Tu es vraiment la meilleure : Une histoire de mariage champêtre en Bretagne, de choix du cœur et des épreuves, entre la fête villageoise, les erreurs de jeunesse et la renaissance d’un amour discret—Dasha la factrice, Gérard le chauffeur, Michel le gars réservé, et leurs chemins croisés sur fond de traditions et de rumeurs, jusqu’à la révélation d’une fidélité et d’un bonheur retrouvé, entre divorces, ragots au bistrot et la tendresse d’un foyer paisible.

Tu restes la meilleure

La fête de mariage sest enfin terminée dans le village. Camille et Germain se sont mariés. Un mariage villageois en France, cest toujours plein de joie, et même longtemps après, les gens aiment continuer à célébrer sur un banc devant une maison ou dans un petit coin tranquille. Il suffit dun bon prétexte.

Camille et Germain ont immédiatement pris leur indépendance, emménageant dans la maison de la grand-mère de Germain. Lui travaillait comme chauffeur de fourgon, livrant des marchandises des grandes villes aux deux petits commerces du village.

Germain na pas fréquenté Camille longtemps, à peine deux mois avant de se décider. Il était persuadé que cette jeune femme réservée et jolie ferait une épouse attentionnée.

Camille, on se marie ? lui demanda-t-il lors dun de leurs rendez-vous.

Oh, déjà ?

Pourquoi attendre ? On se connaît depuis le lycée, bon daccord, jai fini deux ans avant toi… Alors, tu dis oui ?

Oui, répondit-elle avec bonheur.

La mère de Camille fut très surprise quand sa fille lui annonça la proposition de Germain.

Ah ma fille, il se dépêche bien vite ce Germain… Tu es sûre quil taime vraiment ? Et toi, quest-ce que tu ressens ?

Il me plaît, maman, je me sens bien avec lui.

Lessentiel est que tu ne te trompes pas dans ton choix, ma fille. Un mari, cest un pilier solide.

Depuis quelques temps, tout le village avait remarqué que Michel avait pris lhabitude de boire. Il était un homme sérieux et réservé, plutôt timide, mais il sétait mis à traîner avec des copains désœuvrés et à boire avec eux.

Rose, ton Michel, quest-ce quil lui arrive ? murmuraient les voisins. Cest un bon gars, il travaille sur les moissonneuses, et voilà quil gâche tout. Ça métonnerait pas quils le renvoient avec un poste comme le sien.

Michel a passé plusieurs mois à ne pas dessouler. Sa mère sinquiétait, se fâchait, et tentait de lui parler gentiment, mais rien ny faisait. Quand vint le temps de la moisson, il na même pas pu se lever pour aller bosser. Il a été licencié. Pourtant, il était avant lemployé le plus fiable, il connaissait toutes les machines par cœur.

Quest-ce qui est arrivé à Michel ? disait la grand-mère Eugénie, croisant Rose, je lai encore vu ivre, et dire quil était tellement bien…

Rose ne savait plus quoi faire. En rentrant chez eux, elle trouva Michel allongé sur le canapé, marmonnant pour lui-même. Elle se pencha.

Camille, ma petite Camille, pourquoi… pourquoi tes partie avec lui… pourquoi… Je taime…

Oh bon Dieu, tout ça à cause de Camille la postière ? Rose en resta bouche bée. Michel laime donc ? Personne ne laurait deviné, il na jamais fréquenté les filles, trop discret, trop timide.

Ce jour-là, Camille passa devant leur maison pour distribuer le courrier. Rose lattendait.

Alors Camille, tu tes mariée avec Germain, et tu as laissé Michel de côté ? Il souffre à cause de toi, tu sais, et il boit peut-être pour ça. Pourquoi tu lui fais ça ?

Camille, déconcertée, resta sans voix avant de reprendre.

Tante Rose, pourquoi tu penses ça ? Je ne comprends pas

Elle ne comprend pas, maugréa Rose agacée, tu ne sortais pas avec Michel ?

Non, jamais. Parfois on se croisait par hasard, on échangeait quelques mots, rien de plus. Mais, où tu as trouvé cette idée ? Michel na jamais fait attention à moi…

Sil na rien montré, cest quil taime… Je lai entendu marmonner aujourdhui. Il est trop timide, il na pas su te le dire. Voilà pourquoi il se noie dans lalcool…

Oh, je ne savais pas, je te jure, je naurais jamais pensé à ça… répondit Camille, un peu gênée.

Il a eu peur… soupira Rose.

Eh bien, Michel… réfléchit Camille. Tant pis, tante Rose, je vais lui parler, cest promis. Peut-être que ça le fera réfléchir.

Deux jours plus tard, Camille marchait avec sa sacoche de postière et aperçut un groupe dhommes assis sur des rondins en bord de route. Ils buvaient, et Michel était parmi eux.

En voilà une jolie bande divrognes, dit-elle, sarrêtant. Michel, viens, je veux te parler. Les autres disparurent et Michel resta, tête baissée. Elle sassit à côté de lui.

Alors, raconte-moi, ça fait longtemps ?

Longtemps quoi ? demanda-t-il.

Tu maimes…

Comment tu sais ?

Je men suis doutée, récemment… Allez, parle-moi.

Depuis le lycée… Camille fut surprise, elle navait rien remarqué. Ils restèrent silencieux un moment, puis elle reprit.

Michel, quand on aime vraiment quelquun, on souhaite le meilleur pour lui. On ne se détruit pas comme tu le fais. Lalcool ne sert à rien, ça ne changera rien, ça ne fera du mal quà toi et à ta mère. Tu pourras trouver lamour ailleurs et être heureux. Pense un peu à ta maman, elle souffre de te voir comme ça. Ici, tous sont surpris de voir comment tu gâches ta vie. Tu comprends ?

Oui… mais cest dur…

Michel, sois un homme. Ressaisis-toi. Et puis, regarde-moi bien, je ne suis pas une beauté, pas de quoi pleurer sur mon sort. Jai les jambes tordues, je suis mauvaise en ménage, et chez moi cest toujours le bazar. Franchement, ya pas de quoi maimer. Je suis même assez pénible, tu sais, alors tu devrais passer à autre chose. Tu rencontreras quelquun dautre qui te rendra heureux. Ne fais plus souffrir ta mère. Fais-le pour tante Rose.

Camille se leva et séloigna, Michel la regardant sen aller tristement.

Mais tes vraiment la meilleure, même si tu dis le contraire… murmura-t-il.

Camille, en passant devant lépicerie, aperçut la camionnette de son mari.

Ah, Germain devrait être à la ville aujourdhui… Il est revenu plus tôt ? pensa-t-elle en entrant.

Personne derrière le comptoir, puis soudainement, Laurence la vendeuse surgit de larrière-boutique, maladroitement, rouge aux joues.

Camille, tu veux acheter quelque chose ?

Non, juste que jai vu la voiture de Germain, il était censé être à Lyon…

Euh… balbutia Laurence, il a eu une panne, il est parti au garage chercher une pièce.

Daccord, je me sauve alors.

La vie suivait son cours dans le village. Camille distribuait toujours les journaux, les magazines, les retraites, et napercevait plus Michel. Ni seul ni avec ses anciens compagnons, ce qui linquiétait un peu. Lors de la livraison à Rose, elle demanda :

Tante Rose, on ne voit plus Michel.

Il est à la maison. Il ne boit plus, il coupe du bois, range le jardin ou rentre, mais il ne touche plus à lalcool. Les vieux copains sont venus, il les a chassés, il nen veut plus.

Je suis soulagée, tout va sarranger désormais, jespère.

Pourvu que ça dure… Merci Camille ! Cest toi qui as discuté avec lui, il me la dit…

Camille partit en riant, glissant les journaux dans les boîtes à lettres. En arrivant à lépicerie, elle aperçut encore la camionnette de Germain. En montant les marches elle resta bouche bée : Germain embrassait tendrement Laurence. Ils ne saperçurent delle quaprès un moment.

Oh, fit-elle par réflexe, je tombe mal… Les deux se séparèrent vivement.

Camille, on en parle à la maison, baissa les yeux Germain, tandis que Laurence la scrutait sans gêne.

Eh bien, tu arrives juste au bon moment, ironisa Laurence, ça suffit de se cacher. On saime depuis longtemps, jai trompé Germain et, vexé, il ta épousée pour me punir, non ? Hein, Germain ? Il acquiesça. Même marié, il na jamais cessé de maimer.

Camille, à la maison…

Il ny a plus rien à expliquer. Jai tout vu, tout compris. Elle quitta le magasin, les larmes aux yeux.

Un peu remise, elle poursuivit son chemin. Sa mère tenta de la calmer.

Ma fille, je tavais prévenue, je nai jamais cru aux belles paroles de Germain. Mais tu tes laissée avoir… On peut toujours réparer ses erreurs, ça ira…

Le bruit du divorce na pas tardé à courir dans le village.
Camille demanda le divorce. Inutile dessayer de cacher quoi que ce soit, les ragots se répandent toujours vite ici. Beaucoup connaissaient la liaison entre Germain et Laurence, mais la femme est la dernière à lapprendre. Le bruit du divorce circulait déjà.

Michel, une nouvelle pour toi, annonça sa mère en rentrant du magasin. Camille divorce de Germain, il la trompait avec Laurence. Alors ressaisis-toi, va te réinscrire chez les moissonneurs, jai vu ton chef tout à lheure, il ma promis de te reprendre. Il dit que tu sembles avoir arrêté la boisson.

Maman, je men doutais… Mais je ne pouvais pas le dire à Camille, elle ne laurait pas cru…

Quelque temps plus tard, une rumeur parcourait le village.

Vous avez entendu ? Michel et Camille la factrice vont se marier. La fête approche, sexclamait Eugénie devant lépicerie. Rose est tellement fière, elle rayonne, elle paraît même rajeunie.

Cest bien, Michel est calme, il sera un bon mari, il a laissé tomber la boisson, il a changé. Comme quoi, lamour peut tout, approuva Valentine, la voisine.

Et Germain avec Laurence, ils étaient faits lun pour lautre. Il navait pas à épouser Camille. Mais Laurence le fera tourner en bourrique, il le regrettera, conclut Eugénie.

Michel rentra chez lui, sinstalla à table. Sa femme lui servait du pot-au-feu, posait les boulettes et sortait une tarte du four. Elle sassit, joyeuse, le regardant manger avec appétit.

Tu disais que jétais mauvaise cuisinière, hein Michel ?

Oh, pas du tout ! Tes géniale, Camille, plaisanta-t-il.

Mais en contemplant la cuisine, bien rangée, accueillante, il murmura :

Jai toujours su que tu étais la meilleure.

Michel, jai une nouvelle je suis enceinte, annonça Camille. Michel eut les yeux ronds, bondit de sa chaise :

Camille, tu ne plaisantes pas ? Je suis tellement heureux ! Tu es vraiment la meilleure ! Il la serra dans ses bras, lembrassant avec tendresse.

Camille donna naissance à une petite fille, puis trois ans plus tard à un garçon. Tout le monde était heureux, surtout Rose qui adorait sa belle-fille et ses petits-enfants. La vie continua son chemin…

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