L’amour discret d’Annie : Elle sort de sa maison, un seau plein de grains pour les cochons à la main, passe devant son mari, Gégé, qui depuis trois jours façonne le puits pour qu’il soit beau – comme s’il n’avait rien de mieux à faire ! Elle s’affaire à la ferme, nourrit les bêtes, pendant que lui, les mains pleines de copeaux, sourit, sans jamais lui dire un mot tendre ni taper du poing sur la table… Juste, parfois, il la regarde et lui caresse sa longue tresse blonde – voilà sa façon d’aimer. Annie rêve d’être chérie, qu’on l’appelle « ma colombe » ou « mon rayon de lune »… Son cœur s’interroge encore sur l’amour de Gégé, surtout quand leur beau voisin, Vincent, lui glisse un « mon petit trésor, mon soleil », et fait battre son cœur autrement. Un matin, il l’invite à venir chez lui à l’aube, promettant des mots doux et des caresses, mais le soir venu, Annie surprend une conversation entre Gégé et Vincent au sauna : Gégé refuse les avances de son ami pour sortir s’amuser, affirmant aimer plus que tout sa femme, même s’il ne sait pas le lui dire. Bouleversée, Annie entre hardiment et dit à Vincent d’aller voir ailleurs, avouant à Gégé qu’elle a failli passer à côté de leur bonheur par aveuglement. Le lendemain matin, à l’aube, Gégé oublie la pêche : il choisit l’amour et la beauté partagée de leur foyer.

Lamour discret

Élise sortit de la maison de campagne avec un seau bien rempli de nourriture pour les cochons et passa devant son mari, Gérard, qui, depuis trois jours, bricolait le vieux puits. Monsieur avait eu envie de le décorer de jolies sculptures, comme sil ny avait rien de plus utile à faire ! Elle, toujours en train de soccuper de la maison, de nourrir les bêtes, pendant que Gérard, rempli de copeaux de bois, se tenait là avec sa gouge à la main, le sourire aux lèvres. Voilà le mari que le bon Dieu lui avait envoyé ! Jamais de mots doux, jamais un coup de sang sur la table, travaillant en silence, venant seulement de temps en temps vers elle pour la regarder droit dans les yeux et glisser sa main dans sa natte épaisse voilà toute la tendresse quil exprimait. Mais elle aurait tant aimé des « ma jolie étoile », des « ma colombe »

Elle songeait à son sort de femme quand elle faillit trébucher sur Médor, le vieux chien de la maison. Dun bond, Gérard sélança, retint sa femme, puis adressa un regard noir au chien :
Eh bien, quest-ce que tu fais là, tu vas la faire tomber, la patronne.
Médor baissa la tête dun air coupable et fila vers sa niche. Encore une fois, Élise sétonna de la manière dont les animaux comprenaient son mari. Elle lui avait déjà posé la question, il avait simplement répondu :
Je les aime, alors ils me le rendent bien.

Élise aussi rêvait damour, quon la couvre dattentions, de mots tendres dans l’oreille, de petits bouquets chaque matin sur son oreiller Mais Gérard était avare de caresses, si bien qu’elle doutait presque parfois : l’aimait-il seulement un peu ?

Dieu vous garde, les voisins ! sécria Paul, en passant le visage au-dessus de la haie. Gérard, tu bricoles toujours ? Qui a besoin de tes motifs sculptés ?

Je veux que mes enfants grandissent entourés de beauté, répondit Gérard calmement.
Faudrait-il dabord faire des enfants ! plaisanta Paul avec un clin dœil à Élise.

Le regard de Gérard devint triste tandis quÉlise, toute gênée, rentrait à la hâte à lintérieur. Elle ne se précipitait pas pour avoir des enfants ; elle était jeune, jolie, souhaitait vivre pour elle encore un peu, et puis ce mari, ni chair ni poisson. Mais le voisin, Paul, quel homme ! Grand, les épaules larges : certes, Gérard était correct, mais Paul, lui, était beau comme un cœur. Quand il la croisait devant chez elle, il parlait si gentiment, avec des mots doux et des regards brûlants, que son cœur semballait, les jambes tremblaient, mais elle séloignait toujours, refusant ses avances. Lorsquelle sétait mariée, elle avait promis dêtre fidèle. Ses parents aussi lui avaient appris à respecter le foyer.

Mais pourquoi avait-elle tout le temps envie de regarder par la fenêtre pour croiser le regard de Paul ?

Le lendemain, au moment de mener la vache aux prés, Élise croisa Paul au portail :
Ma belle Élise, pourquoi mévites-tu ? Aurais-tu peur de moi ? Impossible de me rassasier de ta beauté, je nai la tête quà toi quand je te vois.
Viens me retrouver à laube. Quand ton Gérard sen ira à la pêche, viens donc chez moi. Je toffrirai tant de douceur que tu nen reviendras pas heureuse !

Le rouge monta aux joues dÉlise, son cœur bondit dans sa poitrine, mais elle ne répondit rien et se hâta de passer son chemin.
Je tattendrai, murmura Paul derrière elle.

Toute la journée, Élise pensa à lui. Elle avait envie de tendresse, de vrais mots damour, et Paul était si séduisant Il ny avait que demain à laube, peut-être

Le soir, Gérard fit chauffer la petite cabane à bain et invita le voisin à venir se détendre. Paul accepta avec plaisir pas besoin dutiliser son bois. Ils se frappaient allègrement à coups de branches de bouleau et riaient aux éclats, puis reposaient un peu sur le banc. Élise leur apporta de leau-de-vie maison, des tranches de pain et de la charcuterie, puis se souvint quil restait des cornichons dans la cave. Elle descendit les prendre et, revenant vers la porte, elle entendit la conversation des hommes et sarrêta net, attentive.

Mais enfin Gérard, tu es tellement timide ! Allez, viens avec moi, tu ne regretteras pas. Des veuves, là-bas, elles te couvriront dattentions, et si belles en plus ! Bien plus que ta petite Élise, toute discrète
Non, mon ami, répondit doucement mais fermement Gérard, je nen ai besoin daucune autre, cela ne mintéresse pas. Et ma femme nest sûrement pas une souris grise, cest la plus belle, la plus précieuse de toutes. Il nexiste pas de fleur, ni de fruit plus ravissant. Quand je la regarde, le soleil sefface devant ses yeux et sa taille fine. Jai lamour qui déborde, comme la Loire au printemps, mais mon malheur, cest que je ne sais pas trouver les mots, je ne sais pas dire combien je laime. Je vois bien quelle men veut pour ça. Jai peur de la perdre, car sans elle, je ne pourrais pas vivre, même respirer.

Élise resta sans bouger, le cœur battant, une larme roulant sur la joue. Mais elle redressa la tête fièrement, entra dans la pièce et déclara dune voix claire :
Va donc, voisin va distraire les veuves esseulées. Nous, on a des tâches bien plus importantes à accomplir. Personne nadmirera la beauté que toi, Gérard, tu as sculptée, si nous ne faisons rien. Pardonne-moi, mon amour, pour mes pensées idiotes, pour mon aveuglement. Javais le bonheur entre les mains et je ne lavais pas vu. Allons, nous avons déjà perdu beaucoup trop de temps

Le lendemain, à laube, Gérard ne partit pas à la pêche.

Dans la vie, on ne mesure pas lamour à la profusion de mots ou de gestes. Ce sont parfois les actes silencieux, les attentions discrètes, qui renferment la tendresse la plus profonde. Il suffit douvrir les yeux et le cœur pour le comprendre.

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L’amour discret d’Annie : Elle sort de sa maison, un seau plein de grains pour les cochons à la main, passe devant son mari, Gégé, qui depuis trois jours façonne le puits pour qu’il soit beau – comme s’il n’avait rien de mieux à faire ! Elle s’affaire à la ferme, nourrit les bêtes, pendant que lui, les mains pleines de copeaux, sourit, sans jamais lui dire un mot tendre ni taper du poing sur la table… Juste, parfois, il la regarde et lui caresse sa longue tresse blonde – voilà sa façon d’aimer. Annie rêve d’être chérie, qu’on l’appelle « ma colombe » ou « mon rayon de lune »… Son cœur s’interroge encore sur l’amour de Gégé, surtout quand leur beau voisin, Vincent, lui glisse un « mon petit trésor, mon soleil », et fait battre son cœur autrement. Un matin, il l’invite à venir chez lui à l’aube, promettant des mots doux et des caresses, mais le soir venu, Annie surprend une conversation entre Gégé et Vincent au sauna : Gégé refuse les avances de son ami pour sortir s’amuser, affirmant aimer plus que tout sa femme, même s’il ne sait pas le lui dire. Bouleversée, Annie entre hardiment et dit à Vincent d’aller voir ailleurs, avouant à Gégé qu’elle a failli passer à côté de leur bonheur par aveuglement. Le lendemain matin, à l’aube, Gégé oublie la pêche : il choisit l’amour et la beauté partagée de leur foyer.
Tout simplement épuisé(e) par ta présence