La Petite-Fille.

Je vous raconte lhistoire dOcéane, petite fille que sa mère, Jeanne, na jamais vraiment voulue. Dès le premier jour, Jeanne la traitait comme un meuble de plus dans son appartement, un objet sans valeur ni sentiment. Les disputes avec le père, Romain, senchaînaient sans cesse ; quand celuici a quitté Jeanne pour sa nouvelle épouse légitime, elle a perdu la raison.

« Il est parti, nestce pas ? Alors il na jamais eu lintention de me laisser aucune charge! Vous avez vidé mon sang, il ma menti! Et maintenant il abandonne son enfant? Je la jetterai à la fenêtre ou je la déposerai à la gare parmi les clochards! » sest écriée Jeanne, le téléphone collé à loreille, les yeux rouges.

Océane, les oreilles bouchées, éclata en sanglots silencieux, absorbant la haine de sa mère comme une éponge. Au bout du fil, Romain, son père, rétorqua froidement: « Peu importe ce que tu feras de ta fille, je doute même quelle soit la mienne. Adieu. »

Folle, Jeanne jeta les vêtements dOcéane dans une valise, y glissa les papiers didentité, attrapa la fillette de cinq ans et la fit monter dans un taxi. « Je vais lui montrer! Je leur montrerai tous! » tournoyait dans sa tête. Dune voix hautaine, elle donna ladresse au chauffeur, espérant le déposer chez la mère de Romain, Nicole, qui vivait à la campagne.

Le taxi nappréciait guère lattitude hautaine de la jeune femme qui hurlait chaque fois quon lui posait une question. Au bout de quelques minutes, Océane, les épaules affaissées, demanda: « Maman, je veux aller aux toilettes. » Jeanne, au lieu de répondre, linsulta tellement fort que le chauffeur trembla, les poings serrés, comme sil avait déjà une petitefille de son côté, du même âge, quil aurait pu balayer dun revers de main.

« Tiens bon! Tu nes pas une bête de somme! » hurla Jeanne, se tournant vers la fenêtre, les narines gonflées de colère. « Doucement, ma douce. Sinon je te laisse ici et jappelle les services sociaux. »

Romain, qui avait les dents crispées, pensa quil valait mieux ne pas sen mêler, même sil éprouvait une pointe de pitié pour la petite. Après une heure et demie de route, ils arrivèrent à destination. Jeanne se retourna, entendit le taxi accélérer brutalement.

« Tu vas devoir marcher, serpent! » sécria le chauffeur depuis lintérieur. Océane, furieuse, attrapa la main de sa mère et, dun pas rapide, poussa la porte du jardin, criant: « Prends ce que tu veux de ma fille, faisen ce que tu veux! Elle ne mappartient plus! » Sa voix, rauque comme un chien en colère, résonna dans le petit vestibule.

Nicole, la grandmère, resta pantoise, les yeux humides. « Maman! Ne partez pas! » sanglota la fillette, les petites mains sales couvrant son visage. Elle courut après Jeanne, qui venait de sortir sur le trottoir.

« Laissemoi! Va chez ta grandmère! » cria Jeanne, tirant le bord de sa jupe à carreaux. Les voisins curieux se pressèrent aux fenêtres. Nicole, le cœur battant, rattrapa Océane au vol, la berçant comme une petite fraise mûre.

« Viens, ma chère! Viens, mon petit rayon de soleil. » La voix de Nicole était tremblante de gratitude, car elle ne savait rien de la petite, mais laimait déjà comme son propre fils, Romain, qui ne venait que rarement à la campagne.

« Je ne te ferai de mal, naie pas peur. Tu veux des crêpes? Jai même du beurre. » lui murmura Nicole, en la guidant vers la maison.

À la porte, Nicole vit le taxi de Jeanne séloigner, ne laissant derrière elle que des nuages de poussière. Plus jamais elles nentendirent parler de Jeanne. Nicole accueillit Océane comme une bénédiction divine, ne doutant pas un instant quelle était sa propre petitefille. Elle la chérissait, la nourrissait, laidait à mettre ses premiers pas sur le chemin de lécole.

Les années passèrent comme un éclair. Océane devint une jeune femme belle, douce, intelligente et avide de connaissances. Elle rêvait dentrer à la faculté de médecine, mais, pour linstant, la seule voie qui soffrait à elle était le lycée. Elle se lamentait parfois: « Dommage que mon père ne veuille pas me reconnaître», en serrant Nicole contre elle sur la terrasse, regardant le coucher du soleil.

Nicole, les mains tremblantes, caressait les cheveux soyeux dOcéane. Son fils, Romain, refusait catégoriquement de jouer le rôle de père. Il vivait désormais avec sa première épouse et leur fils, quil chérissait plus que tout. Quant à Océane, il la traitait de « petite ratée », la méprisant à chaque visite.

« Tu nes quune sale brute! », lança Nicole un jour à Romain, « tu ne fais que quémander de largent pour ta retraite, alors que tu travailles et que ta femme gagne aussi! Pars, Romain! Ne reviens plus jamais! »

Furieux, Romain rétorqua dune voix menaçante: « Tu vas mourir, et je nirai même pas à tes funérailles! » Il jeta son fils Vasile, qui harcelait Océane près de la maison, dans la voiture et sen alla, le regard empli de haine. Il ne revint plus jamais.

« Que le ciel le juge, ma petite», murmura Nicole, avant daller se faire un thé. « Demain, tu recevras ton diplôme. »

Lété ségrena entre le potager et les préparatifs du départ dOcéane pour la ville afin détudier. « On ne pourra pas tout faire nouselles. Je demanderai à Vito, le voisin, de nous conduire à la résidence universitaire. » Nicole, se sentant plus frêle que jamais, voulait régler les dernières affaires avant que le temps ne senvole.

Au seuil du dortoir, Océane serra Nicole dans ses bras. « Tu es ma joie, apprends, cest le plus important. Plus tard, tu devras compter sur toi-même. Moi, je suis déjà vieille, je nai plus beaucoup de temps » Elle retenait les larmes, tandis que Nicole la rassurait: « Ne dis pas ça, ma chère! Tu es en pleine forme! »

Après la remise du diplôme, Océane se marra à son camarade de classe, Sasha, un jeune homme studieux qui envisageait aussi la médecine. Les deux, tous deux vingt ans, se marièrent modestement dans un petit restaurant du quartier, avec seulement Nicole comme invitée.

« Tu nes pas seulement ma petitemère, tu es aussi mon père et ma mère à la fois. Tous ces ans, tu mas donné chaleur et amour, tu mas nourrie, habillée, élevée. Tu mas offert un vrai foyer, un foyer chaleureux. Je taime, maman! Merci pour tout! » sanglota Océane, les yeux remplis démotion, sagenouillant contre Nicole.

Les convives, touchés, pleurèrent avec la mariée. « Lèvetoi, ma petite, » chuchota Nicole, rougissante mais fière. Sasha, enjoué, linterrompit: « Ne vous inquiétez pas, Madame, vous êtes désormais la matriarche de notre grande famille! Bienvenue! »

Les toasts fûrent nombreux, célébrant le bonheur des jeunes mariés et la santé de Nicole, qui avait élevé une fille exceptionnelle. Quelques mois plus tard, la vieille dame séteignit paisiblement dans son sommeil, comme elle lavait prédit, après avoir accompli son devoir.

Quelques semaines après, Romain revint avec toute sa famille, exigeant que la maison leur soit rendue. « Libérezla! » cria-til, « tant que ma mère était en vie, vous pouviez y rester, mais maintenant, partez. » Océane, désemparée, vit le visage dédaigneux de Romain, sa femme quelle ne connaissait pas, et son frère mâchant du chewinggum, scrutant la demeure.

Sasha, revenu du magasin, déposa calmement ses courses sur la table et déclara: « Je suis le mari dOcéane, qui êtesvous? Je ne vous reconnais pas. » Romain, rouge de rage, rétorqua: « Sortez dici! » mais Sasha, imperturbable, répliqua: « Sur quelle base utilisezvous ce ton désagréable? Sur quel droit êtesvous ici? Océane possède le titre de propriétaire, vous avez la donation à nous montrer! »

Romain, balbutiant, chercha la donation. La femme de Romain, furieuse, lincita à porter laffaire en justice. « Je ne laisserai pas faire, je prouverai que tu nes pas ma fille ni ma petitefille! » cria-til, les poings serrés. « Prépare tes valises, petite ratée, on va texpulser! »

Le cœur brisé, Océane seffondra, se couvrant le visage de ses mains, pleurant ce que son père navait jamais fait pour elle, même pas un bonbon denfance. Sasha la prit dans ses bras, déterminé: « Demain, on mettra une annonce pour vendre la maison. Ainsi, ils ne pourront plus tharceler. »

Ils vendirent rapidement la vieille demeure à des acheteurs aisés, désireux dacquérir une maison de campagne entourée darbres fruitiers, dun grand jardin et dun pavillon de vigne. Le nouveau propriétaire ne négocia même pas le prix.

Océane et Sasha achetèrent un petit appartement au centre de la ville, où ils attendirent avec impatience larrivée de leur premier enfant. Chaque nuit, Océane fermait les yeux en remerciant sa grandmère: « Merci, ma chère, tu mas donné la vie. »

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La Petite-Fille.
Surprise dans un café : cette fois, mon mari n’y échappera pas — J’ai engagé une procédure de divorce, annonça Varvara sans émotion une semaine après l’incident. — Pardon ?! s’étrangla Guillaume. Mais tout va bien entre nous ! Je fais tout ce que tu veux… — Je ne t’aime plus, et je n’arrive pas à te pardonner, répondit Varvara, toujours aussi calme. Partager la même pièce que toi, c’est devenu une torture. Varvara n’avait jamais envisagé le mariage à 20 ans — pour elle, la priorité était aux études, mais Guillaume se montrait si attentionné, galant, patient… Deux années à la courtiser avec élégance, jusqu’à charmer sa future belle-mère… — Ma fille, tu serais bête de laisser passer un garçon comme lui, répétait sa mère à chaque fois que Guillaume réparait quelque chose à la maison ou leur offrait des fleurs. Varvara ne céda qu’en se rendant compte qu’elle ne pouvait plus se passer de ce garçon, à l’allure ordinaire mais si prévenant et affectueux. Pendant 14 ans, ils vécurent heureux : leur propre appartement, une belle voiture, des vacances sur la Côte d’Azur. Jamais une vraie dispute. — C’est d’un ennui… s’exclamait Oxana, la meilleure amie de Varvara, mariée à un Italien passionné. Comment peut-on vivre sans amour, sans feu d’artifice ? — On s’aime, on se fait confiance, et on avance main dans la main, répliquait Varvara calmement. L’amour n’est pas toujours synonyme de drames et de cris. Varvara et Guillaume avaient les mêmes goûts : films, plats, escapades. À une exception près : avoir un enfant. Varvara en rêvait, mais ne pouvait pas accoucher. Deux FIV ratés, et pour la première fois, Guillaume s’emporta : — Varvara, arrête, tu vas y laisser ta santé ! Beaucoup vivent sans enfant, tu veux qu’on soit malheureux ? — J’ai envie d’être maman, toi ça ne te fait rien d’être papa ? sanglotait-elle. — Pas au prix de ta santé ! Et je ne veux pas adopter, disait-il catégoriquement. Plutôt une mère porteuse, alors. Mais ils n’avaient pas les moyens. Comptable dans une PME pour elle, technicien pour lui, leurs économies étaient maigres, et Guillaume ne voulait rien sacrifier. Un jour, son amie Camille, sage-femme à l’hôpital, l’appela : « On a un bébé abandonné, un petit garçon en pleine forme. Sa mère n’est pas marginale, juste irresponsable. » C’était leur chance ! Varvara se précipita à la maison pour convaincre Guillaume. En coupant par le parc, elle vit Guillaume se diriger vers leur café préféré. Elle pensa à une surprise… mais il marchait bras dessus, bras dessous avec une jeune femme qu’il embrassa tendrement en riant avant d’entrer ensemble au café. Varvara, sous le choc, s’installa à la table d’à côté pour écouter. Les conversations des deux amants étaient explicites, Guillaume riait de celle qui ne découvrirait jamais sa double vie. Varvara sortit abasourdie et erra longtemps avant de décrocher au téléphone de Camille. — Guillaume me trompe, lâcha-t-elle, encore incrédule. — Ma pauvre… tout le monde est au courant, répondit Camille. Mais au moins il t’aime, non ? Après des heures à pleurer, Varvara rentra et déclara la vérité à Guillaume, qui nia en bloc puis supplia, promettant de tout faire pour être pardonné. — Dans ce cas, on adopte ce petit garçon, dit-elle froidement. Et après, on verra. Guillaume activa des contacts pour accélérer la procédure : ils devinrent parents d’Artur six mois plus tard. Mais Varvara ne lui faisait plus confiance. Une semaine après l’adoption, elle posa la demande de divorce. Guillaume, déstabilisé, la supplia encore, jusqu’à ce qu’elle lui annonce froidement qu’Artur serait désormais son unique priorité. — Très bien. Sache juste qu’Artur est mon fils biologique, souffla Guillaume, stupéfait lui-même. C’est mon ancienne maîtresse qui l’a laissé à la maternité. — Je comprends, répondit Varvara, mais cela ne change rien. Quitte l’appartement et n’ignore pas la convocation du tribunal. Depuis, Guillaume revoit son fils le week-end, et malgré tout, il garde espoir.