Il n’était pas encore rentré. Ces derniers temps, il avait trop de travail et commençait à rester de plus en plus tard. Sophie coucha les enfants puis se dirigea vers la cuisine pour se préparer une tasse de thé. François n’était toujours pas rentré. Ces derniers temps, il était débordé de travail et avait pris l’habitude de faire des heures supplémentaires. Sophie compatissait à la fatigue de son mari et cherchait à le préserver des soucis domestiques, car il était le seul soutien du foyer. Après leur mariage, ils avaient décidé que Sophie resterait à la maison pour s’occuper du foyer et des futurs enfants, tandis que François garantirait le bien-être financier de la famille. Ils eurent trois enfants d’affilée. François était ravi à chaque naissance et affirmait qu’il ne comptait pas s’arrêter là. Pourtant, Sophie était épuisée par l’attention constante requise par les enfants et songea à faire une pause avant d’agrandir la famille. François rentra après minuit, légèrement éméché. À la question de Sophie, il répondit : — Soph’, on était tous pris par le travail et on a décidé d’aller se détendre un peu. — Oh, mon pauvre ! — sourit Sophie —. Viens, je te prépare quelque chose à manger ! — Pas besoin. On a grignoté quelques tapas. Je vais plutôt me coucher. La fête des Mères approchait et Sophie, confiant les enfants à sa propre mère, alla au centre commercial. Elle voulait célébrer l’événement avec une attention particulière : un dîner romantique à deux. Sa mère accepta volontiers de garder les enfants chez elle. En plus des courses et des cadeaux, Sophie décida de s’offrir quelque chose. Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était rien acheté et elle avait honte de demander de l’argent à François pour de nouveaux vêtements, n’ayant guère l’occasion de sortir. Sa dernière acquisition était un ensemble confortable pour la maison, peu adapté à la soirée prévue. Elle entra dans une boutique et choisit plusieurs robes. En enfilant la deuxième, elle reconnut la voix de son mari provenant de la cabine voisine : — Hmm, j’ai hâte de te l’enlever ! Un rire féminin lui répondit : — Sois patient, coquin ! Tu ferais mieux de retourner choisir un cadeau pour ta femme. — Pourquoi faire ? Elle est noyée dans les enfants et peu leur importe comment elle est habillée, tant qu’elle les nourrit et prend soin d’eux. Je vais lui offrir une cafetière ou un mixeur, ça lui fera plaisir ! Sophie eut l’impression de recevoir une douche froide. Silencieuse, elle continua à essayer les vêtements tout en écoutant la conversation à travers la cloison. — Et si elle te demande où est passé ton argent ? Une cafetière, ce n’est pas bien cher… — riait la femme. — Pourquoi devrais-je lui rendre des comptes ? C’est MON argent, je travaille, et elle reste à la maison à faire ce qu’elle veut ! Je lui donne l’argent pour les courses, ça devrait suffire. Elle devrait me remercier ! Apparemment, la séance d’essayage était terminée et les voix s’éloignèrent. Sophie jeta un coup d’œil discret. Elle vit François à la caisse avec une blonde, en train de payer ses achats. Il l’embrassa devant la vendeuse. — Tout va bien, mademoiselle ? — demanda la vendeuse, voyant Sophie immobile dans la cabine. — Oui, oui, tout va bien ! — répondit-elle précipitamment en tendant les robes à la vendeuse. — Je les prends toutes. De retour à la maison après avoir raccompagné sa mère et couché les enfants pour la sieste, Sophie réfléchissait à la suite. Elle ne s’attendait pas à une telle trahison de la part de François. Plus que l’infidélité, c’est le mépris pour tout ce qu’elle faisait pour la famille qui la blessait. Elle eut envie de déposer immédiatement une demande de divorce, mais se força à réfléchir posément. « Je demande le divorce, il part avec sa blonde, me laisse seule avec les enfants et sans ressources. La pension alimentaire ? Des miettes… Et de quoi vivrons-nous ? » Ce soir-là, François ne rentra pas tard, “occupé par le travail”. « Il a déjà eu ce qu’il voulait cet après-midi », pensa Sophie, indifférente. Elle n’avait plus de sentiments pour lui ; il était devenu un étranger. Sa seule crainte était qu’il cherche une intimité à laquelle elle ne pourrait répondre. Cette idée la révulsait. Mais apparemment, François était repu de sa maîtresse et ne s’approcha pas de Sophie. Le lendemain, Sophie prépara son CV et l’envoya à plusieurs sociétés et agences. Il ne restait plus qu’à attendre. Les jours d’incertitude se succédèrent, chaque matin commençant par la vérification de sa boîte mail. Enfin, une réponse arriva : elle était invitée à un entretien dans une entreprise de la ville. Curieusement, la même où travaillait François. Après réflexion, elle décida de s’y présenter. Ayant à nouveau confié les enfants à sa mère, elle se rendit à l’entretien. Après près de deux heures d’échanges avec la direction, on lui proposa un bon poste avec des horaires flexibles. Ce n’était pas un grand salaire, mais suffisant pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants. Sophie rentra rayonnante. Sa mère, la voyant si heureuse, la questionna. — Maman, François me trompe ! — lança Sophie, mi-soulagée, mi-heureuse. Pensant sa fille confuse, sa mère l’installa sur le canapé pour la calmer. — Sophie, comment peux-tu penser ça ? François, infidèle ? Il n’arrête pas de travailler ! — Il ne travaille pas, il sort avec sa maîtresse ! — raconta Sophie, relatant toute la scène de la boutique. Sa mère, après l’avoir écoutée, demanda : — Que comptes-tu faire maintenant ? — Je vais divorcer ! Et j’ai décroché un travail à horaires aménagés. Je vais prochainement inscrire les enfants à la crèche et, quand ils y seront tous, travailler à temps plein. — Eh bien, vas-y ! Je ne t’en empêcherai pas ! On ne peut pas pardonner une telle trahison. En plus, il ne te respecte même plus. Je t’aiderai avec les enfants. — Merci, maman ! — Sophie la serra dans ses bras, émue. Le 7 mars, François rentra encore très tard. Sophie ne lui posa aucune question, et, surpris par cette indifférence, il tenta de se justifier : — Soph’, encore une grosse journée au travail… — Mais Sophie l’interrompit, lui disant d’aller se coucher. Le lendemain, alors qu’elle préparait le petit-déjeuner des enfants, François arriva avec un cadeau : un mixer. — Tiens, mon amour, pour t’aider dans les tâches ménagères. — Il tenta de l’embrasser, mais Sophie se dégagea et, sans prêter attention au cadeau, se leva. — J’ai aussi un cadeau pour toi. Surpris, François la suivit jusqu’à l’entrée, le paquet à la main. Deux grosses valises l’y attendaient. — Je demande le divorce ! Inutile d’inventer des excuses, tu peux partir maintenant ! — Comment as-tu su ? — marmonna François, déconcerté. — Dans la boutique, lorsque tu choisissais un cadeau pour ta blonde. Et ce mixer, tu peux aussi le lui offrir, je n’en ai pas besoin. Abasourdi et furieux, François s’emporta : — Ça t’énerve que j’aie une autre femme ? Une femme belle et entretenue, pas comme toi ! Tu as oublié comment te maquiller, tu ne vis que pour les enfants à mes frais. Peu importe à qui je donne mon argent, c’est mon choix ! Ce qui te dérange, c’est que j’en consacre une partie à quelqu’un d’autre, tu es égoïste ! — Non, cela ne me dérange pas, — répondit calmement Sophie — maintenant, va-t’en. Dès le lendemain, Sophie déposa une demande de divorce et de pension alimentaire. Une semaine plus tard, on sonna à la porte. C’était sa belle-mère, furieuse : — Profiteuse ! Tu as mis François à la porte et maintenant tu réclames de l’argent ! Renonce à la pension ! Il n’a aucune obligation de payer quoi que ce soit ! — Il ne me paie pas, il paie pour ses enfants, qu’il a lui-même désirés — répliqua Sophie. — Si cela ne lui laisse plus de quoi gâter sa maîtresse, tant pis pour lui ! Ce sont aussi ses enfants. — Que feras-tu sans son argent ? Tu as eu des enfants en pensant vivre à ses crochets toute ta vie ! Mais ça ne marchera pas ! Il va demander qu’on déclare un petit salaire, tu n’auras quasiment rien ! Tu reviendras vite mendier ! — Je n’en doute pas, — dit Sophie, lui indiquant la porte —. Allez, partez, ou j’appelle la police. Pestant, sa belle-mère s’en alla. Quelques mois passèrent, les enfants finirent tous par aller à la crèche. Un mois après l’entrée du petit dernier, Sophie put travailler à temps plein. — Bonjour ! — entendit-elle une voix familière près de son bureau. — On peut parler ? — Désolée, François, j’ai beaucoup de travail — répondit-elle, sans lever la tête. — On pourrait peut-être déjeuner ensemble ? — François s’attarda. Sophie leva les yeux sur son ex-mari. Il avait l’air fatigué, vieilli. Elle savait que la blonde, après avoir appris que la moitié de son salaire partirait en pension, l’avait quitté. Mais tout cela lui était égal. — Non, François. Nous ne parlerons plus ni ne déjeunerons ensemble.

Il nest pas encore arrivé. Ces derniers temps, il a beaucoup trop de travail et commence à rentrer de plus en plus tard.
Élodie a couché les enfants puis sest dirigée vers la cuisine pour se préparer une tasse de thé. Guillaume n’était toujours pas rentré. Depuis quelque temps, son emploi le mobilise au point de prolonger ses journées au bureau.
Élodie a de la peine pour la fatigue de son mari, elle essaie de le préserver des soucis domestiques, puisque cest lui qui fait vivre la famille. Après leur mariage, ils ont convenu quÉlodie soccuperait du foyer et des futurs enfants, tandis que Guillaume assumerait la charge financière. Trois enfants sont nés lun après lautre. Guillaume sen réjouissait à chaque fois et clamait quil ne comptait pas en rester là.
Mais Élodie, épuisée par le tourbillon incessant de la maternité, a décidé quil était temps de faire une pause niveau bébé.
Guillaume rentre bien après minuit, lair un peu guilleret. À sa question concernant cette ambiance, il répond :
Lolo, on était débordés au boulot alors on a filé décompresser un coup avec des collègues.
Oh, mon pauvre ! lance Élodie en souriant. Viens, je vais te préparer à manger !
Ce nest pas la peine. On a partagé quelques planches de charcuterie. Je vais me coucher direct, je tombe de fatigue.
Bientôt, cest la Fête des Mères. Élodie demande à sa propre mère de garder les enfants et file au centre commercial. Elle veut marquer le coup : une soirée en amoureux, rien que tous les deux. Sa mère accepte volontiers demmener les petits chez elle.
En plus des courses pour la soirée et des petits cadeaux, Élodie décide de soffrir enfin quelque chose pour elle. Cela fait une éternité quelle ne sest pas achetée de vêtements, et elle nose plus demander à Guillaume de largent pour une nouvelle robe, n’ayant pas vraiment l’occasion de la porter. La dernière, confortable, convient à la maison, mais pas à la soirée quelle imagine.
Dans une boutique, elle sélectionne plusieurs robes. En essayant la deuxième, elle reconnaît la voix de son mari, provenant de la cabine voisine :
Hmm, jai déjà hâte de te lenlever !
Un rire féminin lui répond :
Patience, coquin ! Retourne plutôt choisir quelque chose pour ta femme.
Pour quoi faire ? Elle baigne dans les marmots, ils sen fichent de ce quelle porte tant quelle veille sur eux. Je vais lui prendre une machine à café ou un mixeur, ça la fera sourire !
Élodie a limpression quon vient de lui jeter un seau deau froide. Elle se fige, retient son souffle. Elle continue à enfiler les vêtements, le cœur serré, écoutant la discussion à travers la cloison.
Et si elle te demande ce que tu as fait de tout cet argent ? Une machine à café ou un mixeur, ce nest pas si cher poursuit la femme, hilare.
Pourquoi je devrais me justifier sur la manière dont je dépense MON argent ? Cest moi qui bosse, elle reste à la maison à faire ce quelle veut ! Je lui file son budget courses, ça suffit. Elle devrait plutôt men remercier !
Les essayages semblent terminés, les voix séloignent. Élodie écarte doucement le rideau. Devant la caisse, il y a Guillaume, accompagné dune blonde, réglant ses achats. Il lembrasse sur la bouche, sans se préoccuper du regard de la vendeuse.
Mademoiselle, tout va bien ? sinquiète la vendeuse en voyant Élodie blême, assise dans la cabine.
Oui, tout va bien ! balbutie-t-elle, avant de passer au comptoir, les bras chargés. Je prends tout.
De retour à la maison, après avoir congédié sa mère et mis les enfants à la sieste, Élodie reste plantée au milieu du salon, submergée par la tristesse. Jamais elle naurait imaginé une telle trahison de Guillaume. Ce qui la frappe le plus, ce nest même pas linfidélité, mais le mépris pour tout ce quelle fait pour leur famille.
Elle brûle daller réclamer le divorce, mais se force à garder la tête froide et à réfléchir.
« Je demande le divorce et il sen va avec sa blonde, me laissant seule avec les enfants et sans moyens. La pension alimentaire ? Des miettes Comment allons-nous vivre ? »
Ce soir-là, Guillaume ne reste pas tard au bureau. « Il sest contenté de sa blonde, aujourdhui », pense Élodie, amèrement détachée. Elle ne ressent plus rien pour lui, il nest devenu quun étranger. Elle redoute seulement quil ne cherche à se rapprocher delle pour des moments dintimité ; rien que dy penser, cela la révulse.
Finalement, Guillaume ne tente rien, visiblement rassasié par sa maîtresse.
Le lendemain, Élodie rédige son CV et lenvoie à différents cabinets et entreprises. Il ne reste plus quà attendre. Les jours dincertitude senchaînent, rythmés par la consultation de sa boîte mail. Une réponse finit par tomber : un entretien dans une société lyonnaise la même où travaille Guillaume. Après bien des hésitations, elle décide dy aller.
Confie une fois de plus les enfants à sa mère, puis se rend à lentretien. Après deux heures de discussion avec la direction, on lui propose un poste intéressant, avec des horaires modulables. Ce nest pas un salaire mirifique de prime abord, mais assez pour elle et ses enfants.
Élodie rentre, rayonnante. Sa mère, avisant son air ravi, la bombarde de questions.
Maman, Guillaume me trompe ! annonce Élodie dans un souffle, mêlant soulagement et amertume. Sa mère croit dabord à une crise passagère, la fait asseoir et cherche à la calmer.
Élodie, tu délires ! Guillaume, infidèle ? Il est débordé au travail en ce moment !
Il ne travaille pas, il rejoint sa maîtresse ! Et Élodie lui raconte tout, la cabine dessayage, les paroles entendues, la scène du baiser. Sa mère, bouleversée, lui demande :
Que vas-tu faire ?
Je divorce ! Et jai trouvé un travail avec des horaires adaptés. Bientôt les enfants iront en crèche, et dès quils y seront tous, je passerai à temps plein.
Tu as raison ! Je taiderai pour les petits. On ne tolère pas une telle trahison. Et il ne te respecte même plus.
Merci, Maman ! répond Élodie en la serrant fort dans ses bras.
Le 7 mars, Guillaume rentre à nouveau très tard. Élodie ne pose aucune question, et lui, déconcerté par son indifférence, commence à se justifier :
Lolo, encore une grosse réunion ce soir
Mais Élodie le coupe, lui disant daller se coucher.
Le lendemain, pendant le petit-déjeuner, Guillaume lui tend un cadeau : un mixeur.
Tiens, ma chérie, pour te faciliter la vie à la maison. Il tente de lembrasser, mais Élodie se dérobe sans regarder le paquet.
Jai un cadeau pour toi aussi.
Surpris, Guillaume la suit dans le vestibule, la boîte dans les bras. Deux grandes valises lattendent.
Je demande le divorce. Tu nas plus besoin de trouver des excuses. Tu peux filer maintenant.
Comment tu las su ? balbutie Guillaume, désemparé.
À la cabine dessayage, quand tu choisissais le cadeau de ta blonde. Ce mixeur, tu peux aussi lui donner, je nen aurai plus lutilité.
Rempli de colère, Guillaume lance :
Tes jalouse que je sois avec une autre ? Une femme belle, soignée rien à voir avec toi ! Tu ne prends plus soin de toi, texistes que pour les gosses, à mes frais. Je fais ce que je veux avec mon argent ! Ce qui tembête, cest de ne plus être la seule à en profiter. Tes égoïste !
Je ne suis pas jalouse, répond simplement Élodie. Maintenant, pars.
Le lendemain, elle dépose sa demande de divorce et réclame la pension alimentaire. Une semaine plus tard, on sonne à la porte : sa belle-mère, furieuse, fait irruption.
Petite profiteuse ! Tu as viré Guillaume pour lui soutirer de largent ! Renonce à la pension ! Il na aucune obligation envers toi !
Il ne paie pas pour moi, mais pour ses enfants, quil a désirés, réplique Élodie. Et si sa maîtresse souffre de ses finances, cest son affaire ! Ses enfants, ils sont aussi à lui.
Que vas-tu faire sans son argent ? Tas eu ces enfants pour vivre à ses crochets ! Mais ça ne durera pas ! Il va demander à toucher moins officiellement, tu nauras que des miettes ! Tu reviendras vite supplier !
Je nen doute pas, répond Élodie en montrant la porte. Maintenant, partez avant que jappelle la police.
La belle-mère part en vociférant.
Quelques mois passent. Les enfants intègrent la crèche. Un mois après que le dernier y soit inscrit, Élodie passe à temps plein au bureau.
Bonjour ! lance une voix à côté de son écran. On peut parler ?
Désolée, Guillaume, je suis débordée, répond-elle sans lever la tête.
Peut-être quon pourrait déjeuner ensemble ? insiste-t-il, sans céder.
Élodie relève les yeux pour croiser le regard de son ex-mari. Il semble fatigué et vieilli la femme blonde la quitté dès quelle a compris quune grosse part de son salaire irait à la pension. Mais tout cela ne touche plus Élodie.
Non, Guillaume. Nous navons plus rien à nous dire, ni à partager.

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Il n’était pas encore rentré. Ces derniers temps, il avait trop de travail et commençait à rester de plus en plus tard. Sophie coucha les enfants puis se dirigea vers la cuisine pour se préparer une tasse de thé. François n’était toujours pas rentré. Ces derniers temps, il était débordé de travail et avait pris l’habitude de faire des heures supplémentaires. Sophie compatissait à la fatigue de son mari et cherchait à le préserver des soucis domestiques, car il était le seul soutien du foyer. Après leur mariage, ils avaient décidé que Sophie resterait à la maison pour s’occuper du foyer et des futurs enfants, tandis que François garantirait le bien-être financier de la famille. Ils eurent trois enfants d’affilée. François était ravi à chaque naissance et affirmait qu’il ne comptait pas s’arrêter là. Pourtant, Sophie était épuisée par l’attention constante requise par les enfants et songea à faire une pause avant d’agrandir la famille. François rentra après minuit, légèrement éméché. À la question de Sophie, il répondit : — Soph’, on était tous pris par le travail et on a décidé d’aller se détendre un peu. — Oh, mon pauvre ! — sourit Sophie —. Viens, je te prépare quelque chose à manger ! — Pas besoin. On a grignoté quelques tapas. Je vais plutôt me coucher. La fête des Mères approchait et Sophie, confiant les enfants à sa propre mère, alla au centre commercial. Elle voulait célébrer l’événement avec une attention particulière : un dîner romantique à deux. Sa mère accepta volontiers de garder les enfants chez elle. En plus des courses et des cadeaux, Sophie décida de s’offrir quelque chose. Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était rien acheté et elle avait honte de demander de l’argent à François pour de nouveaux vêtements, n’ayant guère l’occasion de sortir. Sa dernière acquisition était un ensemble confortable pour la maison, peu adapté à la soirée prévue. Elle entra dans une boutique et choisit plusieurs robes. En enfilant la deuxième, elle reconnut la voix de son mari provenant de la cabine voisine : — Hmm, j’ai hâte de te l’enlever ! Un rire féminin lui répondit : — Sois patient, coquin ! Tu ferais mieux de retourner choisir un cadeau pour ta femme. — Pourquoi faire ? Elle est noyée dans les enfants et peu leur importe comment elle est habillée, tant qu’elle les nourrit et prend soin d’eux. Je vais lui offrir une cafetière ou un mixeur, ça lui fera plaisir ! Sophie eut l’impression de recevoir une douche froide. Silencieuse, elle continua à essayer les vêtements tout en écoutant la conversation à travers la cloison. — Et si elle te demande où est passé ton argent ? Une cafetière, ce n’est pas bien cher… — riait la femme. — Pourquoi devrais-je lui rendre des comptes ? C’est MON argent, je travaille, et elle reste à la maison à faire ce qu’elle veut ! Je lui donne l’argent pour les courses, ça devrait suffire. Elle devrait me remercier ! Apparemment, la séance d’essayage était terminée et les voix s’éloignèrent. Sophie jeta un coup d’œil discret. Elle vit François à la caisse avec une blonde, en train de payer ses achats. Il l’embrassa devant la vendeuse. — Tout va bien, mademoiselle ? — demanda la vendeuse, voyant Sophie immobile dans la cabine. — Oui, oui, tout va bien ! — répondit-elle précipitamment en tendant les robes à la vendeuse. — Je les prends toutes. De retour à la maison après avoir raccompagné sa mère et couché les enfants pour la sieste, Sophie réfléchissait à la suite. Elle ne s’attendait pas à une telle trahison de la part de François. Plus que l’infidélité, c’est le mépris pour tout ce qu’elle faisait pour la famille qui la blessait. Elle eut envie de déposer immédiatement une demande de divorce, mais se força à réfléchir posément. « Je demande le divorce, il part avec sa blonde, me laisse seule avec les enfants et sans ressources. La pension alimentaire ? Des miettes… Et de quoi vivrons-nous ? » Ce soir-là, François ne rentra pas tard, “occupé par le travail”. « Il a déjà eu ce qu’il voulait cet après-midi », pensa Sophie, indifférente. Elle n’avait plus de sentiments pour lui ; il était devenu un étranger. Sa seule crainte était qu’il cherche une intimité à laquelle elle ne pourrait répondre. Cette idée la révulsait. Mais apparemment, François était repu de sa maîtresse et ne s’approcha pas de Sophie. Le lendemain, Sophie prépara son CV et l’envoya à plusieurs sociétés et agences. Il ne restait plus qu’à attendre. Les jours d’incertitude se succédèrent, chaque matin commençant par la vérification de sa boîte mail. Enfin, une réponse arriva : elle était invitée à un entretien dans une entreprise de la ville. Curieusement, la même où travaillait François. Après réflexion, elle décida de s’y présenter. Ayant à nouveau confié les enfants à sa mère, elle se rendit à l’entretien. Après près de deux heures d’échanges avec la direction, on lui proposa un bon poste avec des horaires flexibles. Ce n’était pas un grand salaire, mais suffisant pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants. Sophie rentra rayonnante. Sa mère, la voyant si heureuse, la questionna. — Maman, François me trompe ! — lança Sophie, mi-soulagée, mi-heureuse. Pensant sa fille confuse, sa mère l’installa sur le canapé pour la calmer. — Sophie, comment peux-tu penser ça ? François, infidèle ? Il n’arrête pas de travailler ! — Il ne travaille pas, il sort avec sa maîtresse ! — raconta Sophie, relatant toute la scène de la boutique. Sa mère, après l’avoir écoutée, demanda : — Que comptes-tu faire maintenant ? — Je vais divorcer ! Et j’ai décroché un travail à horaires aménagés. Je vais prochainement inscrire les enfants à la crèche et, quand ils y seront tous, travailler à temps plein. — Eh bien, vas-y ! Je ne t’en empêcherai pas ! On ne peut pas pardonner une telle trahison. En plus, il ne te respecte même plus. Je t’aiderai avec les enfants. — Merci, maman ! — Sophie la serra dans ses bras, émue. Le 7 mars, François rentra encore très tard. Sophie ne lui posa aucune question, et, surpris par cette indifférence, il tenta de se justifier : — Soph’, encore une grosse journée au travail… — Mais Sophie l’interrompit, lui disant d’aller se coucher. Le lendemain, alors qu’elle préparait le petit-déjeuner des enfants, François arriva avec un cadeau : un mixer. — Tiens, mon amour, pour t’aider dans les tâches ménagères. — Il tenta de l’embrasser, mais Sophie se dégagea et, sans prêter attention au cadeau, se leva. — J’ai aussi un cadeau pour toi. Surpris, François la suivit jusqu’à l’entrée, le paquet à la main. Deux grosses valises l’y attendaient. — Je demande le divorce ! Inutile d’inventer des excuses, tu peux partir maintenant ! — Comment as-tu su ? — marmonna François, déconcerté. — Dans la boutique, lorsque tu choisissais un cadeau pour ta blonde. Et ce mixer, tu peux aussi le lui offrir, je n’en ai pas besoin. Abasourdi et furieux, François s’emporta : — Ça t’énerve que j’aie une autre femme ? Une femme belle et entretenue, pas comme toi ! Tu as oublié comment te maquiller, tu ne vis que pour les enfants à mes frais. Peu importe à qui je donne mon argent, c’est mon choix ! Ce qui te dérange, c’est que j’en consacre une partie à quelqu’un d’autre, tu es égoïste ! — Non, cela ne me dérange pas, — répondit calmement Sophie — maintenant, va-t’en. Dès le lendemain, Sophie déposa une demande de divorce et de pension alimentaire. Une semaine plus tard, on sonna à la porte. C’était sa belle-mère, furieuse : — Profiteuse ! Tu as mis François à la porte et maintenant tu réclames de l’argent ! Renonce à la pension ! Il n’a aucune obligation de payer quoi que ce soit ! — Il ne me paie pas, il paie pour ses enfants, qu’il a lui-même désirés — répliqua Sophie. — Si cela ne lui laisse plus de quoi gâter sa maîtresse, tant pis pour lui ! Ce sont aussi ses enfants. — Que feras-tu sans son argent ? Tu as eu des enfants en pensant vivre à ses crochets toute ta vie ! Mais ça ne marchera pas ! Il va demander qu’on déclare un petit salaire, tu n’auras quasiment rien ! Tu reviendras vite mendier ! — Je n’en doute pas, — dit Sophie, lui indiquant la porte —. Allez, partez, ou j’appelle la police. Pestant, sa belle-mère s’en alla. Quelques mois passèrent, les enfants finirent tous par aller à la crèche. Un mois après l’entrée du petit dernier, Sophie put travailler à temps plein. — Bonjour ! — entendit-elle une voix familière près de son bureau. — On peut parler ? — Désolée, François, j’ai beaucoup de travail — répondit-elle, sans lever la tête. — On pourrait peut-être déjeuner ensemble ? — François s’attarda. Sophie leva les yeux sur son ex-mari. Il avait l’air fatigué, vieilli. Elle savait que la blonde, après avoir appris que la moitié de son salaire partirait en pension, l’avait quitté. Mais tout cela lui était égal. — Non, François. Nous ne parlerons plus ni ne déjeunerons ensemble.
Le Voisin et Son Ami