« Laissons-la ici, qu’elle meure seule ! » – ont-ils lancé en abandonnant la grand-mère dans la neige, sans savoir que le destin allait bientôt se retourner contre eux.

« Laissons-la ici, quelle sen sorte toute seule ! » disaient-ils en abandonnant la vieille femme dans la neige.
« Quelle meure ici, toute seule ! » murmuraient-ils, jetant la grand-mère sur le tas de neige. Ces mécréants nimaginaient pas que le retour de bâton ne tarderait pas.
Gabrielle Dubois, autrefois, rentrait lentement vers lentrée de son immeuble. Autour dun banc, des dames dun certain âge discutaient du tout nouveau véhicule garé près de la porte.
À qui appartient-il ? demanda Gabrielle.
Mystère pour nous ! répondit lune delles. Peut-être à Léonore. Des voitures aussi chères narrivent pas chez nos anciens.
Nous, on ne voit que les ambulances ! ajouta une autre, provoquant quelques rires.
Elles continuèrent un moment à commenter la mairie et à échanger des ragots. Cest alors que Léonore, celle dont la voiture de luxe semblait provenir, passa sans prêter attention aux bavardages ni au véhicule sérieusement garé sur la pelouse. Gabrielle, quant à elle, pressa le pas pour rentrer chez elle.
À peine avait-elle ouvert la porte de limmeuble quun homme savança vers elle.
Gabrielle Dubois ? Vous vous souvenez de moi ? Nous avons parlé il y a quelques jours. Je suis votre parent.
Oh, Pierre ! sexclama-t-elle en le reconnaissant. Pourquoi ne pas mavoir prévenue de ta venue ? La voiture qui envahit mes rosiers, cest la tienne ?
Oui, cest bien la mienne.
File alors la mettre ailleurs avant que mes voisines ne hurlent ! Quel toupet de stationner sur mes fleurs !
Pierre fila repositionner son automobile tandis que Gabrielle posait la bouilloire sur le feu pour préparer du thé. Il était temps pour elle de vendre son appartement, et elle ne voulait pas laisser à ses voisins une pelouse dévastée.
Dans le temps, son oncle passait souvent la voir, accompagné de son fils. Puis, au fil des ans, la famille sétait perdue de vue. Mais voici que le fils revenait, sans prévenir. Quelque chose, cependant, mettait Gabrielle mal à laise chez ce jeune homme : il fumait beaucoup, ses dents déjà jaunies. Néanmoins, elle se réjouissait quil soit venu, car elle ne souhaitait pas confier la vente de son bien à une agence immobilière. Elle préférait récompenser son neveu, mais ce dernier refusa tout paiement.
Gabrielle, veuve et sans enfants, rêvait de sinstaller plus proche de la nature. À la campagne, elle comptait cultiver son propre potager le temps quil lui restait de vigueur. Quand lautomne arriva, un acheteur se présenta pour lappartement.
Lhiver est à nos portes. Attends le printemps pour vendre, dit Gabrielle en repoussant lachat dune maison.
Mais au printemps, les maisons seront plus chères ! protesta Pierre. En plus, avec le froid, tu vérifieras mieux le chauffage. Et si lacheteur* se retire ?
Je nai pas encore choisi de maison Où irai-je dormir ? On vendra quand on aura trouvé, soupira Gabrielle.
Pierre ne fit pas dhistoires et se mit rapidement en quête dun toit pour sa tante. Après avoir trouvé quelques maisons adéquates, ils se rendirent au village. Gabrielle visita mais fut déçue : tout demandait de gros travaux. Pourtant, la somme obtenue de la vente suffirait à couvrir achat et rénovation.
Pierre, qui connaissait un peu le bâtiment, calcula pour elle le budget matériaux et main-dœuvre, promettant son aide.
Mais la vieille dame hésitait :
Lhiver approche. Je ne veux pas débuter des travaux maintenant. Jaimerais poser mes valises et vivre normalement.
Je vous aiderai, promit Pierre, enthousiaste.
Gabrielle restait pourtant gênée par le zèle de Pierre à vouloir liquider lappartement et lui acheter vite fait nimporte quelle masure. Elle pensa quil ny gagnait rien et lui fut reconnaissante de soccuper de tout cela. Elle fixa alors la date de signature chez le notaire.
Le jour venu, lacheteur et le clerc étaient ponctuels. Pierre prépara du thé pour tout le monde. Vendre son logement serra le cœur de Gabrielle : elle y avait vécu toute sa vie ! Mais il était trop tard pour reculer. Les caisses étaient prêtes, toute la transaction lancée.
Voilà, il va falloir emménager dans la nouvelle maison ! annonça Pierre joyeusement, la signature à peine effectuée.
Tu crois vraiment quil faut y aller tout de suite ? Je nai même pas vidé le buffet ! fit Gabrielle, mais son neveu insista sous prétexte que lacheteur navait nulle part où passer la nuit.
Bon, très bien, ce sera pour aujourdhui alors Laisse-moi attraper mes faïences, céda-t-elle.
Ils embarquèrent tout dans un camion. Gabrielle, fatiguée, sentit le sommeil tomber et finit par sendormir. De temps à autre, une brève conscience lui montrait la route à travers la vitre, ou les voix confuses des hommes
Madame, mentendez-vous ? semblait demander Pierre, de loin. Elle navait pas la force de répondre.
Laissons-la ici, fit-elle à peine, recouvrant la conscience. Tout était flou. Ils la déposèrent sans ménagement dans lépaisse neige.
Elle mourra seule, ajouta Pierre.
Gabrielle crut comprendre que son neveu lavait flouée. Il avait dû glisser quelque chose dans sa tasse Fatiguée, elle ferma les yeux, résignée à la mort.
Or, à ce moment, une jeune femme assistait à la scène. En passant en voiture, elle avait remarqué le véhicule arrêté sur la route, et, pensant que le conducteur avait besoin d’aide, sétait arrêtée un peu en retrait. Elle vit alors deux hommes porter un « paquet » dans la forêt, sous un épais rideau de neige. Troublée, elle éteignit ses phares, prit soin de noter la plaque, et attendit que les inconnus repartent avant daller voir. Là, elle découvrit Gabrielle, tâtant son pouls : elle était vivante, bien quinconsciente. La jeune femme appela aussitôt son mari et linforma de la situation.
Lorsque celui-ci arriva, ils hissèrent ensemble la pauvre femme dans leur voiture. Sur la route, Gabrielle rouvrit les yeux.
Où suis-je ?
Nous vous avons trouvée, expliqua Lucie, la jeune femme. Vous rappelez-vous comment vous vous êtes retrouvée dans la neige ?
Oui Je me souviens. Mon neveu et moi avions vendu lappartement, puis bu du thé. Il a mis quelque chose dedans, puis, sur la route du village, ils mont abandonnée dans la neige.
Laissez-moi soigner un peu vos mains, proposa Lucie, sortant un onguent.
Cest plus doux dêtre près de vous Je crois que jaurais disparu cette nuit, avoua Gabrielle, lui souriant faiblement.
Par la suite, la famille de Lucie et Gabrielle signalèrent les faits aux gendarmes ; une enquête fut lancée pour abus de faiblesse. Lucie offrit à Gabrielle de rester chez eux le temps de régler la situation et de retrouver un toit.
Quelques semaines plus tard, Gabrielle récupéra son appartement, Pierre et son complice se retrouvèrent en prison pour escroquerie. Au printemps suivant, Gabrielle vendit finalement son bien comme elle l’avait toujours souhaité et acheta une maison chaleureuse à la campagne, qui ne nécessitait aucune rénovation. Bientôt, elle put s’adonner à son jardin comme dans ses rêves. Durant lété, elle invita Lucie et son époux, et jamais elle noublia la générosité de cette famille.
Cétait il y a bien longtemps, mais le souvenir reste, celui dune bonté inattendue venue sauver une âme perdue, une froide nuit dhiver.

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« Laissons-la ici, qu’elle meure seule ! » – ont-ils lancé en abandonnant la grand-mère dans la neige, sans savoir que le destin allait bientôt se retourner contre eux.
J’ai aimé un autre, mais j’ai un enfant et une terrifiante vérité que je redoute d’avouer…