«On va rester là jusqu’à l’été !» : Comment j’ai mis dehors la famille envahissante de mon mari et changé toutes les serrures Le samedi matin, à sept heures, alors que je rêvais de faire la grasse matinée après la clôture du trimestre, l’interphone s’est mis à hurler. Sur l’écran : la tête de ma belle-sœur, Sylvie, la sœur de mon mari Igor, l’air déterminé à prendre l’Élysée d’assaut, et derrière elle, trois petits chevelus excités. À peine le temps d’alerter Igor – qui enfilait son short à l’envers – que toute la tribu débarquait dans MON appartement, ce trois-pièces centré que j’avais payé et décoré jusqu’au moindre coussin, bien avant d’épouser qui que ce soit. Sylvie n’a même pas dit bonjour : « Ouf, on est enfin arrivés ! Allez Aline, fais chauffer la bouilloire, les enfants meurent de faim. » Et d’expliquer, l’air de rien, qu’ils venaient squatter « une petite semaine », le temps de leurs soi-disant travaux – une semaine qui s’est vite transformée en trois, puis en projet de squat jusqu’à l’été… Très vite, la « visite » a tourné au cauchemar : bazar à la maison, enfants qui courent partout, ma cuisine dévastée, mon frigo pillé, mes jolies étagères souillées de yaourts, et des remarques du genre « T’es radine, Aline, t’aurais pu remplir un peu le frigo ! ». Le summum ? Ma nièce qui gribouille ma chambre au rouge à lèvres Tom Ford, pendant que Sylvie lève les yeux au ciel : « Bah, c’est que des gosses, t’as qu’à nettoyer. » Puis j’ai découvert le pot-aux-roses. Entre deux boutiques de chaussures de luxe, Sylvie encaissait chaque mois un joli loyer grâce à la location de SON propre appart, pendant qu’elle se la coulait douce chez moi. J’ai pris une décision froide : changer le verrou et sortir tout le monde, fissa. Appel au serrurier, appel au commissariat, les valises de belle-sœur sur le palier, et basta. « Mais c’est mes affaires ! Où veux-tu qu’on aille ? » s’est-elle écriée, furieuse. Je lui ai rappelé que son histoire de travaux n’était qu’une arnaque… et qu’elle n’aurait qu’à demander à ses locataires s’ils acceptaient de prolonger. Un dernier avertissement : si elle remet les pieds ici, j’appelle le fisc à propos de sa location non déclarée. Quand la porte s’est refermée derrière elle, j’ai respiré à fond, savouré mon café dans le silence retrouvé. Un nouveau verrou, une paix royale, et la certitude d’une chose : aucune famille, fut-elle française, n’aura jamais gain de cause chez moi.

«On va squatter ici jusquà lété !» : comment jai viré la famille sans-gêne de mon mari et changé les serrures.

Linterphone ne sest pas contenté de sonner ce samedi matin: il a hurlé, insistant pour quon lui prête attention. Jai jeté un œil à lhorloge : sept heures. Samedi. Mon unique jour pour rattraper mon sommeil après la clôture du bilan trimestriel, pas pour faire le pied de grue devant la porte. Sur lécran, la tête maussade de ma belle-sœur, Chantal, apparaissait la sœur de mon mari Pierre le look de quelquun prêt à prendre la Bastille et, derrière elle, trois têtes denfants ébouriffées de tailles diverses.

Pierre ! ai-je râlé sans décrocher. Ta famille est là. À toi de gérer.
Mon mari a émergé de la chambre en enfilant son t-shirt à lenvers: il savait que mon ton, à ce stade, signifiait « niveau de patience avec ta famille : négatif ». Pendant quil bredouillait dans le micro, je me postais dans lentrée, bras croisés. Mon appartement, mes règles. Ce trois pièces lumineux du 6ème arrondissement, je lavais acheté deux ans avant le mariage, remboursé en saignant sur les crédits, et franchement, je navais aucune envie dy voir débarquer des invités non invités.

La porte sest ouverte et, dans mon couloir qui sentait le diffuseur Diptyque et la propreté clinique, la horde a déboulé. Chantal, surchargée de sacs, ne sest pas embarrassée de civilités. Elle ma déplacée avec la grâce dun tank, genre « pousse-toi la déco ! »

Ah ben, on y est enfin! a-t-elle soufflé en larguant ses valises directement sur le carrelage italien. Anne-Sophie, tu restes plantée? Allez, fais chauffer la bouilloire, les petits sont mourants de faim.

Chantal, ai-je lancé dune voix polie mais glaciale (Pierre rentré la tête dans les épaules anticipait déjà le carnage du soir), tu peux mexpliquer ?

Pierre ta pas dit? sest-elle exclamée, yeux de Bambi. On refait tout chez nous ! Vrai chantier : tuyauterie, parquet, cest Beyrouth. Impraticable, plein de poussière. On pensait squatter ici une petite semaine. Cest pas comme si vous étiez à létroit dans votre « palace », hein ? On ne va pas se marcher dessus, vu les mètres carrés quil y a pour « dormir »

Jai fusillé Pierre du regard. Lui contemplait fiévreusement le plafond, comprenant que la guillotine nétait pas loin.

Pierre?
Chérie, franchement cest ma sœur. Les enfants ne peuvent pas vivre dans la crasse de travaux. Juste une semaine, promis.

Une semaine, précisément, ai-je tranché. Sept jours. Vous gérez vos repas. Pas de courses pour vous, pas denfants qui courent partout, pas touche à mon bureau, et silence radio passé 22h.

Chantal a soupiré en levant les yeux au ciel :
Mais quelle rabat-joie, Anne-Sophie Tes plus pénitentiaire que belle-sœur, vraiment! Bon, cest acté. On dort où? Dis pas par terre, hein.

Lenfer commença.

La « petite semaine » est devenue deux, puis trois. Mon appartement conçu avec architecte devenait un champ de bataille. Dans lentrée, un tas de chaussures sales qui me faisait trébucher tous les matins. La cuisine? Cauchemar sur granit italien : traces de gras, miettes, flaques suspectes. Chantal régnait sur les lieux comme si jétais la domestique et elle, la châtelaine.

Dis, cest le désert, ton frigo, un soir Les enfants veulent des yaourts, Pierre voudrait de la viande aussi. Toi qui gagnes bien ta vie, tu pourrais penser à la famille !
Tas ta carte bleue, les supermarchés, cest pas ce qui manque, ai-je lâché sans détourner les yeux de mon ordinateur. Ya même la livraison H24.

Avare, soupira-t-elle en claquant la porte du frigo si fort que les pots tremblèrent. Tu sais bien, on nemporte rien avec nous dans la tombe

Mais le véritable point de non-retour, ce fut ce mercredi où je suis rentrée plus tôt du bureau. Jai trouvé mes neveux dans MA chambre : laîné bondissait sur le matelas orthopédique, hors de prix, pendant que la petite sappliquait à gribouiller sur le mur. Avec mon rouge à lèvres. La teinte Chanel édition limitée. Jai rugi.

Chantal a accouru, a découvert la fresque murale et la carcasse de mon rouge. Elle a haussé les épaules :
Reste zen. Ce sont des gamins! Pas comme si cétait un Picasso non plus. Tu nettoieras. Quant à ton baume coloré cest que du gras ! Tu ten rachèteras, tu vas pas finir à la rue Ah, dailleurs petite info : le chantier, ça séternise. Les ouvriers, des bras cassés. Bref, on reste jusquà cet été, décidés. À deux ici, vous vous ennuyez, avec nous cest la fête!

Pierre restait planté, muet une lavette.

Jai préféré menfermer dans la salle de bain pour éviter une chronique judiciaire dans Le Parisien.

Quand Chantal partit à la douche ce soir-là, elle laissa son téléphone sur la table de la cuisine. Lécran salluma: notification bien visible du contact « Marina Location » :
« Chantal, jai fait le virement pour le mois suivant. Les locataires sont ravis, ils demandent si on peut prolonger jusquen août ? »
Suivi dun message de sa banque : « Crédit : +1100 »

Là, le puzzle fut limpide : aucun chantier, madame la belle-sœur louait son propre studio sur Airbnb ou autre truc du genre, tout en se faisant héberger à lœil, produits bios offerts. Rentabilité maximale et peace and love pour elle.

Jai, de sang-froid, photographié lécran.

Pierre, cuisine, sil te plaît.

Muet, mon pauvre mari a jeté un œil sur la photo. Rouge pivoine, puis blême comme un lavabo.
Anne-Sophie, tu crois pas quil y a une confusion?
La seule confusion cest que tas pas encore mis tout ce monde DEHORS, tranquillement. Je te laisse le choix : à midi demain, plus personne ici. Ou alors, tu pars avec ta mère, ta sœur, et tout votre cirque.
Mais Où vont-ils aller?
Franchement? Sous le pont Neuf. Ou au Ritz, sils trouvent une suite à ce prix.

Le matin suivant, Chantal gloussait quelle allait faire les boutiques elle avait repéré de « sublimes bottines » (probablement grâce à largent de la location). Elle refilait les enfants à Pierre, prétextant quils seraient mieux « papa-matinée ».

Jai attendu que la porte se referme.
Pierre, prends les petits et va les promener longtemps.
Pourquoi?
Parce que je vais désinsectiser lappartement des parasites.

Dès quils ont disparu dans lascenseur, coup de fil à un serrurier, puis à la police de quartier.

Le « festival familial » était clos. Place à la reconquête du territoire.

Cest peut-être une erreur ? me revenait la question de Pierre la veille, alors que le serrurier tatoué changeait la serrure.
Pas derreur. Juste de la détermination.

Le serrurier solide gaillard du 93 a bossé vite.
Porte blindée, madame ! Et le cylindre, costaud, là : faudra une disqueuse pour rentrer.
Parfait, cest ce que je veux: la tranquillité.

Je lui ai transféré le montant de quoi payer un plat étoilé , mais mon allant était plus cher que le Michelin. Ensuite, opération ménagère impitoyable. Sacs-poubelle 120 litres, tout dans le noir, tout jeté : soutien-gorge de Chantal, collants des gamins, jouets, tout ce quils avaient éparpillé chez MOI. Pas de délicatesse. Ses produits de beauté qui envahissaient ma salle de bain, un grand sweep, direct dans le sac.

Quarante minutes plus tard, une montagne de cinq sacs noirs trônait sur le palier. Deux valises, là, tout penauds.

Au gong de lascenseur, le flic est sorti, dossier à la main.
Bonjour lieutenant, ai-je dit en tendant mes papiers. Je suis la propriétaire, personne dautre nest domicilié. Je vous préviens, des indésirables, de la famille ex-famille, plutôt vont tenter de rappliquer. Vous pouvez constater la tentative dintroduction illégale.

Le policier, pas passionné, a parcouru mes papiers.
La famille, hein ?
Disons des connaisseurs en conflits immobiliers. On est en pleine crise diplomatique.

Chantal a débarqué une heure plus tard, bras chargés de sacs du Bon Marché, large sourire envolé en voyant les sacs-poubelle sur le palier et moi, campée au seuil, flic à mes côtés.

Cest quoi tout ça?! hurla-t-elle. Anne-Sophie, tas perdu la tête ! Ce sont MES affaires !
Exactement. Tes affaires. À dégager. Lhôtel est fermé.
Elle tenta de forcer le passage, bloquée net par le policier :
Mademoiselle, vous résidez ici? Pièce didentité?
Je Je suis la sœur de monsieur ! On est invités !
Face à moi, furibarde et rouge tomate :
Tu fais quoi, idiote? Il est où, Pierre ? Je vais lappeler, tu vas voir!

Fais, ai-je haussé les épaules. Mais sache quil explique justement aux enfants pourquoi leur mère sait si bien « faire du business ».
Chantal réessaie. Boîte vocale. Encore. Raccroché. Pierre estimait sans doute son patrimoine personnel incompatible avec une procédure de divorce.

Tas pas le droit ! sest-elle mise à hurler, jetant un sac à terre. On a des enfants, nous ! On a besoin de toi, compris?
Arrête de jouer les victimes. Passe le bonjour à Marina. Et demande-lui si les locataires garderont ta piaule jusquen août, ou si tu vas devoir squatter à nouveau chez quelquun dautre.

Effet bijou: Chantal bouche bée, lair dun ballon crevé.
Tu tes au courant, mais comment
On protège un « business » en verrouillant son portable, Madame lEntrepreneuse. Tu as profité dici un mois, picoré dans mon frigo, abîmé mon appart, et tout ça pour tacheter un monospace ? Bravo. Mais maintenant, écoute bien.

Dun ton posé, chaque mot en écho lugubre dans la cage descalier :
Tu prends tout ce fatras et tu disparaîs. Si toi ou ta progéniture revenez à moins dun kilomètre de chez moi cest déclaration aux impôts pour location illégale, et dépôt de plainte pour vol : il me manque une bague en or, que je retrouverais peut-être « par hasard » dans ces sacs si la police décrète une fouille.

(Petite précision, la bague, je lavais au coffre. Mais Chantal, elle, blêmit instantanément.)

Salope fit-elle dans un souffle, la voix cassée. Que Dieu te juge.

Dieu est très occupé, ai-je souri. Mais moi, à cette heure-ci, je suis libre. Comme mon appartement.

Chantal remplit en hurlant lascenseur de ses sacs, tentant dappeler un taxi en pleurnichant, tandis que le policier, bien blasé, savourait de ne rien avoir à écrire.

Quand la porte de lascenseur sest refermée sur elle, ses loot bags et ses jolis rêves denrichissement, je me suis tournée vers lagent :
Merci du service.
De rien, madame Mais un bon verrou, cest mieux que la police.

Dans mon salon vidé, jai refermé la porte dun geste sec. Le « clac » de la nouvelle serrure résonna comme un générique de victoire. Odeur de Javel : les femmes de ménage achevaient la cuisine et filaient droit à la chambre.

Pierre est revenu deux heures plus tard. Seul. Les enfants déposés à Chantal au taxi. Visage hésitant, pas sûr de navoir pas oublié un piège.

Anne-Sophie elle est partie.
Je sais.
Elle a hurlé ton nom dans la cour, tu sais
Peu importe ce quon beugle, quand on quitte un navire quon a tenté de couler.
Assise, à savourer un excellent espresso dans ma vraie tasse préférée intacte. Plus de graffitis sur le mur, tout propre. Et, au frais, mes produits à MOI.

Tétais au courant pour la location? ai-je lancé sans lever les yeux.
Non ! Je te jure, Anne-Sophie Si javais su
Si tavais su, taurais rien dit non plus, hein Voici la règle: la prochaine entourloupe de ta famille, et tes valises iront rejoindre les leurs sur le palier. Compris?

Il a hoché la tête de façon presque synchronisée. Il savait que je blaguais pas.

Jai bu une gorgée de café.
Il était parfait.
Brûlant, corsé, et surtout, savouré dans le silence absolu de MON appartement enfin libre.
Ma couronne tient impeccablement en place.
Elle me va comme un gant.

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«On va rester là jusqu’à l’été !» : Comment j’ai mis dehors la famille envahissante de mon mari et changé toutes les serrures Le samedi matin, à sept heures, alors que je rêvais de faire la grasse matinée après la clôture du trimestre, l’interphone s’est mis à hurler. Sur l’écran : la tête de ma belle-sœur, Sylvie, la sœur de mon mari Igor, l’air déterminé à prendre l’Élysée d’assaut, et derrière elle, trois petits chevelus excités. À peine le temps d’alerter Igor – qui enfilait son short à l’envers – que toute la tribu débarquait dans MON appartement, ce trois-pièces centré que j’avais payé et décoré jusqu’au moindre coussin, bien avant d’épouser qui que ce soit. Sylvie n’a même pas dit bonjour : « Ouf, on est enfin arrivés ! Allez Aline, fais chauffer la bouilloire, les enfants meurent de faim. » Et d’expliquer, l’air de rien, qu’ils venaient squatter « une petite semaine », le temps de leurs soi-disant travaux – une semaine qui s’est vite transformée en trois, puis en projet de squat jusqu’à l’été… Très vite, la « visite » a tourné au cauchemar : bazar à la maison, enfants qui courent partout, ma cuisine dévastée, mon frigo pillé, mes jolies étagères souillées de yaourts, et des remarques du genre « T’es radine, Aline, t’aurais pu remplir un peu le frigo ! ». Le summum ? Ma nièce qui gribouille ma chambre au rouge à lèvres Tom Ford, pendant que Sylvie lève les yeux au ciel : « Bah, c’est que des gosses, t’as qu’à nettoyer. » Puis j’ai découvert le pot-aux-roses. Entre deux boutiques de chaussures de luxe, Sylvie encaissait chaque mois un joli loyer grâce à la location de SON propre appart, pendant qu’elle se la coulait douce chez moi. J’ai pris une décision froide : changer le verrou et sortir tout le monde, fissa. Appel au serrurier, appel au commissariat, les valises de belle-sœur sur le palier, et basta. « Mais c’est mes affaires ! Où veux-tu qu’on aille ? » s’est-elle écriée, furieuse. Je lui ai rappelé que son histoire de travaux n’était qu’une arnaque… et qu’elle n’aurait qu’à demander à ses locataires s’ils acceptaient de prolonger. Un dernier avertissement : si elle remet les pieds ici, j’appelle le fisc à propos de sa location non déclarée. Quand la porte s’est refermée derrière elle, j’ai respiré à fond, savouré mon café dans le silence retrouvé. Un nouveau verrou, une paix royale, et la certitude d’une chose : aucune famille, fut-elle française, n’aura jamais gain de cause chez moi.
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