SURPRISE POUR MADAME : En rentrant du bureau, Maroussia balance son bouquet de la fête de l’entreprise sur la commode, se débarrasse de ses escarpins trop serrés et enfile ses chaussons, alors qu’il aurait mieux valu chausser des bottes. L’eau envahit plus qu’un simple escalier. Au fond de l’appartement, on entend un chat miauler étouffé et d’autres bruits suspects, accompagnés d’une odeur de brûlé. — Sacha, qu’est-ce qui se passe ici ?! Quelques secondes plus tard, son mari apparaît : en slip, pieds nus, couvert de suie, la tête enroulée dans une serviette façon turban, un œil au beurre noir, le visage griffé et brûlé. — Ma Maroussia, déjà rentrée ? Mais je pensais que la soirée de ton entreprise durerait jusqu’au bout de la nuit, tu en es la directrice après tout… Soupirant, Maroussia entre, s’affale sur le pouf et ordonne le récit des événements. Sacha, paniqué, explique qu’il voulait organiser une surprise et fêter la Journée de la Femme de façon originale : ménage, lessive, dîner spécial… jusqu’au moment où la machine à laver a fui, la viande a cramé, le chat s’est lavé malgré lui, et tout a tourné en catastrophe. Maroussia constate le chaos, chat ligoté, odeurs et vases brisés, voisins menaçants, et pourtant… malgré vingt ans à diriger une grande entreprise, elle rit aux larmes en voyant son mari tenter de réparer la situation, bouquet chiffonné et bague en main, sincère et maladroit. Ce 8 mars restera gravé : Quand surprise rime avec incendie, chat hurlant, maison inondée : ou comment Sacha voulait offrir à Maroussia une Journée de la Femme mémorable, avec amour, maladresse et le feu… des sentiments !

SURPRISE POUR MA FEMME

En ouvrant la porte, Mireille déposa dun geste las lénorme brassée de fleurs quelle avait reçues à la soirée de lentreprise sur la commode de lentrée, abandonna dun mouvement agacé ses escarpins usés par la journée, et enfila ses pantoufles. Honnêtement, vu létat de lappartement, il aurait mieux valu enfiler des bottes !

Il y avait plus deau que dans une écluse. Au fond du couloir, on entendait les miaulements étouffés du chat. Et dautres bruits ça grinçait, ça ronflait, et ça fumait quelque part.

Pierre, quest-ce qui se passe ici ?

Mon visage apparut après quelques secondes. En caleçon, pieds nus, couvert de taches de suie, le visage écorché et with un bel œil au beurre noir. Ma tête était enroulée dans une serviette façon turban.

Mireillette, déjà rentrée ? Je ne tattendais pas si tôt Entre la soirée et ton poste de directrice, je pensais que tu rentrerais avec les derniers invités !

Mireille poussa un profond soupir, saffaissa sur le pouf, et ordonna :

Raconte, bandit. Quest-ce que tu as encore fait ?

Euh Mon amour bafouillai-je, paniqué, surtout ne ténerve pas

Jétais inquiète, me coupa-t-elle, quand les racketteurs sont venus dans les années 90, quand le franc est tombé, quand la crise est arrivée. Tout ça, cest de la rigolade à côté de ce qui tarrive dans cette baraque. Explique-moi ce qui se passe.

Tu vois

Fais court !

Daccord, daccord ! Je voulais torganiser une fête. Vraiment te surprendre. Jai décidé de tout ranger, faire une lessive, et de préparer un dîner festif. Jai même pris ma journée ! Jai lancé le lave-linge, puis je suis allé au marché. Enfin, dabord jai pris le veau au marché, et il sest mis à fuir

Le veau ? questionna Mireille.

Non, la machine à laver. Mais au début rien danormal. Javais mis le veau au four, puis je me suis mis à faire le ménage, et cest là que le chat

Il est vivant ?

Bien sûr ! répondis-je, un peu vexé. Il est juste un peu mouillé En lançant la machine, il nétait pas dedans, je le jure ! Mais on dirait quil sest glissé après, dune façon ou dune autre.

Mais comment un chat peut-il se faufiler dans une machine fermée ?!

Je nen sais rien. Il a dû trouver un passage

Mireille ferma les yeux, résignée :

Continue, ça devient captivant. Mais montre-moi dabord le chat. Je veux être sûre.

Écoute chérie, il faut aller le voir

Il a encore ses pattes, jespère ?

En essuyant mon visage rayé de nouvelles traces, je répondis sombrement :

Oh oui. Elles fonctionnent enfin, elles sont immobilisées, question de sécurité.

Bon, on verra après. Et ensuite ?

Bref, pendant que le chat « prenait son bain », jai senti une forte odeur de brûlé. Je suis allé à la cuisine, jai ouvert le four, je me suis cramé les doigts, la viande brûlait, alors jai versé de lhuile Mais je ne savais pas que ça allait flamber !

Jai les cheveux qui ont pris feu, la fumée sest répandue, jai tenté déteindre tout ça. Et cest là quon entend le chat hurler. Je cours vers la salle de bains, je vois ses yeux derrière la vitre de la machine, et là jai compris quil ne sy plaisait pas du tout. Jai voulu ouvrir, rien à faire. Le chat hurlait, la cuisinière flambait Jai attrapé un pied-de-biche. Jai arraché la machine, leau a giclé partout, mais le chat était libre !

Pendant que jéteignais la cuisine, cette petite peste a couru dans tout lappart en miaulant comme un diable, a cassé deux vases, sest soulagé sur le tapis, a arraché les rideaux, griffé la tapisserie, renversé le crémant de la table, et en bas les voisins tapaient sur les tuyaux je crois quils menaçaient de faire appel à la SPA Jai cru quils parlaient du chat, enfin, on a stérilisé Félix lan dernier, mais je crois que cest plutôt à moi quils en veulent, non ? Mais enfin, tout le monde est vivant, alors ne tinquiète pas

Retenant ses larmes de rire, Mireille se leva, me poussa doucement sur le côté et entra dans lappartement. Le spectacle était conforme à mon récit. Plus une dizaine de détails qui auraient estomaqué nimporte quelle autre femme.

Mais pas Mireille. Vingt ans à la tête dune grande entreprise, ça forge. Limmunité au stress et à la déprime, elle la. Ce qui compte, cest que ni les petits-enfants ni elle nétaient là, et que, malgré tout, son mari et le chat étaient toujours vivants.

Par contre, le chat était en croix sur le radiateur, ficelé par les quatre pattes et la tête couverte dune vieille écharpe. Mais pas brûlé, ni blessé. Cest déjà ça. Je me justifiai rapidement :

Tu comprends, mon cœur, il ne voulait pas rester sur le radiateur. Javais peur quil ne sèche pas. Im-pos-sible de lessorer, il ne se laissait pas faire. Jai dû ly attacher, et couvrir sa tête pour éviter quil ne crie. Les voisins avaient déjà sonné dix fois, menaçaient dappeler les pompiers et la police, voire une sorcière pour me jeter un sort

Mireille détacha Félix, le rassura, lessuya avec la serviette qui avait déjà servi à sécher ma tête désormais chauve, et libéra la tête du matou.

Espèce de brute, Pierre. Il aurait pu sétouffer. Remarque, après un lavage pareil, il ne risque plus rien, un peu comme moi.

Assise sur le canapé avec Félix dans les bras, elle me lança un regard appuyé.

Alors ?

Quoi ? Je métranglai. Jme pends tout de suite, ou tu préfères le faire toi-même ?

Ah soupira Mireille. Cest aujourdhui la Journée de la Femme.

Soudain tout sourire, je filai dans la pièce dà côté, et revins cérémonieux, cachant mes mains dans le dos. Je me mis à genoux devant ma femme, puis pris la parole, solennel :

Mireillette, mon rayon de soleil. Cela fait trente ans que nous sommes ensemble, et tu ne cesses de mébahir. Tu es la plus belle, la plus mystérieuse, élégante, patiente, attentive et aimante des épouses, mères et grand-mères. Je te souhaite une merveilleuse Journée de la Femme, et que tu restes toujours aussi incroyable.

Voilà.

Je sortis de derrière mon dos une petite boîte avec une bague en or, et un bouquet de roses écrasé et chiffonné. Gêné, jajoutai :

Les fleurs étaient magnifiques à la base Elles nont juste pas résisté à lattaque du chat furieux. Ne men veux pas. Ni à lui. Il ny est pour rien. Javais vraiment envie de te faire plaisir.

Mireille posa ma tête sur ses genoux, respira le parfum fatigué des fleurs et sourit.

Elles sentent encore Et pas la fumée, en plus. Pierre, sil te plaît, nexpérimente plus jamais. Des fleurs suffisent. Un autre tel « événement », la maison ne sen relèvera pas. Et les voisins non plus.

Tu sais, je me suis dit quau travail tu avais droit à des cadeaux chers, de somptueux bouquets, alors jai voulu faire original. Avec une petite étincelle. Surprendre un peu.

Eh bien, cest réussi, mon pauvre Pierre, sourit Mireille. Avec une sacrée étincelle, même. Peu mimporte ce quils toffrent au boulot ici jai tout reçu du cœur, avec amour.

Allons, mes deux pauvres malheureux, on va tout nettoyer et sexcuser auprès des voisins. Sinon, cest sûr, ils trouveront une sorcière Avec un peu de chance, elle a déjà un mari, lui aussi voulait faire une surprise et voilà le résultat. Qui sait ce quelle sera capable dinventer après çaAlors, dans un élan complice, Mireille se leva, le chat râleur sous un bras, lautre tendu vers moi. On pataugea à trois dans leau savonneuse, nos pantoufles aspirant joyeusement à chaque pas. Jessayais dessorer le tapis pendant que Mireille frottait le parquet, Félix sacharnant à gratter des flaques imaginaires, la queue dressée avec dignité.

Au bout dune heure, éreintés mais soudés, lappartement ressemblait à nouveau à un nid, pas à un champ de bataille. Mireille membrassa sur le front, Félix ronronna contre mon épaule, un peu plus doux, et la sonnette retentit.

Les voisins, prêts à en découdre, sarrêtèrent net devant le spectacle: Pierre, Mireille toute en crinière décoiffée, et un chat encore humide, le collier de travers. Mais au fond du couloir, deux coupes à moitié pleines et le dernier éclat dhumour flottaient dans lair.

«Tout va bien, je vous assure,» lança Mireille avec aplomb. «Cétait une sorte de surprise danniversaire. Même le chat a participé. Peut-être que la prochaine fois, on ne fera pas aussi grand!»

Ils hésitèrent, prirent la mesure de notre chaos tranquille et, peu à peu, un sourire se dessina sur leurs lèvres. Quelquun proposa du savon, un autre du crémant. La nuit sannonçait finalement plus légère, entre éclats de rire et effluves de fleurs fatiguées.

Et cest ainsi, dans un salon rafraîchi, les pieds dans la mousse, que je compris la plus belle des surprises: celle daimer et dêtre aimé, dans le désordre formidable et délicieux du quotidien.

Félix, séché, sinstalla sur nos genoux. Mireille me prit la main. «Alors, Pierre pour notre prochain anniversaire, tu minvites au restaurant, daccord?» On éclata de rire, et cette fois, même les voisins applaudirent.

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SURPRISE POUR MADAME : En rentrant du bureau, Maroussia balance son bouquet de la fête de l’entreprise sur la commode, se débarrasse de ses escarpins trop serrés et enfile ses chaussons, alors qu’il aurait mieux valu chausser des bottes. L’eau envahit plus qu’un simple escalier. Au fond de l’appartement, on entend un chat miauler étouffé et d’autres bruits suspects, accompagnés d’une odeur de brûlé. — Sacha, qu’est-ce qui se passe ici ?! Quelques secondes plus tard, son mari apparaît : en slip, pieds nus, couvert de suie, la tête enroulée dans une serviette façon turban, un œil au beurre noir, le visage griffé et brûlé. — Ma Maroussia, déjà rentrée ? Mais je pensais que la soirée de ton entreprise durerait jusqu’au bout de la nuit, tu en es la directrice après tout… Soupirant, Maroussia entre, s’affale sur le pouf et ordonne le récit des événements. Sacha, paniqué, explique qu’il voulait organiser une surprise et fêter la Journée de la Femme de façon originale : ménage, lessive, dîner spécial… jusqu’au moment où la machine à laver a fui, la viande a cramé, le chat s’est lavé malgré lui, et tout a tourné en catastrophe. Maroussia constate le chaos, chat ligoté, odeurs et vases brisés, voisins menaçants, et pourtant… malgré vingt ans à diriger une grande entreprise, elle rit aux larmes en voyant son mari tenter de réparer la situation, bouquet chiffonné et bague en main, sincère et maladroit. Ce 8 mars restera gravé : Quand surprise rime avec incendie, chat hurlant, maison inondée : ou comment Sacha voulait offrir à Maroussia une Journée de la Femme mémorable, avec amour, maladresse et le feu… des sentiments !
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