Lors de sa pause, Judita s’arrête dans son café préféré, découvre son mari avec une autre femme et décide de leur donner à tous les deux une bonne leçon.

Journal de Camille, 16h37
Quelle après-midi étrange ! Jétais sortie du bureau pour souffler un peu, exaspérée par la montagne de dossiers que mon chef voulait urgemment pour ce soir. Franchement, il aurait pu attendre demain Après une matinée aussi stressante, jai filé vers mon café préféré du Marais, déjà en train dimaginer la fraîcheur de leur salade niçoise et larôme du café qui me mettrait du baume au cœur.
En entrant, jai remarqué que la salle était presque vide, ce qui était parfait : paix, silence et salade. Mais alors que je mapprochais de ma place habituelle, je suis restée pétrifiée. Là, à deux tables de la vitrine, se tenait Hugo, mon mari, visiblement très complice avec une grande blonde élégante. Toute en allure, tailleur crème ajusté, bijoux étincelants et brushing irréprochable. Ils riaient, elle posait sa main sur la sienne, et Hugo, lui, penché vers elle, murmurait quelque chose à son oreille.
Mon cœur sest figé. Il ma fallu une seconde pour ne pas foncer droit sur eux, crier, faire une scène dramatique comme dans les films. Mais non. Trop facile, trop attendu. Je me suis assise à lautre bout de la salle, assez loin mais parfaitement dans leur champ de vision. Jai commandé ma salade et mon café, mais lenvie de manger avait disparu. Nerveusement, jai pris mon téléphone et appelé le portable dHugo. Je lai vu sursauter lorsquil a vu mon nom safficher, puis couper discrètement la sonnerie. Intéressant De quoi pouvaient-ils parler daussi secret ?
Je les ai observés, tentant de rassembler mes pensées malgré le tumulte intérieur. Tous nos souvenirs défilaient : rencontre à la fête de la musique, les balades en bord de Seine, les premiers « je taime » balbutiés sous les lampadaires parisiens Et maintenant ? Juste un mensonge de plus ?
Je commençais à douter de tout, tentant de me convaincre quelle nétait quune collègue un peu trop proche. On voit de ces femmes au bureau, parfaites, sûres delles, qui prennent toute la place Pourtant, mon instinct me hurlait autre chose.
Et puis, le destin ma soufflé une idée. Un homme, la trentaine élégante avec une barbe de trois jours, est passé près de ma table, cherchant une place. Dun geste, je lai interpellé.
« Monsieur, excusez-moi, ça risque de paraître étrange Je pourrais vous demander un service un peu fou ? »
Il ma regardée, amusé. Je lui ai expliqué la situation en pointant discrètement vers Hugo.
« Ce type, là-bas, cest mon mari. Je crois quil me trompe. Vous accepteriez de jouer mon amoureux juste quelques minutes ? »
Il a souri, acceptant le jeu avec lenthousiasme de ceux à qui la vie réserve souvent des surprises. Il sappelait Antoine.
Nous avons entamé une conversation animée, riant ostensiblement, me penchant vers lui comme pour lui confier un secret. De temps à autre, je jetais un regard vers Hugo : il ne semblait plus aussi détendu. Il jetait des œillades vers nous, sa bouche crispée. Sa blonde, elle, perlait moins de rires cristallins.
Me sentant grandie par la situation, jai saisi la main dAntoine, doucement. Il la serrée, parfaitement complice. Hugo, lui, a blêmi. Sa voisine sest raidi. Latmosphère avait changé.
Antoine, à voix basse, ma soufflé : « Je crois quon a gagné. Prête à sortir sous ses yeux ? »
Jai acquiescé. Nous sommes passés devant Hugo et sa jolie inconnue. Je me suis arrêtée, sourire angélique aux lèvres.
« Oh, bonjour, mon chéri ! Quelle surprise de te croiser ici. Et qui est donc ta charmante amie ? »
Hugo sest empourpré, cherchant les mots. « Cécile est une collègue du bureau. »
La blonde, surprise, a haussé un sourcil. « Une collègue, vraiment ? »
Jai pris un ton léger, faussement attendri. « Cest amusant, je te croyais en réunion avec un fournisseur cet après-midi. »
Face à nous, ses traits se sont durcis. Il a murmuré plus bas, rouge de colère : « Camille, quest-ce que tu fais ? Qui est ce type ? »
Jai haussé les épaules. « Et toi, tu ne mexpliques rien ? Tu caches qui tu es à ta collègue, là ? »
La blonde sest figée. « Tu es marié ? » a-t-elle lâché froidement. Avant même quHugo puisse répondre, elle a ramassé son sac et quitté la salle.
Hugo, furieux, a lancé sèchement : « Bravo, tu es fière de ton petit numéro ? Cétait une cliente importante ! Tu viens de gâcher un contrat de plusieurs milliers deuros, Camille. Tu réalises ? »
Puis, les yeux rivés sur Antoine : « Quest-ce quil fout là, lui ? »
Jai souri, ironique. « Pourquoi, toi tu peux tamuser, et pas moi ? »
Il a murmuré, vexé : « Alors tu me trompes ? »
Jai planté mon regard dans le sien, blessée. « Oui. »
Antoine, gêné, a murmuré : « Il vaut mieux que je vous laisse régler ça. » Et il a filé en me glissant un clin dœil presque complice.
Hugo a jeté quelques pièces sur la table une dizaine deuros et est parti sans un mot.
Un vertige ma saisie, accrochée au vide brutal de la réalité. Comment retourner travailler après tout ça ? Jai appelé Julie pour lui demander de couvrir mon absence, puis jai regagné lappartement, vidée.
En entrant, je lai trouvé sur le canapé, les bras croisés, visage fermé.
« Camille, tu mas vraiment trompé ? » Son regard était sincère, douloureux.
Jai soupiré, lasse. « Non. Ce type, Antoine, je lai rencontré aujourdhui Cétait impulsif. Jai cru que tu me Enfin, je tai vu avec elle »
Hugo a passé la main dans ses cheveux, visiblement mal à laise.
« Je naurais jamais dû accepter ce rendez-vous. Cétait stupide, mais je te jure que cétait purement pro. Je comprends ta colère. Jai agi comme un idiot. Pardonne-moi. »
Je me suis laissée tomber contre son épaule, submergée par les émotions contradictoires. Jai murmuré : « Promets-moi quil ny aura plus jamais de secret. »
Il ma embrassée tendrement. « Promis, ma douce idiote. »
Ses bras mont serrée, et, peu à peu, la tension accumulée sest dissipée. Il restait la blessure, lombre de la trahison. Mais dans le silence du salon parisien, jai compris : ce qui comptait, cétait de se retrouver.

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