupe aussi des petits-enfants. Camille est en congé maternité avec la petite dernière, et le grand, en CP, je lemmène chaque matin à lécole avec ma vieille Clio. Tout faire toute seule ? On nest pas à Fort Boyard, tout de même ! Heureusement, papy Jean prend le relais une semaine sur deux. Cest une véritable entreprise familiale, qui tourne sans aide de lautre branche du clan.
Quant aux parents de mon gendre, ils continuent de feindre que rien ne les concerne : « Oh, mais ce nest pas de notre ressort ! » Je les regarde, ébahie : comment peut-on être grand-parents et pratiquer autant le désintérêt ? Chapeau bas, franchement !
Mais bon, leur passivité ne date pas dhier. Imaginez quils nont rien donné pour la noce de leur fils ! Avant la cérémonie, jai appelé, histoire de discuter organisation, et là, la grande tirade :
Et si jamais ils divorcent dans un mois ? Vous savez, 70 % des couples filent chez le notaire avant même davoir défait les valises, daprès les statistiques !
Bref, on a monté la fête nous-mêmes, chéri et moi, offert le fameux logement aux jeunes, et devinez quoi : les beaux-parents sont arrivés à la mairie comme de parfaits inconnus, avec une enveloppe contenant royalement 120 euros. Merci, mais on ne va pas sétouffer avec ça.
Et pendant ce temps, le gendre, lui, ne se gêne pas pour réclamer. Huit ans que lon a acheté ce studio largement suffisant à lépoque pour deux tourtereaux. Mais voilà quavec deux enfants, évidemment, ça commence à coincer.
Et lui, mon gendre, plutôt passif. Je lui dis souvent :
Tu comprends, si tu narrives pas à gagner plus, pourquoi tes parents ne donnent pas un petit coup de main ?
Et là, réponse dune audace rare :
Je ne peux pas leur demander cela !
Un drame ! Jajoute donc :
Si tu veux, je peux aborder la question moi-même.
Et lui de rétorquer, presque offusqué :
Cest hors de question, jamais de la vie !
Il men bouche un coin, vraiment. Eh bien, demander un peu à ses propres parents, cest trop ambitieux, mais, pomper sur les finances de la belle-famille, alors là, cest open-bar. Cest quand même pas compliqué : les gens finissent bien par acheter leur appartement eux-mêmes, non ? Je lui répète : tu es jeune, trouve-toi un boulot supplémentaire, va faire la saison dans le Bordelais, ou tente ta chance au Québec !
Mais rien ny fait. Mon gendre, cest la méditation zen incarnée. Camille me téléphone maintenant pour me reprocher de men mêler : « Tu comprends, Maman, on ne change pas ses beaux-parents »
Folie douce ! Eux mènent la belle vie, partent en cure thermale à Aix-les-Bains, pendant que, chez nous, tout le monde sarrache les cheveux. Mais attention, ça, on ne peut plus leur dire à cause de monsieur le gendre. Il protège ses parents, cest sûr. Mais avoir un tout petit brin de compassion pour la belle-mère et le beau-père ? Oubliez !
Ah, la famille Quelle épopée à la française !






