Qu’est-ce que tu fais ? Où tu vas ? Et qui va préparer le dîner ? — Où tu files comme ça ? Il faut bien que quelqu’un fasse à manger ! — s’inquiéta Paul en voyant ce que faisait Antonine après sa dispute avec sa belle-mère. Antonine jeta un coup d’œil par la fenêtre. Le ciel était gris, bien que le printemps soit déjà entamé. Dans leur petite ville du nord de la France, les journées ensoleillées étaient rares. Peut-être était-ce pour cette raison que les habitants paraissaient souvent maussades et froids. Antonine remarquait elle-même qu’elle ne souriait presque plus, et que la ride persistante sur son front lui donnait dix ans de plus. — Maman ! Je vais me promener, — annonça sa fille, Élodie. — Mhm, — acquiesça Antonine. — C’est tout ? Donne-moi de l’argent. — Les promenades sont payantes maintenant ? — soupira la mère. — Maman ! À quoi bon toutes ces questions ? — s’impatienta sa fille. — Allez, dépêche-toi ! C’est tout ce que tu donnes ? — Ça suffira pour une glace. — Radine, — lâcha Élodie, mais sa mère n’entendit pas, la porte s’étant déjà refermée derrière la jeune fille. Je n’en reviens pas… — pensa Antonine, se rappelant combien Élodie était gentille avant l’adolescence. — Anto, j’ai faim ! Ça va être encore long ?! — grogna Paul, son mari agacé. — Tu t’en occupes, — répondit-elle, posant l’assiette sur la table avec indifférence. — Tu pourrais me l’apporter, non ? Antonine manqua de jeter la casserole. Non mais pour qui il se prend… — Ça se mange à la cuisine, Paul. Tu veux — tu manges, tu veux pas — tant pis, — dit-elle en s’asseyant seule à table. Après une quinzaine de minutes, Paul débarqua. — C’est froid… beurk… — Je l’ai laissé assez longtemps. — Je t’avais demandé ! Aucun amour, aucun soin ! Tu sais bien que je regarde le foot ! — grommela-t-il la bouche pleine de poulet. — Ça n’a pas de goût. Antonine leva les yeux au ciel. Avec le foot, Paul devenait quelqu’un d’autre. Paris, maillots, billets hors de prix… alors qu’il n’avait aucun intérêt pour le sport dans sa jeunesse. Sans s’attarder, il attrapa une canette pour l’ambiance, des chips « du Beffroi » et retourna directement devant la télé. Antonine resta seule dans la cuisine pour faire la vaisselle. Tout ça pour rien. Personne ne s’en rend compte. Elle était épuisée après sa garde comme infirmière en chef à l’hôpital. Les gens venaient avec leurs soucis, déjà irrités, déjà fatigués. Du stress au travail, et à la maison, une deuxième journée commence — servir, débarrasser, laver, ranger. — Il en reste ? — Paul attrapa une nouvelle canette au frigo. — Pourquoi y’en a plus ? — Tu as tout sifflé ! C’est encore à moi d’en racheter ? Aie un peu de conscience, Paul ! — Antonine craqua. — On n’est pas délicats, ici… — ironisa-t-il avant de claquer la porte et filer « refaire le stock » pour le prochain match. Antonine décida d’aller dormir, la journée du lendemain promettait d’être bien remplie. Mais impossible de trouver le sommeil. Elle s’inquiétait pour Élodie : où traînait-elle, avec qui ? Dehors, il faisait déjà nuit et sa fille n’était toujours pas rentrée. Appeler ? Impossible, Élodie hurlait dès qu’on l’appelait. — Maman, tu me fous la honte devant mes amis ! Arrête d’appeler ! — criait Élodie au téléphone. Après ça, Antonine avait renoncé à appeler, se rassurant : sa fille avait tout juste 18 ans. Elle ne voulait ni travailler, ni reprendre ses études, avait passé son bac et décidé de « se trouver ». Elle s’était à peine assoupie qu’elle entendit des cris de joie côté salon. Un but, sans doute. Puis Paul se lança dans un commentaire bruyant avec le voisin, venu regarder le match et qui resta dormir. Plus tard, le voisin amena sa copine, et ils se mirent à « supporter » à trois. Dans la nuit, Élodie rentra, grignota un morceau, puis monta se coucher. A peine tout le monde endormi, le chat hurla, réclamant à manger. — Est-ce que quelqu’un d’autre que moi peut nourrir ce chat dans cette maison ?! — épuisée, en proie à la migraine et à l’insomnie, Antonine sortit de la chambre. Elle aurait voulu qu’on l’entende, mais sa fille était branchée sur sa musique et Paul dormait, la canette à la main devant la télé. « J’en ai ras-le-bol… marre de tout ça ! » — pensa-t-elle. Le lendemain, sa belle-mère l’appela. — Antonine, ma chère, tu te souviens qu’il est temps de planter les légumes ? Il faudrait aller au village… faire un peu de rangement. — Je me souviens, — soupira Antonine. — Alors demain on y va. Antonine passa donc son seul jour de repos à la campagne, sous les ordres de sa belle-mère. — On ne balaie pas comme ça ! Tiens ton balai autrement ! — commandait-elle depuis le banc. — J’ai presque cinquante ans, Vera, je sais me débrouiller, — osa-t-elle répondre. — Et Paul alors… — Où il est, votre Paul ? Pourquoi n’est-il pas venu ? Pourquoi c’est moi qui accompagne sa mère à la ferme ? Pourquoi c’est nous qui avons pris le car pendant trois heures ? Toujours Paul, Paul… — Il est fatigué, lui. — Et moi ? Vous croyez que je ne suis pas fatiguée ? Et là… Antonine regretta d’avoir osé. Vera adorait les remarques bien senties ; sa « justice » était à sens unique et excluait toujours sa belle-fille. Toute sa vie, Vera n’avait chéri que Paul, et Antonine n’était qu’une servante, tout juste tolérée. Elles rentrèrent chacune à un bout du car. Le lendemain, Vera se plaignit auprès de son fils, qui se mit en colère. — Comment as-tu osé parler à ma mère comme ça ?! — gronda Paul. — Si ce n’était pas elle… — Quoi donc ? — bras croisés, lança Antonine. Elle savait qu’elle avait atteint ses limites. — Tu aurais bossé à la clinique, c’est tout ! — sortit la vieille rancœur, rappelant que c’est Vera qui l’avait fait entrer à l’hôpital du département. Le salaire y était meilleur, mais elle y gagnait des cheveux blancs. Plus d’une fois, Antonine avait regretté d’avoir quitté sa petite clinique tranquille à cause de sa belle-mère. — Où tu vas ? Paul resta bouche bée en voyant ce qu’osait faire Antonine. Ce qu’Antonine fit alors, Paul n’aurait jamais pu l’imaginer !

Mais quest-ce que cest encore? Où tu vas? Et qui va préparer le dîner?
Mais où tu files comme ça? Quelquun doit bien cuisiner, non! sinquiéta mon époux en me voyant, après une dispute avec sa mère, attraper mon manteau.
Je lançai un regard à travers la fenêtre. Le ciel noffrait que des nuages lourds, malgré la promesse du printemps. Dans notre petite ville du nord de la France, les jours de soleil étaient une denrée rare, sûrement la raison pour laquelle les gens avaient le visage fermé et lhumeur froide.
Moi-même, je remarquais de plus en plus que je ne souriais plus jamais, et quune ride profonde entre mes sourcils semblait mavoir vieillie de dix ans.
Maman, je vais faire un tour, annonça ma fille, Capucine.
Oui, cest bon, répondis-je dun signe de tête.
«Oui, cest bon», ça veut dire quoi, ça? File-moi de largent.
Depuis quand les promenades sont-elles payantes? soupirai-je.
Maman! Pourquoi tu dois toujours interroger?! Capucine perdit patience. Vite, allez! Cest trop peu!
Ça suffira pour une glace.
Tes vraiment radine, lança-t-elle avant de claquer la porte. Javais à peine entendu sa dernière réplique.
Incroyable pensai-je en me rappelant combien ma petite Capucine était douce, avant dentrer dans cette satanée adolescence.
Manon, jai faim! Cest prêt ou pas?! hurla mon mari, Philippe, depuis le salon, mécontent.
Tas quà manger toi-même, lui répondis-je, lasse, tout en posant une assiette sur la table.
Tu pourrais lapporter, non?
Jai failli balancer la casserole. Mais pour qui me prend-il
On mange dans la cuisine, Philippe. Tu veux, tu prends. Tu veux pas, tant pis. Jallai masseoir seule.
Un quart dheure plus tard, Philippe débarqua à son tour.
Froid berk
Il fallait arriver plus tôt.
Je tavais demandé! Aucun amour, aucune attention! Tu sais bien que je suis le match! Il engouffra le poulet, pressé, les yeux vers la télé. Pas bon.
Je roulai les yeux. Dès quil sagissait de foot, Philippe devenait un autre homme. Les paris, les maillots, les billets hors de prix alors quavant, jamais il naurait regardé un match.
Sans même finir, Philippe attrapa une canette bien fraîche, un paquet de chips «Saveur du Terroir», et quitta la cuisine. Jétais à nouveau seule parmi les assiettes sales.
Jai envie de pleurer. Personne ne se rend compte de mes efforts.
Jétais épuisée. Infirmière cadre à lhôpital, mon quotidien, cétait la détresse, les malades, les récriminations. Du stress au boulot et, à la maison, rebelote: une deuxième journée, donner, débarrasser, laver, ranger.
Y en a encore? Philippe ouvrait le frigo pour prendre une autre canette. Pourquoi yen a plus?
Tas tout sifflé, cest pas à moi den racheter! Tu pourrais faire un effort, Philippe! Ma patience touchait à sa fin.
Quest-ce quon est délicats, aujourdhui railla Philippe, avant de claquer la porte, décidé à filer au Carrefour pour refaire ses «provisions stratégiques» pour le prochain match.
Je choisis de filer au lit, car le lendemain sannonçait chargé. Mais impossible de dormir. Je me faisais du souci pour Capucine, à traîner dehors, qui elle fréquentait Il faisait déjà nuit, et elle nétait pas rentrée. Je nosais pas lappeler; sinon elle hurlait.
Tu me fiches la honte devant mes potes, arrête de mappeler! rouspétait-elle. Alors, javais arrêté de lappeler, me répétant que, finalement, elle avait soufflé ses dix-huit bougies. Ni envie de bosser, ni détudier: elle avait fini le lycée et décidé de «se chercher».
Je dus massoupir, parce que je fus réveillée par les cris de joie de Philippe. Comme si quelquun venait de marquer un but. Puis il commença à débriefer le match à tue-tête avec le voisin, venu squatter devant notre télé et qui, bien sûr, resta pour la soirée. Le voisin ramena même sa copine, et voilà quils «supportèrent» léquipe tous ensemble jusquà pas dheure. Capucine rentra nuitamment, fit cliqueter les assiettes, puis fila se coucher. Quand enfin tout se calma et que le sommeil me gagna ce fut le chat, Moustique, qui miaula pour réclamer à manger.
Est-ce quil y a une seule personne dans cette maison, à part moi, qui sache nourrir ce chat?! furieuse, accablée par la migraine et linsomnie, je quittai la chambre. Jespérais être entendue, mais Capucine était dans son monde, casque sur les oreilles, me jetant un regard exaspéré. Philippe dormait lourdement devant la télé, une canette à la main.
Jen pouvais plus vraiment, jen pouvais plus!
Le lendemain matin, cest ma belle-mère, Claire, qui mappela.
Manon, ma chère, tu noublies pas quil est temps de planter les légumes? Et faudrait aussi passer à la maison de campagne pour ranger un peu.
Oui, maman, je sais, soupirai-je.
Parfait. Alors, on y va demain.
Mon seul jour de repos, je lai passé à suer sur le terrain de la belle-mère, sous ses ordres.
Tu balaies très mal, il faut tenir le balai autrement, commandait-elle, assise sur son banc.
Jai bientôt cinquante ans, Claire, je sais men sortir, osai-je répondre, lasse.
Et Philippe?
Où il est, «votre Philippe»? Pourquoi il na pas conduit sa mère à la campagne? Pourquoi nous avons pris le bus trois heures pour venir, pendant que vous ne parlez que de Philippe, Philippe
Il est fatigué.
Parce que moi, ça va, je suis jamais fatiguée?
Et là, la dispute éclata Si javais pu me retenir! Claire, elle, adorait les principes: mais cétait toujours dans un seul sens, jamais le mien. Elle chérissait Philippe, et je restais la servante tolérée par politesse.
On rentra chacune à une extrémité de lautocar. Et le lendemain, Claire na pas manqué de se plaindre à son fils qui, furieux, a explosé:
Comment tas osé répondre à ma mère?! gronda Philippe. Sans elle
Quoi? les bras croisés sur la poitrine, je restai inflexible. Javais compris que je ne supporterais plus cet esclavage.
Si elle navait pas été là, tu travaillerais encore au centre santé du coin! lança-t-il, espérant marquer des points, me rappelant que Claire mavait pistonnée pour ce poste à lhôpital départemental. Certes, le salaire était meilleur mais au prix de mes tempes blanchies et de mes nerfs brisés. Parfois, j’avais regretté davoir écouté ma belle-mère et davoir quitté la petite clinique pour lhôpital.
Philippe ne sattendait pas à ce qui allait arriver
Jai compris ces jours-là quon ne doit pas se laisser enfouir dans un quotidien qui ne nous ressemble plus, que prendre soin de soi, ce nest pas de légoïsme mais de la survie. La gentillesse a des limites, même en famille.

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Qu’est-ce que tu fais ? Où tu vas ? Et qui va préparer le dîner ? — Où tu files comme ça ? Il faut bien que quelqu’un fasse à manger ! — s’inquiéta Paul en voyant ce que faisait Antonine après sa dispute avec sa belle-mère. Antonine jeta un coup d’œil par la fenêtre. Le ciel était gris, bien que le printemps soit déjà entamé. Dans leur petite ville du nord de la France, les journées ensoleillées étaient rares. Peut-être était-ce pour cette raison que les habitants paraissaient souvent maussades et froids. Antonine remarquait elle-même qu’elle ne souriait presque plus, et que la ride persistante sur son front lui donnait dix ans de plus. — Maman ! Je vais me promener, — annonça sa fille, Élodie. — Mhm, — acquiesça Antonine. — C’est tout ? Donne-moi de l’argent. — Les promenades sont payantes maintenant ? — soupira la mère. — Maman ! À quoi bon toutes ces questions ? — s’impatienta sa fille. — Allez, dépêche-toi ! C’est tout ce que tu donnes ? — Ça suffira pour une glace. — Radine, — lâcha Élodie, mais sa mère n’entendit pas, la porte s’étant déjà refermée derrière la jeune fille. Je n’en reviens pas… — pensa Antonine, se rappelant combien Élodie était gentille avant l’adolescence. — Anto, j’ai faim ! Ça va être encore long ?! — grogna Paul, son mari agacé. — Tu t’en occupes, — répondit-elle, posant l’assiette sur la table avec indifférence. — Tu pourrais me l’apporter, non ? Antonine manqua de jeter la casserole. Non mais pour qui il se prend… — Ça se mange à la cuisine, Paul. Tu veux — tu manges, tu veux pas — tant pis, — dit-elle en s’asseyant seule à table. Après une quinzaine de minutes, Paul débarqua. — C’est froid… beurk… — Je l’ai laissé assez longtemps. — Je t’avais demandé ! Aucun amour, aucun soin ! Tu sais bien que je regarde le foot ! — grommela-t-il la bouche pleine de poulet. — Ça n’a pas de goût. Antonine leva les yeux au ciel. Avec le foot, Paul devenait quelqu’un d’autre. Paris, maillots, billets hors de prix… alors qu’il n’avait aucun intérêt pour le sport dans sa jeunesse. Sans s’attarder, il attrapa une canette pour l’ambiance, des chips « du Beffroi » et retourna directement devant la télé. Antonine resta seule dans la cuisine pour faire la vaisselle. Tout ça pour rien. Personne ne s’en rend compte. Elle était épuisée après sa garde comme infirmière en chef à l’hôpital. Les gens venaient avec leurs soucis, déjà irrités, déjà fatigués. Du stress au travail, et à la maison, une deuxième journée commence — servir, débarrasser, laver, ranger. — Il en reste ? — Paul attrapa une nouvelle canette au frigo. — Pourquoi y’en a plus ? — Tu as tout sifflé ! C’est encore à moi d’en racheter ? Aie un peu de conscience, Paul ! — Antonine craqua. — On n’est pas délicats, ici… — ironisa-t-il avant de claquer la porte et filer « refaire le stock » pour le prochain match. Antonine décida d’aller dormir, la journée du lendemain promettait d’être bien remplie. Mais impossible de trouver le sommeil. Elle s’inquiétait pour Élodie : où traînait-elle, avec qui ? Dehors, il faisait déjà nuit et sa fille n’était toujours pas rentrée. Appeler ? Impossible, Élodie hurlait dès qu’on l’appelait. — Maman, tu me fous la honte devant mes amis ! Arrête d’appeler ! — criait Élodie au téléphone. Après ça, Antonine avait renoncé à appeler, se rassurant : sa fille avait tout juste 18 ans. Elle ne voulait ni travailler, ni reprendre ses études, avait passé son bac et décidé de « se trouver ». Elle s’était à peine assoupie qu’elle entendit des cris de joie côté salon. Un but, sans doute. Puis Paul se lança dans un commentaire bruyant avec le voisin, venu regarder le match et qui resta dormir. Plus tard, le voisin amena sa copine, et ils se mirent à « supporter » à trois. Dans la nuit, Élodie rentra, grignota un morceau, puis monta se coucher. A peine tout le monde endormi, le chat hurla, réclamant à manger. — Est-ce que quelqu’un d’autre que moi peut nourrir ce chat dans cette maison ?! — épuisée, en proie à la migraine et à l’insomnie, Antonine sortit de la chambre. Elle aurait voulu qu’on l’entende, mais sa fille était branchée sur sa musique et Paul dormait, la canette à la main devant la télé. « J’en ai ras-le-bol… marre de tout ça ! » — pensa-t-elle. Le lendemain, sa belle-mère l’appela. — Antonine, ma chère, tu te souviens qu’il est temps de planter les légumes ? Il faudrait aller au village… faire un peu de rangement. — Je me souviens, — soupira Antonine. — Alors demain on y va. Antonine passa donc son seul jour de repos à la campagne, sous les ordres de sa belle-mère. — On ne balaie pas comme ça ! Tiens ton balai autrement ! — commandait-elle depuis le banc. — J’ai presque cinquante ans, Vera, je sais me débrouiller, — osa-t-elle répondre. — Et Paul alors… — Où il est, votre Paul ? Pourquoi n’est-il pas venu ? Pourquoi c’est moi qui accompagne sa mère à la ferme ? Pourquoi c’est nous qui avons pris le car pendant trois heures ? Toujours Paul, Paul… — Il est fatigué, lui. — Et moi ? Vous croyez que je ne suis pas fatiguée ? Et là… Antonine regretta d’avoir osé. Vera adorait les remarques bien senties ; sa « justice » était à sens unique et excluait toujours sa belle-fille. Toute sa vie, Vera n’avait chéri que Paul, et Antonine n’était qu’une servante, tout juste tolérée. Elles rentrèrent chacune à un bout du car. Le lendemain, Vera se plaignit auprès de son fils, qui se mit en colère. — Comment as-tu osé parler à ma mère comme ça ?! — gronda Paul. — Si ce n’était pas elle… — Quoi donc ? — bras croisés, lança Antonine. Elle savait qu’elle avait atteint ses limites. — Tu aurais bossé à la clinique, c’est tout ! — sortit la vieille rancœur, rappelant que c’est Vera qui l’avait fait entrer à l’hôpital du département. Le salaire y était meilleur, mais elle y gagnait des cheveux blancs. Plus d’une fois, Antonine avait regretté d’avoir quitté sa petite clinique tranquille à cause de sa belle-mère. — Où tu vas ? Paul resta bouche bée en voyant ce qu’osait faire Antonine. Ce qu’Antonine fit alors, Paul n’aurait jamais pu l’imaginer !
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