Ira, un franc-parler sans compromis : ses collègues savent qu’elle ne mâche pas ses mots, peu importe si cela dérange ou non.

Irène est farouche dans ses échanges. Tous ses collègues savent quelle ne mâche jamais ses mots, quelle balance toujours la vérité crue, quon laime ou non.

Par exemple, un matin Maëlys flirte avec le nouveau administrateur tout en traitant les dossiers à toute vitesse. Elle ne reste pas assise ; elle virevolte dans le bureau. «Jespère que tu sais que sa femme est à la maternité?», lance Irène. Le flirt séteint sur le champ, la conversation senvole.

Puis il y a Victoire, qui narrête pas de tenter darrêter de fumer. Elle colle des patchs, grignote des bonbons spéciaux, rien ny fait. Elle achète une «cigarette miracle» et séclipse toutes les trente minutes pour «fumer». Irène la surprend : «Tu as vu la composition de cette cigarette magique? Moi non plus. Personne la vue. Ça intrigue, non?»

Tout le monde évite Irène, de peur dattraper son sarcasme. Elle sen fiche ; la vérité ne lui échappe jamais. Mais à qui sert-elle vraiment cette vérité?

Lorsque Irène part en stage à létranger, tout le monde pousse un soupir de soulagement. On fume dans la ruelle, on flirte avec de nouveaux clients, on organise des vendredis fous et on sembrasse dans les coins sombres du bureau, mariés et célibataires.

Irène revient trois semaines plus tard, toujours en tailleur strict, talons hauts, traînant un nuage de parfum musqué et un maquillage complet. Mais elle entre en jean usé, en pull deux tailles trop grand, sans une once de cosmétique. Les cheveux rassemblés en chignon, lunettes de soleil quelle ne retire pas avant daller se cacher dans son cabinet. Au lieu du parfum lourd, elle porte le parfum subtil «Truth» de Calvin Klein.

Et surtout, elle ne fait aucune remarque au secrétaire qui na pas préparé les documents pour la réunion matinale, ni au administrateur qui ne décroche jamais son téléphone parce quil parle avec sa femme. Elle passe devant les piles de dossiers où le juriste fouille, sans y prêter attention.

«Tu nas pas validé ton stage», déclare le juriste.
«Elle est malade», suggère la secrétaire.
«Elle est tombée amoureuse!», glousse Maëlys.
«Doù ce pull trop grand?», ricane le traducteur.
«Quoi quil en soit, la réunion commence dans une heure. Mieux vaut se préparer que papoter.»

Mais une heure passe et Irène napparait pas dans la salle de conférence. Tous attendent, le stress monte. Soudain, ladministrateur, installé près de la fenêtre, sécrie :
«La voilà!Regardez!»

Tout le monde se précipite vers la vitre. De lautre côté de la rue, au café du coin, Irène est assise à une table, mais elle est différente. Ce nest pas le maquillage, ni le chignon strict. Cest simplement quun homme lui raconte quelque chose et elle éclate de rire.

Irène rit.

Dans la salle, les regards restent collés à la vitre, comme pour sassurer quil sagit bien de leur Irène, toujours aussi tranchante, désormais détendue et souriante.

«Honnêtement, je nai pas trouvé mon chemisier ce matin,» dit Irène à son interlocuteur, Serge, en souriant. «Alors jai mis ton pull.»

«Jaime mieux quand tu es sans artifice,» répond lhomme.

Irène rougit, le frappe légèrement du poing sur lépaule.
«Arrête.»
«Impossible,» se penchetil. «Il faut finir ce travail et partir, chez moi ou chez toi, ça mest égal. Depuis quon sest rencontrés à laéroport, tout a changé.»
«Je suis daccord.»
«Au fait,» murmuretil, «tu portes le pull à lenvers.»
«Merde!»
«Il faut absolument que je vienne chez moi pour le retourner.»

Elle éclate de rire, sort son téléphone et compose un numéro.

Au bureau, le son du téléphone retentit à la réception.
«Bienvenue chez? Irène? Très bien. On vous attendait à la réunion. Vous ne venez pas? Vous êtes malade? Oh, rétablissezvous vite!»

Irène se précipite vers la salle.

«Notre Irène est malade!», sécrie la secrétaire.
«Nous le voyons,» acquiesce ladministrateur, tandis que tous les regards se posent sur Irène, parfaitement en forme, qui monte dans une voiture avec lhomme inconnu. «Elle sera absente quelques jours, autant ne pas lappeler.»

«Pourquoi?», sinterroge la secrétaire.

«Vous êtes déjà venue travailler en pull à lenvers, lunettes de soleil, comme si vous aviez passé la nuit à faire la fête, indifférente au maquillage?», ricane Maëlys. «Cest votre façon de dire que vous êtes ailleurs, dans votre tête, avec votre amoureux,», ajoutetelle en faisant un geste de lépaule.

Tout le monde digère ces explications. Maëlys sourit et sort.

««Malade», «Pas de stage». Jai dit: elle est tombée amoureuse. Et maintenant Irène nest plus la même.»

«Durée?», remarque sombrement ladministrateur.

Maëlys le regarde, sûre delle.
«Ça dépend de vous, les hommes,», concluttelle en quittant la salle.

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