Adam, je ne veux pas te blesser, mon chéri.
Adam était assis sur le rebord de la fenêtre, le regard perdu sur la place en bas, à Paris. Il attendait son père, lesprit plein de pensées. Voilà déjà deux ans que sa mère les avait quittés. « Elle sest construit une nouvelle vie », avait expliqué son père un soir, la voix un peu cassée. Pourquoi avait-elle laissé son fils ? Adam nen savait rien, tout ça restait flou pour lui. Petit à petit, les souvenirs de sa mère commençaient déjà à sestomper.
Son père faisait pourtant tout ce quil pouvait pour lui. Adam avait dix ans à présent il comprenait beaucoup de choses, on ne pouvait plus rien lui cacher. Mais il narrivait pas à donner du sens à tout ça. Il sétait mis à faire la vaisselle, à ranger ses affaires dans larmoire. Les jouets, il y touchait à peine. Il se sentait déjà presque adulte.
Et puis Adam était si seul. Il rêvait davoir un chien, vraiment. Mais son père lui avait gentiment refusé.
Mais qui va sen occuper ? Je travaille tout le temps, et toi, tu es encore au collège, tu es un peu petit.
Finalement, au lieu dun chien, son père avait ramené une femme à la maison. Elle sappelait Solène. Elle sétait installée chez eux. Adam, lui, préférait ne pas lui adresser la parole ; il la trouvait de trop. Mais son père lappelait « ma femme » et voulait quAdam ait une maman.
Je nen veux pas ! avait-il répondu, net. Pourtant, la vie continuait ainsi. Adam voyait bien que son père avait lair heureux avec Solène. Ils étaient tendres, riaient ensemble, se serraient dans les bras. Mais Adam, lui, restait blessé au fond, avec une douleur quil narrivait pas à apaiser.
Papa, je veux quelle sen aille.
Adam, moi je voudrais quelle reste. Cest difficile de vivre sans une femme une épouse, une mère.
Puis les beaux jours arrivèrent. Adam filait dans la cour avec les autres enfants de limmeuble. Ses nouveaux copains lui racontèrent que son père et sa belle-mère voudraient peut-être le placer à lorphelinat.
Il a eu très peur. Après tout, quest-ce qui les empêcherait de labandonner ? Peut-être quils voulaient un bébé à eux, et lui ne serait quun poids. Alors Adam commença à sy préparer, au cas où.
Un jour, il entendit en passant la fin dune phrase : « Il sera bien là-bas, on devrait ly envoyer. »
Ce fut la goutte de trop. Il na pas fermé lœil de la nuit et, le matin venu, il décida quil fallait absolument se débarrasser de Solène. À partir de là, il fit tout pour la mettre mal à laise il mit du sel dans son thé, laissa allumé le gaz sous une casserole vide, se montra odieux. Solène se douta vite que quelque chose nallait pas. Alors, elle lui demanda de venir lui parler.
Il faut quon discute, Adam. Je sens que tu es fâché.
Mais non, tout va bien, dit-il, tentant de séchapper.
Adam, je ne veux pas te faire de mal, mon chéri…
Javais trouvé une petite maison à la campagne pour lété. On voulait te faire la surprise, mais je crois quil est temps dêtre honnêtes avec toi. Ton père a entendu parler dun chien à adopter, et aujourdhui, on va le chercher. Tu viens avec nous ?
Tu ne mens pas ? demanda Adam, partagé entre la surprise et lespoir. Puis, il se jeta dans les bras de Solène, aussi fort quil le put.
Solène avait les larmes aux yeux : « Allez, Adam, cest une bonne nouvelle, ne pleure pas, hein. » Elle lui caressa tendrement la tête.
Quand son père rentra du boulot, ils sont tous partis chercher le chiot. La colère dAdam sétait déjà transformée en compassion ; il ne voyait plus Solène comme une ennemie. Ils se sont réconciliés. Et le petit chien sest endormi bien paisiblement dans les bras dAdam. Tout le monde était heureux.







