UN BONHEUR INATTENDU À la faculté, personne n’aurait jamais cru que Valérie, brillante enseignante et chef de département à l’Université de Paris, cachait un secret tragique : son mari, pourtant si élégant et prévenant en apparence, était un alcoolique invétéré. C’était sa honte silencieuse et son chagrin secret… Valérie Dupuis, respectée de tous pour sa rigueur et son intégrité, passait pour une femme accomplie et comblée. Chacun enviait cette union que les apparences rendaient idéale, ignorant le drame qui se jouait derrière la porte de leur appartement parisien, où Victor, son mari, sombrait chaque soir dans l’ivresse la plus totale. Au fil des années, Valérie a tout supporté, ne trouvant de consolation que dans la réussite de son fils unique, Dimitri — jeune homme au cœur volage mais bien sous tous rapports. Les histoires sentimentales de Dimitri se succédaient, jusqu’à ce qu’Annie, une jeune femme douce et aimée de Valérie, partage leur toit durant cinq ans… que tout bascule encore une fois. Après le décès de Victor, terrassé par un ultime verre de trop, Valérie crut que le fil de sa vie touchait à sa fin. Mais le soir du Nouvel An, alors que toutes les lumières de Noël éclairent la capitale, une visite inattendue bouleverse sa solitude : Annie revient, une petite fille à la main. « Valérie, je vous confie Véronique, votre petite-fille… » L’amour renaît là où on l’attendait le moins. Cette nuit, Paris scintille. Une grand-mère, une fillette et un nouveau bonheur inattendu.

UNE JOIE INATTENDUE

Au département de la Sorbonne, jamais un collègue naurait deviné et encore moins cru que le mari de Valérie Deschamps était un fameux ivrogne. Voilà le petit drame bien soigneusement caché sous son tailleur impeccable.

Madame Deschamps, professeure, maîtresse de conférences et cheffe de département, était auréolée dexcellence : une réputation irréprochable. Si quelquun incarnait la réussite féminine, cétait bien elle ! Basta. Et son mari la retrouvait souvent à la sortie de la fac, bras dessus bras dessous pour rentrer chez eux, bien propre sur lui.

Quelle chance vous avez, Valérie ! sextasiaient ses collègues plus jeunes. Un homme si élégant, prévenant, distingué, et beau, en plus

Allons les filles, ne me portez pas la poisse ! souriait Valérie en balayant laffaire dun revers de main.

Elle seule connaissait le spectacle à la maison : Victor, son intellectuel, se transformait chaque soir en naufragé du Pastis. Il rentrait, ou plutôt rampait au seuil, plus crotté quun vélo après Paris-Roubaix. La clé ? Impossible à insérer dans la serrure, alors il sonnait et sécroulait sur le paillasson, avant de sombrer dans le coma carabiné. Valérie ouvrait la porte, le hissait péniblement à lintérieur en labreuvant de soupirs (« Ô mon pauvre poireau, quand cesseras-tu de te noyer, je nen peux plus, etc. »), lenveloppait dun plaid dastreinte pour quil nattrape pas froid puis repartait rédiger sa thèse dabord son doctorat, puis son HDR. Un mug deau dun litre toujours à portée de main de Victor, sinon, la nuit, cétait la fanfare :

Valoche ! A boire ! Jai soif, jai soif !

Le matin, Valérie, prête pour la fac, enjambait son mari endormi dans lentrée et claquait la porte derrière elle, avant daller semer culture, sagesse et valeurs éternelles auprès des étudiants. Ce drôle de manège pouvait durer une semaine ou un mois.

Et, au détour dun jour quelconque, Victor, comme si de rien nétait, attendait sa chère et tendre, tout propret, repassé et sourire Colgate aux lèvres devant lentrée. À la sortie, Valérie arrivait entourée de collègues ; Victor bondissait pour lui baiser la joue :

Ta journée, ma Valérie, sest bien passée ?

Correct, Vic. Allez, rentrons, soufflait-elle en douce.

Et tout le monde sur le trottoir de soupirer démotion :

Quelle pépite, ce mari que Valérie a déniché ! chuchotaient-ils.

Mais à peine le seuil franchi, Valérie se transformait en iceberg. Sa vengeance favorite : le silence. Elle savait que cétait larme fatale, et Victor nen pouvait plus de cette mutité pesante. Avec le temps, il sy accommodait : il raccompagnait madame chez eux puis filait en mission boire en douce, rien ne changeait.

Cela faisait vingt-huit ans que Valérie et Victor avaient scellé leur union. Leur amour avait été fou, brûlant, éternel jusquà ce quil senvole, façon plumes dédredon échappées par la fenêtre, impossibles à rattraper.

Longtemps, pas moyen davoir un enfant. Valérie en était rongée une maison sans gamin nétait, pour elle, quun musée vide. Puis, enfin, naquit Pierre. Pour Valérie, il devint le centre de lunivers.

Mais il fallait tant de choses pour le petit et le porte-monnaie était maigre. Victor laissait à Valérie toutes les corvées, toute la garde du bambin. Lui, son hobby, cétait cacher la bouteille de vin importé et siroter en catimini.

Épuisée par la course au quotidien, Valérie ne remarqua pas demblée les manoeuvres de son époux. Un soir, elle trouva une mignonette de cognac sur le balcon.

Victor ? À qui tout ça ? sexclama-t-elle.

Devine ! répondit-il, goguenard.

Évidemment, scène de ménage. Larmes, promesses, menaces Un best-seller de la vie conjugale.

Les années passèrent. Victor alternait petits boulots et chômage : cause, labus de Bordeaux. Il ny avait plus rien à espérer du côté carrière conjugale. Pas question, pour Valérie, de divorcer. Sa mère lui répétait :

Ma chérie, on se marie quune fois ! Le premier mari vient du Bon Dieu, le second du diable. Même en paille, un homme vaut mieux que rien. Et pour lenfant, aucun père nest remplaçable.

Imaginer le mari du diable la glaçait.

Valérie gravit avec acharnement les échelons universitaires. Elle avait appris à tout gérer seule, sétait blindée contre les comédies de soûlographie. Elle avait même pitié de Victor cétait tout, lamour avait séché, mort et enterré.

Heureusement, son rayon de soleil, cétait Pierre. Un garçon à croquer. Premier amour à 14 ans, second à 19, troisième Pierre avait le cœur voyageur. Valérie sen inquiétait : le temps quelle apprivoise la copine de son fiston, une suivante débarquait. Il y en eut une, quand même, qui resta cinq ans ! Valérie chérissait Claire comme sa bru. On la présentait officiellement dans toute la famille. Tous ensemble, sous le même toit : Victor, Valérie, Pierre et Claire. Valérie glissait des allusions : des petits enfants, ça serait pas du luxe, non ? Claire, fataliste :

Moi, je veux bien, mais Pierre se fait prier

Mon chéri ! Bientôt la retraite Offre-moi la joie de bercer des petits ! demandait Valérie.

Pierre, mystérieux, ne pipait mot. Puis un jour, Claire sévanouit dans la nature. Valérie rentre plus rien de la belle-fille. Le soir, Pierre débarque accompagné de Léa, pas plus de dix-huit ans.

Léa emménage avec nous. On saime ! déclare-t-il.

Mais et Claire ? Pas question, rends-moi Claire ! sindigna Valérie.

Pierre, vexé, partit avec Léa. Valérie réalisa alors combien Claire comptait pour elle. Cinq ans, ce nétait pas rien. Claire aimait Pierre dun amour limpide, rien à dire pour une mère. Et puis, voilà.

« Comment la-t-il présentée cette Liane ? Lara ? Jamais elles ne franchiront le seuil ! » pestait Valérie. Elle tournait en rond : « Quel don Juan, ce fils ! Il tient de qui ? Heureusement quil na pas hérité de la picole du papa », se consola-t-elle.

Un mois plus tard, Pierre rentra, seul, crâne bas. Valérie laccueillit à bras ouverts, même si la curiosité la démangeait :

Et la dernière conquête de monsieur ?

Pfff ! Elle ma dit : « Un vieux bourricot comme toi, non merci ! » rigola Pierre. Et puis Écoute, maman. Tu râlais pour Claire, mais jai un scoop : elle a deux gosses ! Tu ne savais pas ? Moi non plus. Ses voyages à la campagne aider sa mère ? Eh bien, elle allait voir ses enfants ! Cest son ex-mari qui ma tout dévoilé. Un type bien, dailleurs. Il élève les petits tout seul, rêve que Claire revienne. Cinq ans de silence ! Tu y crois, toi ?

Du calme, mon cœur. Je crois que Claire taime sûrement toujours. On ne commande pas à son cœur, hein ? Dommage, les enfants sont les vrais pions dans tout ça. Parents perdus, enfants perdus Elle était chouette, ta Claire, moi je laimais bien, tu sais, tempéra Valérie, la gorge nouée.

Tinquiète pas, maman, elle est restée bien, répondit Pierre, taquin.

Lannée suivante, Victor passa de vie à trépas. Cirrhose du foie. Six mois dagonie. Avant de partir, il implora pardon à Valérie et Pierre, la larme à lœil.

Au cimetière, Valérie confia à Pierre :

Tu sais, mon grand, ton père ma pompé mes années et mes nerfs. Tas tout vu. Pour chaque verre, jai perdu une larme. Et pourtant, je tavoue Je serais prête à endurer tout ça encore, juste pour quil rouvre les yeux. Lamour, quelle farce, hein ?

Valérie éclata en sanglots, déposa de vraies fleurs sur la terre fraîche. Pierre prit sa mère par le bras ; ils rentrèrent chez eux, à pas lents, un silence lourd planant entre eux.

À la Sorbonne, on plaignait Valérie. Pour la première fois, elle souvrit : « Je suis seule maintenant. Mon fils a sa vie sentimentale à la Montmartre. Un petit-enfant, ça mettrait du baume Mais comment refaire surface ? »

Encore une année fila. Valérie prit sa retraite tant méritée. Elle repensait, non sans tristesse, aux jours où Victor lattendait sur les marches. Les souvenirs, ça ronge.

Fin décembre. Partout, effervescence, la magie de Noël fourmille, petits et grands attendant leur miracle.

Le Réveillon : Valérie seule devant la télé, sapin orné, salade niçoise, clémentines et mousseux sur la table. « Peut-être que Pierre passera… Mais encore une amourette en cours… Quand trouvera-t-il chaussure à son pied ? »

Soudain, un coup de sonnette. Valérie sursaute Pierre a ses propres clés, qui vient donc effrayer mémé Valoche à minuit ?

Curieuse, elle colle lœil au judas. Stupéfaction !

« Seigneur, Claire ! » Valérie ouvre grand et enlace sa visiteuse surprise Avant de remarquer la fillette minuscule à ses côtés. Valérie saffaire, installe tout le monde, sert le thé et ce quelle a sous la main. Puis Claire demande si elle peut coucher la petite.

Quand lenfant sendort, Valérie la dévisage : une vraie Pierre en miniature.

Raconte-moi tout, Claire ! Comment le vent ta portée ici ? sexclame Valérie, ravie de sa déduction.

Valérie, je dois vous lavouer commence Claire, les joues rouges.

Je sais déjà tout, ma grande. Pierre ma tout dit. Vas-y, vite

Voilà Cest votre petite-fille. Oui, je voulais vous demander Est-ce que je peux vous confier ma fille, juste un moment ? Je me suis remise avec mon ex, mais il refuse dadopter Véronique. Il me dit quil doit avant tout se consacrer à ses propres enfants. Je suis perdue Sil vous plaît, aidez-moi, supplie Claire.

Dis donc, cest un vrai cadeau de Nouvel An, ça réfléchit Valérie.

Puisque vous êtes à la retraite, vous ne vous ennuierez plus, promis ! Je viendrai souvent. Elle sappelle Véronique. Un an et des poussières, insiste Claire.

Le lendemain matin, Valérie se leva, Claire avait disparu. Sur la table, un mot : « Je vous aime Valérie ! Bonne année ! Des bises et le bonjour à Pierre ! » À côté, un sac de vêtements et de papiers : sur lacte de naissance, Véronique Pierre.

« Eh bien voilà. Victor est parti, Véronique arrive », pensa Valérie, sourire triste. Elle sapprocha de sa petite-fille endormie, lembrassa sur le front. « Tu es ma joie inattendue »

Aujourdhui, Véronique est au CE1, elle appelle Valérie mamie chérie. Pierre, lui, fait le papa gâteau, toujours à la quête du grand amour. Quant à Claire… plus jamais revue.

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UN BONHEUR INATTENDU À la faculté, personne n’aurait jamais cru que Valérie, brillante enseignante et chef de département à l’Université de Paris, cachait un secret tragique : son mari, pourtant si élégant et prévenant en apparence, était un alcoolique invétéré. C’était sa honte silencieuse et son chagrin secret… Valérie Dupuis, respectée de tous pour sa rigueur et son intégrité, passait pour une femme accomplie et comblée. Chacun enviait cette union que les apparences rendaient idéale, ignorant le drame qui se jouait derrière la porte de leur appartement parisien, où Victor, son mari, sombrait chaque soir dans l’ivresse la plus totale. Au fil des années, Valérie a tout supporté, ne trouvant de consolation que dans la réussite de son fils unique, Dimitri — jeune homme au cœur volage mais bien sous tous rapports. Les histoires sentimentales de Dimitri se succédaient, jusqu’à ce qu’Annie, une jeune femme douce et aimée de Valérie, partage leur toit durant cinq ans… que tout bascule encore une fois. Après le décès de Victor, terrassé par un ultime verre de trop, Valérie crut que le fil de sa vie touchait à sa fin. Mais le soir du Nouvel An, alors que toutes les lumières de Noël éclairent la capitale, une visite inattendue bouleverse sa solitude : Annie revient, une petite fille à la main. « Valérie, je vous confie Véronique, votre petite-fille… » L’amour renaît là où on l’attendait le moins. Cette nuit, Paris scintille. Une grand-mère, une fillette et un nouveau bonheur inattendu.
Rita à sa sœur : Il n’est pas pour toi, il me correspond mieux. Annulons ce mariage !