– Je me suis déjà installée dans ton appartement – a annoncé ma belle-sœur en envoyant une photo depuis mon canapé –

Jai déjà emménagé dans ton appartement! lança Léontine, ma bellesœur, en menvoyant une photo de mon canapé vert.
Tu as encore oublié le lait?! sécria Claire, debout devant le frigo, la porte tenue comme si elle allait senfuir. Je tavais pourtant demandé! Ce matin, je tai appelée!

Maman, je suis débordée au boulot! lança Élise, les chaussures toujours aux pieds, fouillant dans son sac pour sortir son téléphone. Jai tout oublié!

Tout! Tout senfuit! Et mon café? Avec quoi je le bois le matin?

Bois du noir! Ou je file tout de suite!

Aller où, il est déjà neuf heures! Les commerces sont fermés!

Élise retira ses souliers, se dirigea vers la cuisine. Sa mère continuait à râler en fouillant dans le frigo. Élise seffondra sur une chaise, alluma son portable. La batterie était à plat, elle venait juste de le recharger au travail.

Le téléphone vibra, les messages affluèrent: pubs, newsletters, collègues puis un texte de Léontine.

«Salut, ma petite! Jai déjà emménagé dans ton appart, regarde!»

La photo montrait Léontine, toute joyeuse, étendue sur le canapé que nous avions choisi, vert, trois mois auparavant, après avoir parcouru la moitié de Paris.

Je relis les lignes, encore et encore, le cœur se serra.

Maman, appelaije, la voix étranglée. Tu as donné les clefs de lappart à quelquun?

De quel appart?

De notre! De celui que je partage avec Pierre!

Non, bien sûr! Pourquoi?

Élise fixa lécran: Léontine, sur mon canapé, dans mon appartement. Comment?

«Léontine, cest une erreur. De quel appartement?»

«Eh bien, du nôtre, rue des Lilas! Pierre ma dit que ça ne te dérangerait pas de loger chez maman pendant un mois, alors je me suis installée. Pratique, non?»

Je bondis, attrapai ma veste.

Où vastu? bloqua Claire la porte. Élise, questce qui se passe?

Léontine est dans notre appartement! Pierre la laissée!

Quelle Léontine? Celle qui se plaint tout le temps?

Elle!

Je dévalai les escaliers, attrapai un taxi avec les mains tremblantes. Le chauffeur peinait à comprendre ladresse, je criai, pressai. Le trajet sembla une éternité.

Je revivais Léontine: la petite sœur de Pierre, «la ratée», comme elle se présentaient ellemême, trentecinq ans, trois mariages, de multiples emplois où elle était licenciée. Au départ, elle était douce, souriante, me félicitait à la cérémonie. Puis les appels commencèrent: elle pleurait dêtre abandonnée, sans argent, sans toit. Pierre laidait financièrement, linvitait à rester. Au début, je supportais, puis je compris que cétait un abus.

Elle arrivait chaque mois, sinstalla plusieurs semaines, éparpilla ses affaires partout, transformait la cuisine en champ de bataille, parlait au téléphone pendant des heures. Pierre me répétait que Léontine était seule, quelle avait besoin daide.

Un jour, jai dit à Pierre que cen était trop, que nous étions un jeune couple et que nous avions besoin dintimité. Il a accepté, a demandé à Léontine de partir. Elle sest fâchée, trois mois sans lappeler.

Et voilà: elle revient, sans prévenir.

Le taxi sarrêta devant limmeuble. Jai payé, couru les escaliers, ouvert la porte avec ma clé. Un parfum de parfum étranger massaillit.

Dans le salon, Léontine, les chips à la main, regardait la télé.

Oh, Élise! sexclamatelle, toute joyeuse. Pierre ma dit que tu serais chez maman tout le mois!

Tout le mois?! ma colère montait. Léontine, questce que tu fais ici?

Jhabite, haussaelle les épaules. Pierre la autorisé. Il a dit que ça ne te dérangerait pas.

Pas du tout! Où est Pierre?

Au travail, il est en garde!

Jappelai Pierre. Pas de réponse. Jessai encore, puis il remit le message: «Pourquoi astu laissé Léontine dans lappart?».

«Je ne peux pas en parler, réunion.»

Léontine, sors dici! dis-je, glaciale.

Comment? posatelle, les chips abandonnées. Je nai nulle part où aller! Mon appartement a fuité! Les travaux dureront un mois au moins! Pierre a dit que je pouvais rester!

Sans mon accord!

Il est le maître du lieu! Lappart est à son nom!

Je serrai les poings. Oui, lappart était à Pierre: ils lavaient acheté avant le mariage, il avait investi davantage. Je navais jamais exigé la copropriété conjointe, je lui faisais confiance.

Cest notre appartement, Élise, ditil doucement. Je nai jamais donné mon accord.

Mais il est le propriétaire! répliqua Léontine. Je suis la sœur!

Je sentis mon sang bouillir.

Demain matin, tu pars, déclaraije.

Pas question! Pierre ma donné un mois! criatelle.

Je claquai la porte, descendis, massis sur le banc de lentrée, les mains tremblantes, la gorge serrée.

Pierre arriva une heure plus tard, me vit, sarrêta.

Élise, que faistu?

Jattends que tu expliques pourquoi Léontine squatte notre appartement!

Calmetoi, on va parler.

Parler? Tu as laissé ta sœur sinstaller sans me prévenir! Tu as menti à ma mère, qui ma dit que je partais chez elle!

Ta mère a raison, elle veut quon aille plus souvent la voir

Visiter, pas emménager! Pierre, cest aussi mon appartement!

Léontine na nulle part où aller, son toit a inondé, cest un cauchemar! Je ne pouvais pas la refuser.

Tu aurais pu me demander!

Il baissa la tête.

Jai été aveugle.

Elle profite de nous depuis des mois!

Je vais la chasser, immédiatement.

Pierre partit, jattendis. Le soir, il revint, le visage marqué, les yeux rouges.

Elle a été expulsée? demandaije.

Oui, elle a pleuré, juré que tout était faux, mais je lui ai montré les messages; elle a avoué tout.

Elle nous haïssait, disait que je lui avais volé sa vie.

Et moi?

Jai réalisé que je lai utilisée.

Le lendemain, je rentrai chez ma mère, elle me serra dans ses bras.

Je te lavais bien dite, ton mari est un fils de maman!

Jai tout supporté, aidé Léontine, et elle me traite de «épouse de passage».

Elle est une vraie tornade, mais tu dois reprendre le contrôle.

Je passai la nuit dans ma vieille chambre, le portable bourdonnant de messages de Pierre, je ny répondais pas. Au matin, Léontine menvoya: «Élise, ne te fâche pas, je prépare des tartes!». Je bloquai son numéro.

La semaine suivante, je travaillais, rentrais chez ma mère, Pierre appelait chaque jour, promettant de régler les choses avec Léontine. Je restais silencieuse.

Clémence, une amie, me téléphona un jour.

Élise, pourquoi nhabitestu plus chez toi?

Comment le saistu?

Hier, je lai vue sur le balcon, elle criait «Nouvelle vie!».

Je me rendis à la rue des Lilas. Lappartement était méconnaissable: les meubles déplacés, des rideaux neufs, des vases partout.

Élise! sexclama Léontine, en peignoir. Tu me manques?

Questce que tu fais?

Je minstalle! Pierre na rien contre moi.

Où est Pierre?

Au travail, comme dhabitude.

Je fis le tour de la chambre, tout était changé, même le drap était le sien.

Tu dors dans notre lit?

Et où doisje dormir? Sur le canapé? Je ne suis pas une invitée!

Tu es une invitée! Temporaire!

Pierre a dit que je pouvais rester autant que je veux!

Pierre, Pierre! arrachai les affaires de Léontine du lit. Cest aussi mon appartement! Pars!

Léontine pâlit.

Tu nas pas le droit de mexpulser! Cest à Pierre!

Mais je suis ta femme! Jai le droit dhabiter ici!

Tu ne pars jamais!

Moi? Je ne partirai pas! Mon appartement est en travaux!

Trouve un logement!

Je nai pas dargent!

Cherche un emploi!

Cest facile à dire! saisissant mon sac, je criai: «Léontine, restetoimême! Je ne reviendrai plus jamais!»

Je sortis, fermai la porte, descendis, massis sur le banc de lentrée, le cœur lourd.

Pierre mappela le soir.

Élise, Léontine a dit que tu étais venue, que tu las grondée.

Grondée? Elle a tout réorganisé, elle dort dans notre lit!

Cest plus pratique pour elle

Pratique? Pour qui?

Reviens, on en parlera.

Pas besoin de discussion! Soit Léontine part, soit je ne reviens jamais.

Elle est ma sœur, je ne peux pas la mettre à la porte!

Alors je te perds!

Le silence.

Voilà la réponse, dis-je avant de raccrocher.

Un mois passa, Léontine resta, Pierre vint me voir, suppliant, mais je refusais.

Léna, amie de Léontine, mappela.

On doit se parler, cest important.

Nous nous retrouvâmes dans un café.

Léontine a tout manigancé, a inondé son appartement volontairement, a demandé à ton mari de venir habiter chez vous pour pouvoir sy installer.

Je restai bouche bée.

Elle a avoué! montra Léna des captures décran.

Je les lus, le sang se glaça. Léontine avait planifié chaque étape.

Merci, envoiemoi tout! dis-je.

Je revins chez ma mère, lui montrai les preuves. Elle me prit dans ses bras.

Je le savais, ton mari est un vrai fils de maman!

Je rappelai Pierre.

Viens tout de suite.

Il arriva en demiheure, pâle, lisant les messages.

Cest vrai?

Oui. Elle a inondé son propre appartement pour forcer le déménagement.

Pierre seffondra sur une chaise.

Je ne savais pas

Maintenant tu sais.

Pardonnemoi, Élise, je suis idiot! Jai cru aider ma sœur.

Elle ta exploité.

Que faire?

Lexpulser immédiatement.

Pierre hocha la tête, se leva.

Tu veux que je la chasse?

Oui, faisle.

Il sortit, je restai assise sur le canapé, épuisée.

Le lendemain, il revint tard, le visage blême, les yeux rouges.

Elle a pleuré, juré que cétait faux, mais jai montré les preuves. Elle a avoué quelle me détestait, que je lavais trahie.

Et toi?

Jai compris que je ne veux plus jamais la voir. Elle nest plus ma sœur.

Je le regardai, sincère, repentant.

Tu réalises que tu as failli tout perdre?

Je le sais, je ne me pardonnerai jamais.

Je reviendrai, à une condition.

Laquelle?

Que Léontine ne franchisse plus jamais le seuil de notre maison, sous aucun prétexte.

Promis.

Une semaine plus tard, je repris lappartement. Pierre avait tout remis en ordre, débarrassé les affaires de Léontine.

Pardon, me demandatil quand jentrai. Jétais aveugle.

Tu létais, acquiesçaije. Jespère que ce sera pour toujours.

Léontine appela encore pendant un mois, Pierre ne répondit plus. Puis le silence. Léna me dit que Léontine était revenue à son propre logis, avait trouvé un travail, vivait seule.

On la plaint? demandaije.

Non, elle a choisi son chemin. Elle aurait pu vivre normalement, travailler, sépanouir, mais elle a préféré parasiter.

Je hochai la tête, Pierre eut raison. On ne compatit plus avec ceux qui abusent de la bonté.

Nous avons continué notre vie, élaboré des projets. Pierre a fait établir la copropriété à nos deux noms, pour que je me sente pleinement maîtresse de notre foyer.

Le canapé vert, celui que nous avions choisi trois mois plus tôt, reste à sa place, et plus personne ne sy assoit à part nous.

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– Je me suis déjà installée dans ton appartement – a annoncé ma belle-sœur en envoyant une photo depuis mon canapé –
« Quand disparaîtras-tu définitivement ? » — murmura ma belle-fille à mon chevet à l’hôpital, ignorant que j’entendais tout et que l’enregistreur capturait chaque mot 🙄