Avec mon mari, nous avons adopté une petite fille de deux ans issue d’un foyer d’accueil. Beaucoup nous ont déconseillé ce choix, mais nous avons suivi notre cœur.

Avec Grégoire, mon cher mari, nous avons décidé douvrir notre porte à une petite fille de deux ans, tout droit sortie dun foyer daccueil à Marseille. Les amis et la famille, jamais à court davertissements dignes dun épisode de Plus Belle la Vie, nous ont bien conseillé de ne pas nous lancer, mais notre obstination a eu le dernier mot.

Mon géniteur, cest un mystère digne dun roman policier, et ma mère, elle, jouait à cache-cache avec la parentalité. Ce nest quaprès des années de silence que les éducateurs mont révélé le pourquoi du comment de mon placement. À peine un an, et déjà une pneumonie ma clouée au lit, muette comme une carpe, pendant que ma mère, noyée dans ses tracas, se consolait avec un bon vieux verre de cognac dans la pièce dà côté. Lalcool coulait à flots chez nous, transformant mes nuits en festival de cauchemars. Les voisins, excédés par mes pleurs dignes dun opéra, ont fini par persuader ma mère de memmener à lhôpital. Une infirmière, en mode super-héroïne, ma trouvée en situation critique : mes vêtements prenaient feu, et il a fallu une équipe digne des pompiers de Paris pour me tirer daffaire. Direction les urgences, traitement express des brûlures, et pendant tout ce temps, ma mère na pas daigné franchir le seuil de lhôpital.

La sérénité retrouvée dans ce foyer sest prolongée après larrivée de Lucien, mon fils. Jai pu profiter dune scolarité sans fausse note, dun boulot stable, et dun appartement lumineux à Paris, décoré avec un goût certain pour les coussins colorés. Grégoire, mon époux, apportait une touche de soleil à mes journées. On goûtait à une vie de famille presque parfaite, même si le manque denfants se faisait sentir.

Cest là quon a adopté Camille, une fillette de deux ans, issue du même foyer. Les conseils contradictoires pleuvaient, mais on a tenu bon. On la accueillie lors de notre installation à Lyon, en acceptant le risque dune maladie génétique potentielle. Pourtant, depuis son arrivée, elle na jamais montré le moindre signe de faiblesse.

Chaque matin, je me félicite davoir eu laudace de penser par moi-même et de ne pas plier sous la pression du clan familial. Aucun des pronostics médicaux na eu raison de notre fille : elle grandit, sépanouit, et rayonne. Cest trop facile de mettre les difficultés dun enfant sur le dos de ses « mauvais gènes », comme si lamour et lenvironnement ne comptaient pas, et quil valait mieux blâmer les parents biologiques. Un enfant, au fond, na besoin que de tendresse et dattention pour sépanouir.

À lapproche du cinquième anniversaire de ladoption, langoisse pointe le bout de son nez. Jaime Lucien autant que Camille, ils sont tous deux le noyau de ma tribu. Pourtant, une petite voix me souffle que Camille pourrait découvrir son adoption et en souffrir. Je ne sais pas comment aborder le sujet avec elle si jamais elle lapprend. Aura-t-elle la maturité pour comprendre ? Ce doute me hante plus que lidée quun inconnu lui révèle la vérité avant moi.

La vie ma appris que lamour véritable et la franchise sont les fondations dune famille, bien plus solides que les liens du sang.

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Avec mon mari, nous avons adopté une petite fille de deux ans issue d’un foyer d’accueil. Beaucoup nous ont déconseillé ce choix, mais nous avons suivi notre cœur.
J’écris ces lignes tandis que la machine à laver tourne. Il est presque deux heures du matin. La maison est silencieuse, mais dans ma tête, c’est la cacophonie. Très bruyante.