Après avoir entendu cette histoire de mon amie, jai drastiquement revu ma manière daborder les relations avec les autres, tout comme mon cher époux. Nous avons passé moins de temps avec nos amis, et on sest mis à éviter de leur raconter les moindres détails de notre vie. Ce nest pas quon ait perdu toute confiance, et lon reste en bons termes bien entendu, mais désormais, personne ne franchit le seuil de notre intimité. Tout ça à cause dune expérience quelque peu piquante, arrivée à mon amie Mireille et à son mari, François.
Alors, Mireille et François avaient un couple damis, des proches, vraiment. Les maris, François et Jean-Paul, travaillaient ensemble depuis des années ; Mireille et Sophie, cest à la fac quelles sétaient connues. Sophie sest mariée, et, environ un an plus tard, pouf ! Un petit Pierre est arrivé dans leur vie. Évidemment, elle a présenté Mireille à un collègue de son mari, et eux aussi se sont mis en couple.
Mais voilà, un beau matin, le mari de Sophie quitte son boulot, trouvant un emploi mieux rémunéré pas fou le gars, il a flairé le bon filon. Sophie non plus ne sest pas laissé distancer : elle décroche à son tour une place bien payée. Du coup, naturellement, leurs couples se voient de moins en moins. De son côté, Mireille est tombée malade à répétition les enfants qui déboulent lun après lautre, ce nest pas de tout repos. Forcément, ses patrons ont fini par perdre patience et, sous un prétexte vague comme la météo à Paris, ils lont gentiment virée.
Résultat : François a dû se retrousser les manches pour que madame et leurs quatre rejetons ne manquent de rien. Ils sen sortaient très bien finalement, ont même acheté une belle maison et bichonnaient le foyer. Leur train de vie sest stabilisé, mais ça ne veut pas dire quils roulaient sur lor on est à Lyon pas à Monaco, hein.
De leur côté, Sophie et Jean-Paul, le couple branché, pas denfants, les carrières qui montent, les week-ends sur la Côte dAzur, la dolce vita version Nouvelle-Aquitaine ; ils vivaient à leur rythme, sans attaches.
Un dimanche, voilà notre fameux duo damis qui invite Mireille et sa tribu à passer un week-end chez eux, dans leur maison de campagne près de Tours. Génial pour décrocher du tumulte lyonnais : barbecue, baignade dans la Loire, balades en forêt. On se serait cru dans une pub pour le fromage. Sophie appelle donc Mireille, tout sourire, lui propose lescapade. Mireille est ravie, mais annonce quelle doit voir ça avec François avant de donner une réponse définitive. Elle pose son téléphone sur la table sans raccrocher.
Cest là que ça a dérapé. Mireille, le combiné encore ouvert, a tout entendu. Apparemment, les amis les prenaient pour des benêts incapables de gérer une famille nombreuse, vivant, selon eux, entre deux emprunts, dans une baraque indigne dinviter du monde, avec des enfants mal élevés, et franchement, pourquoi se donner tant de mal pour avoir autant de gamins ? La moitié pourrait partir à la DASS, allons bon ! Mireille nétait, selon eux, quune mère monotone, incapable de parler dautre chose que de ses marmots.
Quant à François ? Un rustre sans conversation, le genre à parler foot et météo Après ce florilège damabilités (la ligne a fini par couper), nos deux tourtereaux sont restés scotchés, la bouche grande ouverte. Lenvie de débarquer chez ces amis et leur dire, façon Jean-Pierre Bacri, tout ce quils pensaient, leur a traversé lesprit. Mais, comme par magie, le téléphone sonne. Jean-Paul annonce tout guilleret que le week-end, cest bon, ils arrivent ! François, un brin ironique, confirme.
Entre-temps, Mireille et François en discutent longuement, puis décident de les accueillir tout de même lhospitalité, cest sacré. Et voilà la bande de débarquer chez eux, les bras chargés de conserves Carrefour et de bonbons bon marché (on a connu plus raffiné pour honorer ses hôtes). Dès quils sinstallent, Jean-Paul lance, avec cette délicatesse bien parisienne :
Dis donc, avec les salaires ridicules que vous touchez, cest tout ce que vous pouvez offrir à vos enfants ? Bah, pas grave vous allez voir ce quest une vraie table française ! Mettez les pieds sous la table et, après, vous nous aiderez, le week-end, ce nest pas les vacances ici !
Mireille et François nen reviennent pas, se regardent en coin. Cerise sur le gâteau, Sophie en rajoute une couche :
Vous navez pas encore denfants, vous ?
On nest pas pressés, on a le temps répond lamie.
Je comprends. De toute façon, seuls les ploucs font des enfants. Les gens intelligents, eux, profitent de la vie, voilà tout, dit Mireille, dun ton pince-sans-rire.
Sur ce, le couple à deux enfants se fige : ils ont clairement compris que tout avait filtré mais nosent pas demander comment. Les faux amis inventent alors un prétexte bidon pour séclipser plus vite que la lumière.
Et vous, vous en pensez quoi ? Les hôtes auraient-ils dû être plus aimables avec leurs invités, ou les remettre à leur place façon Philippe Etchebest ? Vous feriez quoi à leur place ?







