Je me demande parfois comment jai pu élever mes enfants ainsi.
Il y a un an, je me suis retrouvée seule. Après lenterrement de mon mari, peu à peu, le choc sest dissipé et jai pris conscience quau-delà de la solitude, un autre souci pesait lourdement sur moi : largent venait à manquer cruellement. Je vis de la manière la plus économe possible, je ne me permets plus aucun plaisir, mais les imprévus continuent de surgir la pharmacie, les consultations médicales…
Avec mon défunt mari, nous avons élevé deux enfants. Nous nous sommes toujours efforcés de les aider, nous leur avons donné chaque centime que nous pouvions. Nous leur avons même offert une grosse part dargent pour acheter leur maison. Je nai aucune idée de combien de temps il me reste à vivre, mais il est certain que notre appartement reviendra à mon fils et à ma fille, à moins que je ne décide différemment dans mon testament, ce qui nest pas dans mes intentions. Ils sont tous deux cultivés, conscients de la valeur de ce logement et savent très bien ce quils en hériteront un jour.
À plusieurs reprises, jai tenté de leur faire comprendre que je peine à joindre les deux bouts. Si seulement ils pouvaient prendre en charge les charges délectricité, deau, je naurais pas à me demander comment tenir jusquà la prochaine retraite. Ma fille, Camille, fait mine de ne pas saisir le sens de mes paroles, et la femme de mon fils, qui gère la plupart du temps les finances de leur foyer, na rien dit non plus.
Je sais à peu près combien gagnent Camille et Julien. Jéprouve de la joie à voir quils peuvent soffrir une voiture, partir en vacances. Mes petits-enfants, Léa et Victor, reçoivent toujours assez dargent de poche. Mais en voyant avec quelle aisance ils dépensent en un clin dœil léquivalent de ma retraite, je me demande souvent si nous avons vraiment élevé des enfants indifférents, qui ne veulent pas voir ma gêne, qui nessaient en rien de maider. Mon mari et moi leur avons pourtant toujours donné le bon exemple : nous nous occupions de nos propres parents, leur apportant des sacs remplis de provisions, leur achetant leurs médicaments, réglant les honoraires des médecins…
Ma chère amie, Odile, ma récemment conseillé demménager chez lun ou lautre de mes enfants sans leur demander la permission, tout en louant mon propre appartement. Mais ce nest pas ainsi que je voudrais régler mon problème. Pourtant, si une nouvelle discussion avec Camille et Julien napporte aucun changement, je devrai bien me résoudre à cette solution. Il mest impossible de survivre uniquement avec ma pension, tous mes petits livrets ont déjà disparu… dans laide apportée à mes propres enfants.







