9 décembre
Ce soir, jai reçu une jeune femme chez moi, dans mon petit appartement à Lyon. Elle sest assise timidement, me tendant sa main délicate, presque enfantine. Je lui ai demandé son prénom : « Camille », ma-t-elle répondu, avec ce sourire doux quon ne voit que chez les filles dici. Je lui ai dit de ne pas hésiter à poser ses questions, car dans mon métier, il vaut mieux tout entendre que de laisser le silence sinstaller.
Je lui ai parlé damour, de bonheur à venir. Je lui ai prédit un mariage avec un homme sérieux, attentionné, qui la traiterait avec respect. Sur sa paume, jai vu la promesse dun fils brillant, qui finirait ses études avec mention et travaillerait peut-être au ministère ou à létranger, gagnant de bons euros et soutenant ses parents. Une fille aussi, adorable, qui fonderait une famille et lui donnerait des petits-enfants. Tout semblait radieux pour ses enfants.
Côté travail, jai vu une belle évolution, même si elle doutait de ses perspectives. Je lui ai conseillé de garder espoir, de penser à moi et dallumer une bougie à la basilique de Fourvière pour ma santé. Largent ne manquerait pas, cétait écrit. Pour la santé, je lui ai dit quelle verrait bientôt un médecin, un vrai spécialiste, lors dune rencontre agréable, pas à cause dune maladie. Il lui donnerait de bons conseils, et elle vivrait longtemps, plus que moi, qui ai déjà presque quatre-vingts ans, avec la guerre et la faim derrière moi.
Ses intérêts, eux, la mèneraient vers de nouvelles découvertes, peut-être dans la recherche, peut-être ailleurs. Cela lui apporterait reconnaissance et chance, et les gens viendraient lui demander conseil. Tout cela, je lai vu sur sa main douce.
Pour ses parents, je nai pas vu grand-chose, sauf que sa mère lui écrirait pour demander pardon. Je lui ai conseillé de lécouter, de la respecter, car la vie est parfois cruelle. Son père, je ne lai pas vu, mais sa grand-mère est encore là, pleine de vie, et dansera à son mariage, jen suis sûr. Peut-être que le médecin pourra laider aussi.
Camille a tout entendu, ma remercié, a laissé son petit cadeau sous la nappe, puis est partie, le cœur léger. Je lui ai dit de raconter à ses amies et à sa grand-mère ce que le vieux Paul lui avait prédit. Peut-être que dautres viendront me voir
***
Mon chat, Gustave, mobservait, lair sceptique. Il naime pas quand je dis la vérité, mais il raffole de ses croquettes et du lait entier. Il refuse le poisson bon marché, il veut du saumon ! Doù veux-tu que je trouve autant dargent, Gustave ? Les gens paient pour entendre de belles choses, pas la vérité.
Quaurais-je dû dire à Camille ? Que son fiancé est un vaurien ? Quils se feraient agresser dans une ruelle et quil la laisserait seule ? Quil la tromperait avec une amie plus riche ? Que Camille tomberait enceinte après ce drame, et que sa grand-mère mourrait de chagrin ? Que son fils deviendrait délinquant, la frapperait, et quelle finirait à lhôpital psychiatrique, perdant son travail, vivant dans la misère ? Quon lui découvrirait un cancer à quarante-cinq ans et quelle ne survivrait pas à lopération ? Est-ce cela que je devrais annoncer ?
Non, Gustave, la vraie destinée, seuls toi et moi la connaissons. Celle que jai inventée, maintenant Camille, ses amies et sa grand-mère la connaissent aussi. Elle y croira, et peut-être que tout changera
***
Camille marchait dans les rues sombres du vieux Lyon, le sourire aux lèvres. Son cœur était léger, comme si la vie lui avait offert un conte de fées. Peut-être que tout se passerait ainsi ? On lui avait recommandé ce voyant
Dans une ruelle déserte, elle entendit des pas et des rires derrière elle. Elle se mit à courir, mais les voix se rapprochaient. Au détour dun carrefour, elle tomba sur un jeune homme accompagné dun énorme chien. Le chien aboya, le maître brandit un spray au poivre :
Reculez, bande de voyous ! Sinon
Camille, haletante, fut soulagée. Son sauveur lui sourit :
Je mappelle Luc. Venez, on va vous raccompagner avec César.
Et tout sest arrangé.
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Entre, ma belle ! Comment tappelles-tu ? Élodie ? Tu viens sur les conseils de Camille ? Je me souviens bien delle Comment va-t-elle ? Elle sest mariée ? Tant mieux ! Donne-moi ta main Elle est douce, très douce
Ce soir, jai compris quon ne peut pas tout dire, ni tout prévoir. Parfois, il vaut mieux offrir un peu despoir, même si la vérité est ailleurs. Voilà la leçon que je retiens.







