Cher journal,
Parfois, jai limpression que mon mari ne pense quà lui-même. Il engloutit tout ce quil trouve sans rien laisser, pas même pour notre fils.
Paul, où sont passées les bananes ? je lui demande un matin.
Je les ai mangées, jen avais envie.
Tu aurais pu en laisser au moins une pour le goûter de Léon ?
Tu exagères Ce nest pas comme sils nen vendaient pas à la supérette.
Alors va en racheter, sil te plaît.
Jai le match de foot, comment veux-tu que jy aille ?
Et cest comme ça tout le temps dans notre foyer : le fromage blanc, les petits biscuits, les pommes il faut presque que je cache la nourriture pour que notre fils ne manque de rien avec un père pareil.
Cela fait cinq ans quon est mariés. Léon va fêter ses deux ans bientôt. On a un prêt immobilier à rembourser, donc, tu imagines bien que largent ne coule pas à flots. Paul se prend pour le pilier de la maison sous prétexte quil a « offert » le logement. Mais la réalité, cest quil a seulement vendu son studio pour payer lapport, et mes parents aussi nous ont bien aidés. Ma mère, dailleurs, pense que Paul est un véritable égoïste et javoue que je ne peux pas lui donner totalement tort.
Je me souviens dun après-midi où je préparais lanniversaire de Léon. Je cuisine toute la matinée pour recevoir la famille. Paul traîne toujours dans mes pattes et vide les assiettes dès que jai le dos tourné. Et le pire, cest quil a même touché au gâteau ! Je lavais mis sur le balcon faute de place dans le frigo ; je vais le chercher pour le découper, et là, je découvre quil ne reste quun morceau déco joliment entamé, couvert de chocolat. Quelle honte devant nos invités !
Ce genre de scène, cest notre quotidien. Oui, il ramène un salaire, mais ce nest pas une raison pour ne jamais penser aux autres. Il a toujours la même excuse : « On en rachètera, ce nest pas grave ! » Soit, il ne fait pas attention à moi, mais à notre fils ? On a déjà du mal à joindre les deux bouts. Je compte sur le plein de courses pour le mois, et en une semaine, tout a disparu.
Ma belle-mère, toujours à le défendre, me lance :
Pourquoi tu lembêtes ? Cest un homme, quil mange ! Il gagne largent, tu ne vas pas lui reprocher ? Il faudrait juste cuisiner un peu plus
Mais même si je passais mes journées à cuisiner, rien ny ferait : Paul finirait toujours par tout manger. Impossible dacheter plus : entre le remboursement de lappartement, les vêtements, lalimentation, on essaie déjà de faire attention.
Finalement, je lui ai dit : « Encore une fois, et cest le divorce. On partagera lappartement, chacun sa vie. » Il a dû se sentir blessé, il est allé se plaindre auprès de sa mère Depuis, ma belle-mère me fait la tête, ne me parle plus. Mais franchement, suis-je en tort ? Je pense, au fond de moi, que jai raison.
Dis-moi, journal : quen penses-tu ?







