Camille est malade, il faut que jaille à la pharmacie. Elle était déjà malade récemment. Est-ce que tu me mens ?
Aujourdhui, je suis rentré épuisé à la maison. Comme à chaque début dété, les clients à lagence se montrent plus exigeants, et ils me demandent toujours limpossible. Il ny avait aucun bruit dans lappartement, si ce nest le doux cliquetis du portable de Manon, qui faisait défiler son écran, installée sur le canapé.
Où étais-tu ? me demanda-t-elle.
Au boulot. Les clients ne me laissent pas une minute. Je suis vraiment crevé…
Jai traîné des pieds jusquà la cuisine et fouillé les placards. Rien que de la salade et des galettes de légumes allégées. Un bon pot-au-feu maurait remonté. Manon ne préparait jamais de plats « traditionnels », surveillant sans relâche la ligne svelte qui la préoccupait tant. Elle avait déjà précisé ne pas vouloir jouer les femmes dintérieur. Alors je me suis résigné devant mon assiette, mais à peine avais-je pris une bouchée que mon ex-femme, Élodie, ma envoyé un message: Camille a de la fièvre, il faut acheter des médicaments. Tout de suite, jai laissé tout tomber et jai attrapé mes clés.
Tu vas où ? demanda Manon, visiblement contrariée.
Camille est malade, je dois passer à la pharmacie.
Elle était déjà malade il ny a pas longtemps. Tu serais pas en train de me baratiner, là ?
Tu sais, les enfants à la maternelle sont toujours malades Tu ne comprends pas.
Jen ai marre de devoir toujours me justifier. À chaque fois, Manon pique une crise, adopte ce ton vexé. Un quart dheure après, jétais devant la porte dÉlodie. Elle ma accueilli en me proposant un thé. Jai accepté, la faim commençait à me tenailler. Jai serré fort Camille contre moi, puis on sest posé ensemble devant un dessin animé.
Il y a un an à peine, on formait une famille ordinaire. Mais jai tout fait voler en éclats pour un coup de folie jai échangé ma femme et ma fille contre une passade, pour une illusion qui me brouille encore lesprit.
Tout avait bien commencé pourtant. Mais les difficultés dargent, les maladies de Camille, la fatigue du quotidien tout cela nous a usés. Je travaillais sans repos, je devenais lombre de moi-même. Cest là quest entrée Manon, et jai perdu la tête. Jai voulu tout arrêter avec elle, mais certains bienveillants nont pas tardé à tout raconter à Élodie.
Élodie na pas pu me pardonner. Elle a demandé le divorce. Jai ainsi tout perdu : ma famille, ce que javais de plus précieux. Malgré la séparation, elle na jamais cherché à me couper de Camille. On reste proches, pour notre fille, aussi longtemps quelles ont besoin de moi.
Pendant que Camille avalait ses médicaments, jobservais Élodie. Quelque chose avait changé : elle rayonnait. Peut-être quelquun partage-t-il désormais sa vie ? On a couché Camille, puis on sest installé dans la cuisine. Élodie a préparé à manger, et ma servi mon thé préféré. Elle navait rien oublié. Ce moment si simple, cette chaleur retrouvée me manquaient tant. Comment avais-je pu laisser tout ça seffondrer ? Quel idiot jai été. Et pour quoi ? Rien.
La nuit est tombée sur Paris, pourtant je ne voulais pas rentrer. Manon mexaspérait, ses reproches constants, ses petites piques quotidiennes. Ici, je retrouvais une douceur familiale, du réconfort.
Je nai pas pu mempêcher de regarder Élodie pleinement : jaurais tant aimé la serrer dans mes bras. Non, ce nétait pas du désir, c’était le besoin de chaleur, d’une vrai tendresse. Je donnerais tout pour retrouver ma famille, renouer avec elle. Je me sentais comme un adolescent à son premier rendez-vous, hésitant à prendre la main de la fille quil aime.
Je me suis risqué à prendre la main dÉlodie, mais ce moment a été brisé par la sonnerie de mon téléphone : cétait Manon.
Il est tard, vaudrait mieux que tu me laisses, ma dit Élodie doucement.
Oui Bonne nuit.
Élodie est allée prendre sa douche. Jai choisi de rester, attendant que Camille se rendorme. Quand Élodie est revenue, elle ma trouvé là, surprise.
Camille sest réveillée, alors je suis resté.
Merci, me glissa-t-elle en me souriant.
Je me suis approché, rassemblant mon courage :
Je veux rester avec toi.
Pourquoi ? Jérémy, ne recommençons pas, tout est dit, tout est fini depuis longtemps.
Tu parles de reproches, mais moi je taime.
Jérémy, jai appris à vivre sans toi. Pars. Sinon, je ne te demanderai plus jamais daide.
Jai quitté lappartement, le cœur lourd. De retour, je me suis allongé sur le canapé pour ne pas réveiller Manon. Je n’éprouvais plus rien pour elle. Il était temps de tout arrêter.
Le lendemain matin, quand jai annoncé ma décision à Manon, elle a explosé. Elle ne comprenait pas quon puisse la quitter, elle si jeune, si belle.
Cest à cause delle, hein ? Tu las toujours aimée, de toute façon !
Manon est partie. Il ne me restait désormais plus quà essayer de reconquérir le cœur gelé dÉlodie.





