Mon mari m’a comparée à son ex, alors je lui ai proposé de retourner avec elle.

Le mari ma comparée à son ex, et jai proposé quil aille la rejoindre

Et tu sais, Léontine mettait toujours un peu de sucre dans le bœuf bourguignon. Ça aide à caraméliser les oignons, tu comprends? Le goût restait doux, la couleur profonde. Le tien, lui, est trop acide, ça serre les joues.

Sébastien a repoussé son assiette, grimacé de façon théâtrale et a attrapé un morceau de baguette. Claire, la femme, sest arrêtée, la louche à la main, tandis que la vapeur du pot deau montait jusquau plafond, retombant en gouttelettes sur le mobilier de cuisine quils avaient acheté à crédit il y a trois ans. À lintérieur, quelque chose sest brisé, doucement, sans fracas, comme une corde trop tendue qui se rompt. Ce nétait pas la première fois, et certainement pas la dixième du mois.

Séb, la voix de Claire était étonnamment posée, même si les doigts qui tenaient le manche de la louche étaient blanchis Nous sommes mariés depuis vingt ans. Tu manges ce ragoût depuis tout ce temps, et avant tu laimais. En plus, tu réclamais toujours une portion supplémentaire.

Sébastien a haussé les épaules, arrachant un morceau de viande, les yeux rivés sur lécran de son smartphone où défilaient les nouvelles ou des vidéos humoristiques.

Les goûts évoluent, Claire. On grandit, on apprend à distinguer les nuances. Je ne faisais que donner un exemple, une critique constructive pour que tu puisses te dépasser. Au fait, Léontine avait suivi des cours de cuisine. Ses boulettes étaient aériennes parce quelle faisait tremper le pain dans du lait, pas dans de leau, comme dautres.

Claire a laissé retomber la louche dans le pot. Lappétit sest éteint. Le prénom «Léontine» résonnait dans leur appartement de trois pièces plus souvent que la télé. Léontine était la première flamme de Sébastien, la petite amie de luniversité, séparée un an avant quil ne rencontre Claire. Ce nom était resté caché dans les souvenirs, couvert de poussière, jusquà ce que, il y a quelques mois, Sébastien tombe par hasard sur son profil Facebook. Et le reste a suivi.

Au départ, ce ne furent que des souvenirs nostalgiques: «Regarde, Léontine est à Bali, pendant quon reste à la campagne». Puis sont venues les comparaisons, dabord en plaisanterie, puis de plus en plus acerbes.

Claire sest assise en face de son mari, observant ses cheveux clairsemés, le double menton qui commençait à poindre et la tache de sauce sur son tshirt. Où était lhomme quelle avait aimé? Il sétait dissous dans la routine, les exigences et ce culte soudain du passé.

Tu discutes avec elle? demanda Claire, essayant de garder un ton désinvolte.

Sébastien a enfin détaché les yeux du téléphone. Un éclat démotion traversa son regard.

De temps en temps, on sécrit. Amicalement. On voit comment la vie la traitée. Elle a lair superbe, elle fait du yoga, du pilates, mange équilibré. Elle dit quune femme doit inspirer son homme par son apparence, pas en restant en peignoir toute la journée.

Claire baissa les yeux sur son costume de maison, net, mais loin dêtre une tenue de sport haut de gamme. Elle était comptable principale dans une grande société de construction, gérant la maison, les cours du petit garçon qui était au camp dété, et la ferme de la bellemère. Le pilates, elle nen avait plus le temps.

Je suis contente pour elle, murmura Claire. Mange, ça se refroidira.

Le dîner se termina dans un silence lourd. Sébastien ajoutait du sel de façon ostentatoire, soupirait, montrant à quel point il se sentait généreux en avalant ce «repas imparfait». Claire mâchait mécaniquement un morceau de pain, sans vraiment le goûter. Une même pensée tournait en boucle: pourquoi maintenant? Pourquoi alors que les enfants grandissent, que le prêt immobilier est remboursé, que la vie pourrait être paisible, il veut encore transformer tout cela en une compétition avec un fantôme?

Les jours suivants se sont déroulés comme dans un brouillard. Sébastien, comme libéré dune chaîne, lançait des exigences, chaque remarque accompagnée dun «avis dexpert» tiré du passé.

Un matin, en se préparant pour le travail, il sest emporté à propos de la chemise.

Claire! Mais questce que cest? cria-t-il depuis la chambre, brandissant son chemise bleue Je tai demandé damidonner le col! Il pend comme une serviette!

Claire, en train de se maquiller dans lentrée, plissa les yeux de fatigue.

Jai utilisé du spray, Séb. Il tient la forme.

Il tient mal! il sortit dans le couloir, tirant son pantalon. Léontine lavait ses chemises à la main, les amortissant à lancienne. Mes cols étaient si raides quon pouvait se couper! Et toi, tu simplifies tout. Tu es paresseuse de tinquiéter pour moi.

Léontine, il y a vingt ans, navait pas de rapports annuels ni daudits, répliqua Claire. Et aucun lavelinge automatique pour les étudiants.

Oh, ne te réfugie pas derrière le travail! ricana Séb. Une femme doit savoir créer le confort, cest inné. Et nous? De la poussière sur le placard, je lai juste effleurée hier. Léontine ne laurait jamais laissé. Elle était une maniaque de la propreté.

Claire observa son mari dun regard qui perçait. Il était là, mécontent, capricieux, sûr de son bienfait. Une vague de rire amer la submergea.

Séb, tu ne te souviens pas pourquoi vous vous êtes séparés? demandatelle en refermant son sac.

Sébastien resta un instant figé, ajustant sa cravate.

Eh bien nous étions jeunes, stupides, nos caractères ne collaient pas. Elle était trop exigeante, trop vive. Je nai pas su la retenir. Aujourdhui je suis un autre homme, jai trouvé ma place, je sais ce que je veux.

Daccord, acquiesça Claire. Tu as trouvé ta place. Et moi, je ne suis quune option pratique pendant que tu te prépares à atteindre le niveau de Léontine?

Pas de mauvaise interprétation! sexclamatil, irrité. Je veux simplement que tu prennes exemple sur les meilleures. Vise la perfection. Quy atil de mal?

Il sortit, claquant la porte sans un mot dadieu. Claire resta dans le silence du hall, son reflet dans le miroir montrant une femme belle aux yeux tristes. «Prendre exemple sur les meilleures», résonna comme un écho.

Le même soir, la bellemère, Madame Tamara Dupont, fit une apparition impromptue. Grande, à la voix forte, convaincue que son fils navait pas tiré la bonne épouse mais une punition céleste. Dordinaire, Claire supportait stoïquement ses visites, mais ce jourlà, la carapace se fissura.

Madame Dupont entra dans la cuisine, balaya la table du regard, puis fronça le nez.

Encore des gnocchis du supermarché? Claire, on ne peut pas nourrir un homme comme ça, tu vas lui ruiner lestomac.

Ce sont faits maison, Madame Dupont, répliqua Claire calmement en servant le thé. Je les ai préparés ce weekend, trois cents pièces.

Ah? la bellemère piqua le gnocchi avec sa fourchette. Bien épais. Je me souviens que Léontine faisait des gnocchis qui brillaient sous la lumière. Elle était une vraie artisane. Dommage que Séb nait pas apprécié ce trésor.

Sébastien, assis près deux, souriait, savourant la validation maternelle.

Je lui dis toujours, maman, Léontine représente le niveau. Elle est seule maintenant, séparée dun homme daffaires. Elle dit que cest ennuyant avec lui, quil ny a pas de connexion.

Tu plaisantes! sexclama Madame Dupont, les yeux écarquillés. Seule? Quelle femme! Peutêtre que vous vous reverrez, vous parlerez? Les vieux amis, après tout.

Claire posa la théière sur le support. Le crépitement du plastique contre le plastique sonna comme un coup de feu. Elle tourna son regard du mari à la bellemère. Les deux femmes discutaient de lex comme si Claire nexistait pas, comme si elle nétait quun meuble.

Vous savez, interrompit Claire dune voix forte, coupant les plaintes, cest une excellente idée.

Le silence sabattit. Sébastien et sa mère la dévisagèrent, surpris.

Quoi exactement? demanda le mari prudemment.

Se rencontrer, discuter. Claire sourit, un sourire qui ne présageait rien de bon. Séb, tu souffres. Le bourguignon est trop acide, les chemises sont usées, la poussière saccumule Je vois ta détresse. Pourquoi persister dans cette torture?

Sébastien fronça les sourcils, sentant le piège, sans comprendre où il se trouvait.

Claire, arrête tes bêtises. Je disais juste

Non, non, tu as parfaitement raison, linterrompit Claire en sasseyant, les mains jointes. Tu as grandi. Tu as atteint le niveau de Léontine. Et moi? Je reste à mon niveau, une femme ordinaire qui parfois commande des plats préparés, qui ne sait pas comment amortir un col. Nous sommes incompatibles. Tu es un esthète, je suis une comptable.

Madame Dupont ouvrit la bouche pour intervenir, mais Claire la fixa dun regard dur, la faisant se taire.

Voilà, poursuivitelle. Je te propose non seulement de la revoir, mais dessayer de retrouver ton bonheur. Elle est libre, parfaite à tes yeux, alors pourquoi pas?

Sébastien ricana nerveusement.

Tu me rejettes? À cause dune chemise?

Je ne te rejette pas. Je te libère! Claire se leva, se dirigea vers la fenêtre où le crépuscule sépaississait, les réverbères sallumaient. Elle ressentit la peur, mais surtout une libération. Sérieusement, Séb, pars chez elle. Revivre ta jeunesse. Peutêtre que cest le vrai amour, et moi je ne fais que prendre la place du fantôme.

Tu deviens folle! sécria Séb, mais dans sa voix se mêlait la confusion et une pointe dintérêt. Nous avons un fils!

Il est au camp dété. Et la famille La famille, cest prendre soin des gens, pas les comparer chaque jour à des ombres du passé. Jen ai assez de me mesurer à Léontine qui nexiste même pas ici. Elle est parfaite dans ta tête, je suis réelle, jai mal à la tête, je vieillis, je ne suis pas toujours dhumeur. Elle reste éternellement jeune dans ton imaginaire, en manteau blanc.

Sébastien resta muet. Madame Dupont baissa les yeux, passant du fils à la bellefille.

Alors, si cest ton choix ditil, la voix chargée de rancœur. Tu ne me respectes plus. Tu me laisses partir si facilement.

Je me respecte, répliqua Claire. Aujourdhui cest vendredi. Fais tes valises, pars ce weekend. Va la voir, ou à lhôtel, rencontrela. Teste tes sentiments, goûte ses boulettes parfaites. Dimanche soir, reviens et décidez ce qui vous attend.

Sébastien bondit de la table.

Ah! Tu me prends à la légère? Tu penses que je ne sers à rien? Léontine sera ravie! Hier, elle ma écrit quelle était seule!

Parfait, acquiesça Claire. La valise, sur létagère.

Les préparatifs furent chaotiques. Sébastien jetait ses affaires dans la valise, clamant que «certaines épouses» ne comprennent pas le bonheur, et quil ressentirait enfin le respect dun homme. Madame Dupont, autour, ajoutait du feu à la braise: «Laissele réfléchir, mon fils, quil revienne vers nous».

Claire observait la scène avec une étonnante quiétude. Elle lui donna son parfum préféré, glissa des chaussettes propres (sans amorti) et repassa la chemise de ville.

Cest tout! déclara Séb, à la porte, valise à la main, tel un héros de mauvaise série. Je pars! Ne mattends pas! Je profiterai de la vie!

Bonne chance, répondit Claire en refermant la porte derrière lui.

Le cliquetis de la serrure résonna comme le dernier accord. Le silence sinstalla dans lappartement. Madame Dupont, réalisant que le spectacle était fini, rangea ses affaires, marmonnant sur la «vanité qui ne mène à rien».

Seule, Claire ne pleura pas. Elle alla à la cuisine, versa le thé refroidi, sortit une bouteille de bon vin quelle gardait pour une occasion spéciale, en versa un verre. Puis commanda une pizza: pepperoni, double fromage, aucune soupe, aucune boulette.

Le weekend passa bizarrement. Le silence du foyer était nouveau. Aucun bruit de télévision, aucune demande de thé, aucun chausson égaré. Claire fit un grand ménage, non pour plaire à son mari, mais pour évacuer les irritations accumulées. Elle lava le sol, retint les rideaux, jeta la vieille tasse fissurée de Séb, qui le taquinait toujours.

Samedi soir, elle se surprit à se sentir bien. Calme. Aucun jugement. Elle sinstalla dans la baignoire moussante, lut un roman, sirotait du thé avec des bonbons au lit, sans crainte de renverser quoi que ce soit.

Sébastien ne rappela pas. Claire ne prit pas le téléphone, malgré la tentation de vérifier sil était en ligne. Elle résista.

Dimanche fut ensoleillé. Elle alla au parc, sacheta une glace, puis fit un tour au centre commercial où elle essaya la robe qui la faisait tant rêver, mais qui coûtait un bras. Elle lacheta, la mit immédiatement et rentra à pied, attirant les regards des passants.

Le soir, vers huit heures, la clé de la porte tintait. Claire était dans son fauteuil, le cœur battant plus fort que dhabitude, mais elle resta assise.

La porte souvrit, et Sébastien apparut, lair usé, la chemise froissée, les cernes sous les yeux, la valise lourde comme un poids. Il entra sans un mot, posa la valise, sassit sur le pouf.

Claire resta muette, attendant des explications.

Sébastien enleva ses chaussures, les jeta au coin, leva les yeux vers elle. Aucun éclat de joie, seulement la fatigue et une petite rancune infantile.

Alors? demanda Claire. Comment vont les boulettes parfaites?

Ah, les boulettes haussail lépaule.

Il alla à la cuisine, se servit de leau dans le verre, la but dun trait. Claire le suivit, sappuya contre le rebord.

Raconte, insistatelle. Tu partais au paradis. Pourquoi revenir à mon enfer?

Il ny avait pas de paradis, grognail. Léontine a changé. Elle est tout à fait différente.

Peu à peu, il déroula le récit de son «weekend romantique». La soidisant «Léontine idéale» vivait avec trois chats, obsédée par lésotérisme. Au lieu dun dîner, elle lavait invité à méditer sur les chakras et à boire un smoothie de céleri.

Tu imaginesClaire, finalement, décida que la vraie cuisine était la paix intérieure qu’elle avait retrouvée.

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Mon mari m’a comparée à son ex, alors je lui ai proposé de retourner avec elle.
Mon fils n’est pas prêt à être père… « Salope ! Petite ingrate ! » hurlait la mère à sa fille Nathalie, sans retenue. Le ventre arrondi de sa fille ne calmait en rien la fureur maternelle, bien au contraire, il l’attisait encore plus. « Va-t’en de chez moi et ne reviens jamais ! Que je ne te revoie plus ! » La mère l’a vraiment mise à la porte. Ce n’était pas la première fois qu’elle renvoyait Nathalie dehors pour une bêtise, mais cette fois, être « enceinte » c’était la punition suprême : qu’elle ne revienne que « quand tout serait réglé ». En larmes, avec une petite valise, Nathalie est allée rejoindre son amoureux, complètement perdu. Il s’avéra que Nizar n’avait même pas annoncé à ses parents que Nathalie était enceinte de lui. La mère de Nizar s’empressa de demander s’il était encore temps de faire quelque chose. Bien sûr que non, le ventre était bien visible déjà. Nathalie, en état de choc, était prête à tout pour qu’on l’aide. Un mois plus tôt, elle rejetait encore catégoriquement l’idée de sa mère, maintenant elle ne ressentait que détresse et angoisse pour l’avenir. — Mon fils n’est pas prêt à être père ! trancha la mère de Nizar. Il est trop jeune, tu risques de lui gâcher la vie. Bien sûr, nous t’aiderons comme nous pourrons. Pour l’instant, j’ai demandé à une amie de t’arranger une place au centre d’hébergement pour jeunes filles enceintes en difficulté, — celles dont personne ne veut. Au centre, Nathalie eut droit à une petite chambre. Elle put enfin souffler, se reposer, se préparer moralement et physiquement à l’accouchement avec l’aide d’un psychologue. Lorsque ce moment arriva, que le tout petit paquet fut posé dans ses bras, Nathalie eut peur, elle paniqua. En se reprenant, elle s’est mise à observer ce petit miracle : sa fille. Noël approchait, mais au lieu d’une bonne nouvelle, Nathalie apprit qu’elle devait trouver une solution : on attendait d’autres filles pour occuper sa place. Avec la petite Ève d’un mois lovée contre elle, Nathalie se retrouvait seule, sans solution, ne sachant comment survivre, où dormir. Sa mère n’avait pas voulu entendre parler d’elle ni de la petite-fille. — Dis donc, ma petite, comme notre réveillon est triste… murmurait Nathalie à sa fille, elle qui aimait tant cette fête. Petite, elle avait l’habitude d’aller chanter de porte en porte, elle connaissait toutes les chansons, c’était l’occasion pour elle de gagner un peu d’argent avec les enfants du quartier. Elle eut très envie de retrouver cet esprit : sortir, chanter, ressentir la féérie de Noël. « Et pourquoi pas ? » pensa-t-elle. « Mon bébé est calme, je l’enroule bien au chaud, je la garde près de moi, et j’y vais, ça me fera du bien. Ceux qui ne m’ouvriront pas la porte, tant pis pour eux. » Le lendemain du réveillon, Nathalie choisit un quartier résidentiel paisible pour ses chants de Noël. Comme elle le pressentait, on lui ouvrit rarement la porte, car la tradition voulait qu’on attende les groupes de garçons. Mais parfois, elle parvenait à entrer, chantait d’une voix sincère, et les hôtes la remerciaient généreusement — argent, friandises, mais surtout une vraie compassion à la vue du bébé. Tous comprenaient que ce n’était pas de gaieté de cœur qu’une jeune maman se lançait dans une telle aventure. Aller de maison en maison n’était pas de tout repos. « Je vais encore aller frapper à cette villa-là, on dirait qu’ils sont riches — peut-être qu’ils feront un joli geste », se dit Nathalie, plus sereine maintenant que la poche replie de quelques billets lui avait redonné espoir. — Permettez-moi de chanter Noël ! lança-t-elle quand le propriétaire ouvrit la porte. Mais l’attitude de l’homme la surprit : il resta fixé sur son visage, puis sur le bébé, pâlit, chancela, s’assit, troublé : — Nadège ? demanda-t-il doucement. — Quoi ? Non, je m’appelle Nathalie… Vous me confondez sûrement avec quelqu’un d’autre. — Nathalie ? Mais tu ressembles tant à ma femme… Et ce bébé… C’est une fille ? — Oui. — Moi aussi, j’avais une fille… Elles sont mortes toutes les deux… accident de voiture. Et justement, il y a quelques jours, j’ai rêvé que ma femme et ma fille revenaient… Et puis vous… Est-ce possible ? — Je… je ne sais pas quoi dire… — Mais entrez donc ! Ne soyez pas gênée, racontez-moi votre histoire s’il vous plaît… D’abord, Nathalie fut inquiète devant cet inconnu au comportement trop émotif. Puis elle décida qu’elle n’avait de toute façon nulle part où aller. Elle entra dans la grande pièce. Au mur, la photo d’une femme et d’une petite fille : la défunte, qui lui ressemblait tant… Alors Nathalie se raconta, tout, en détail, pour la première fois, sans s’interrompre. Enfin, quelqu’un s’intéressait à elle. L’homme écoutait, silencieux, ne perdant pas une miette du récit, jetant parfois un regard attendri sur l’enfant qui dormait et souriait parfois en dormant. Sûrement sentait-elle qu’elle était rentrée à la maison, qui, bientôt, serait la leur…