Le Cœur d’un Parent – Récit Merci infiniment pour votre soutien, vos “j’aime”, votre bienveillance, vos commentaires sur mes histoires, pour vos abonnements et surtout pour les dons reçus de la part de moi et de mes cinq félins adorés. N’hésitez pas à partager mes récits préférés sur les réseaux sociaux – c’est toujours un réel plaisir pour l’auteur ! « Pourquoi ce visage tout fermé dès le matin ? Un sourire ne ferait pas de mal, viens donc prendre le petit-déjeuner. » Pierre entra dans la cuisine en s’étirant, content d’être enfin en week-end. Sur la gazinière, les œufs au plat et le bacon crépitaient, tandis que Chantal servait le thé. Elle déposa la plus grande part d’omelette dans l’assiette de son mari, avec une tranche de pain : « Tiens, mange donc ! » « J’ai raté quelque chose, Chantal ? » demanda doucement Pierre. « Oui, on a tous les deux raté quelque chose… On n’a pas su élever nos enfants comme il faut… » soupira Chantal en s’asseyant, picorant sans appétit. « Notre fille et notre fils ont grandi, on s’est privés pour eux pendant tant d’années. On les a toujours soutenus. Mais nous, qui nous soutient maintenant ? Même une parole, ça ferait du bien… Eux, ils n’ont que des soucis : la vie les ennuie, ils manquent d’argent, ils râlent, tous les deux – Sophie et Rémi. » « Pourquoi dis-tu ça ? » Pierre avait fini ses œufs et tartinait une belle tranche de pain frais de beurre et de confiture. « Pour toi tout est simple, ils me confient tout, à moi, leur mère. Hier encore, Rémi voulait aller au bowling en famille, il m’a réclamé de l’argent jusqu’à la paie et j’ai refusé, il l’a mal pris. Avant lui, Sophie a appelé : la chanson, sa carrière de chanteuse ne marche pas, elle est déprimée. C’est bien joli de chanter, mais il faut aussi travailler. Elle rêve d’en vivre, mais ce n’est pas donné à tout le monde ! Elle ferait mieux de chercher un vrai boulot ! Et puis, ils s’entendaient si bien enfants, et maintenant on dirait qu’ils ne se parlent même plus… » Chantal écarta ses œufs refroidis et but une gorgée de thé. « Tu t’inquiètes trop. Avec le temps, ça ira. Nous aussi, nous avons été jeunes… », la consola Pierre, mais Chantal était déjà piquée au vif. « Je t’en prie, Pierre ! Pour nous, la moindre chose était un bonheur ! Quand Rémi est né, on était si heureux. La poussette et le lit, c’était ma copine qui me les avait offerts, ma sœur donnait les vieux pyjamas, les couches du grand. Tout était d’occasion, mais c’était tout comme du neuf : ça pousse vite, un enfant ! On était heureusement, et quand on a pu acheter cette vieille Renault 6, quel fierté, tu te souviens ? On avait l’impression d’être riches ! Mais pour les nôtres, si ce n’est pas l’étranger ou le luxe, leur vie semble ratée… C’est ce qu’on leur a appris, nous ? » « Les temps ont changé, Chantal. Les tentations sont plus grandes, et ils sont jeunes… Laisse encore un peu, ils finiront par comprendre. » « Pourvu que ce ne soit pas trop tard… On court après le confort, et la vie passe ! Je me regarde, je suis déjà grand-mère… Et toi, Pierre… » Un appel téléphonique les coupa net. C’était leur fils, Rémi. « Encore un problème… », maugréa Chantal en décrochant. Mais à mesure que la conversation avançait, ses yeux s’écarquillèrent, et elle bondit. « Pierre, habille-toi vite, Rémi est à l’hôpital ! C’est son voisin de chambre qui m’appelle ! » « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » Pierre bondit à son tour, ramassant ses affaires en hâte. « J’ai pas tout compris, une meuleuse qui a lâché, il s’est ouvert la main… Ils essaient de lui sauver, ils parlent de lui recoudre la main… Pourvu que tout s’arrange, vite, allons-y ! Qu’il ne perde pas sa main, mon Dieu ! » Ils sortirent précipitamment, parents ni tout jeunes, ni tout vieux, mais tellement inquiets. Ils couraient, oubliant tout, vers l’hôpital où leur fils était soigné… En route, Sophie rappela : « Maman, j’passe vous voir ce midi, d’accord ? » « Passe, ma chérie, on sera sûrement rentrés », haleta Chantal en courant à l’arrêt de bus derrière Pierre… À l’hôpital, on les rassura : la main avait pu être sauvée, mais ils ne pouvaient pas voir Rémi tout de suite. « Tant qu’on ne peut pas le voir, je reste là, je n’irai nulle part », déclara Chantal, s’asseyant dans le hall, Pierre à ses côtés. Soudain, Sophie surgit et les serra dans ses bras : « Maman, mais pourquoi vous êtes si inquiets ? Tout va bien, Rémi a eu un accident à un petit boulot, il réparait une voiture. Un boulon tenait, il a dérapé. Ils ont tout recousu, il remue déjà les doigts. Maman, tu fais une tête… je t’assure, tout est rentré dans l’ordre ! » « Comment tu sais ça ? » souffla Chantal. « Je parle tout le temps à Rémi, et avec sa femme Clara aussi. On s’entraide beaucoup vous savez ! » « Pourtant, on pensait que vous ne vous parliez plus… Pourquoi ne rien nous avoir dit ? » demanda Pierre. « Papa, vous êtes tellement forts, vous trouvez toujours une solution, alors on ne voulait pas vous inquiéter… » sourit Sophie. « Et puis, franchement, vous ne faites pas votre âge, et puis on veut que vous profitiez enfin un peu de la vie. » « Moi qui croyais que vous vous fichiez de nous… » sourit à son tour Chantal. « Pas du tout, maman. Votre génération, vous êtes incroyables, exemplaires… On essaie de vous ressembler, mais ce n’est pas toujours évident, papa… Mais on fait de notre mieux, vous savez ? » Les parents esquissèrent un sourire, le regard soudain apaisé. « Maman, papa, je voulais vous dire : j’ai trouvé un travail ! En plus, on m’invite à chanter dans des maisons de retraite ou à la maternelle. Hier, j’ai chanté pour les anciens, ils ont tellement applaudi ! Une dame a même pleuré, me racontant que sa fille était chanteuse connue, mais toujours en tournée… C’est triste, tu ne trouves pas ? » Sophie serra ses parents bien fort : « On vous aime, vous savez… » C’est alors que l’infirmière vint donner l’autorisation d’aller voir Rémi. Chantal faillit verser une larme, mais Rémi la rassura calmement : « Maman, ne t’en fais plus, le plus dur est passé. Papa, tu te souviens de l’histoire du nid de guêpes dans le vieux box de la voiture ? Tu avais été piqué et emmené à l’hôpital… On a tous des épreuves. Quand je sortirai, venez donc fêter le Nouvel An chez nous, ça nous rapprocherait, tu sais ? D’ailleurs, Sophie veut vous présenter son nouveau copain, elle n’a pas eu le temps de vous en parler… » Chantal et Pierre décidèrent de rentrer à pied à la maison. Parents ni vieux ni jeunes, mais mûris par la vie. Ah, ce cœur de parent, il bat toujours pour ses enfants. On croit toujours que les autres éduquent mieux, qu’on aurait voulu des enfants modèles, la vie parfaite, l’harmonie. Mais nos enfants tracent leur route… et ils sont formidables, ce sont NOS enfants.

Le Cœur dun Parent. Récit

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Pourquoi tu fais cette tête ce matin ? Tas même pas un sourire, allez, viens prendre le petit-déjeuner.

Son mari est entré dans la cuisine en sétirant, heureux dêtre enfin en week-end.

Sur la plaque, des œufs au plat crépitaient avec des lardons, pendant que sa femme versait le thé. Elle lui sert la plus grande part des œufs et lui coupe du pain :
Tiens, mange, ne fais pas la fine bouche.

Jai raté quelque chose, Camille ? demande doucement Armand.

Oh que oui, on la tous les deux raté. On na pas su élever nos enfants comme il fallait, répond Camille Morel en sinstallant près de lui, attaquant elle-même sans entrain son assiette.

Julie et Paul ont grandi, on sest privés de tout pour eux pendant des années difficiles. On les a toujours soutenus, mais qui nous soutient, nous, juste avec un mot de réconfort au moins ? Ils ont toujours des soucis, lun sennuie, lautre na pas assez dargent. Julie comme Paul, cest toujours la plainte qui domine.

Mais doù tu sors tout ça ?

Armand a déjà terminé ses œufs et se fait une tartine de pain encore chaud avec du beurre, et par-dessus confiture de fraise.

Toi ça va, cest toujours à moi quils se confient. Hier Paul voulait aller faire du bowling avec sa famille, il ma demandé un peu dargent pour tenir jusquà la paie, jai refusé, ça ma énervée. Il la mal pris. Et juste avant, Julie mappelait ; sa carrière de chanteuse piétine, alors elle fait une crise. Bon, chanter pour le plaisir, je comprends, mais il faut aussi travailler ! Elle veut tout gagner avec la chanson, mais ce nest pas donné à tout le monde ! Il faudrait quelle accepte un vrai boulot ! Et puis, enfants, Julie et Paul étaient si proches, et maintenant on dirait quils se parlent à peine

Camille repousse son assiette à moitié pleine et sirote son thé.

Ne te fais pas tant de souci, ça va sarranger, nous aussi on était jeunes tu te rappelles ? tente de rassurer Armand, mais sa femme ne décolère pas.

Tu parles, Armand, tu nas pas la mémoire courte ? On vivait avec peu et on se contentait de ce quon avait ! Quand Paul est né, cétait la fête. La poussette et le lit mavaient été donnés par une amie, ma sœur ma passé toutes les grenouillères de son aîné. Tout était doccasion mais en parfait état, les enfants grandissent tellement vite, de toute façon ! On était heureux comme ça. Ah, et quand on a acheté notre vieille Peugeot 504, jétais tellement fière ! On la garée dans le garage sous la résidence, on se sentait riches ! Mais eux, sils nont pas voyagé à létranger, ils ont raté leur vie. Doù ils sortent ça, franchement ? On ne les a jamais élevés dans cette mentalité !

Cest lépoque qui veut ça, Camille ! Les tentations sont partout, ils comprennent pas encore mais ils finiront par réaliser.

Pourvu quil ne soit pas trop tard, quils ne gâchent pas tout en courant après largent comme des fous… La vie file, Armand. Quand je me regarde dans la glace… est-ce bien moi, déjà une grand-mère ? Et toi, déjà grand-père…

Leur conversation est soudain interrompue par le téléphone. Cest Paul qui appelle.

Et voilà, jen étais sûre… Camille prend le téléphone, puis ses yeux sécarquillent au fil de la conversation, elle bondit de sa chaise.

Armand, dépêche-toi de thabiller, Paul est à lhôpital, cest son voisin de chambre qui mappelle !

Quest-ce qui sest passé ? sécrie Armand, se préparant en hâte.

Je nai pas tout compris, il sest blessé à la main avec une disqueuse… le disque a explosé et lui a taillé la paume. Apparemment ils essaient de sauver sa main. Pourvu que tout se passe bien, ce nest pas possible, pourvu quil ne la perde pas ! Viens vite, on y va.

Ils shabillent précipitamment ; ni tout à fait jeunes, ni tout à fait vieux, deux parents bouleversés.

Ils partent en courant, oubliant tout le reste pour rejoindre leur fils à lhôpital.

Sur le chemin, Julie appelle Maman, je passe ce midi, ça va pour vous ?

Oui, viens ma chérie, on sera sûrement rentrés à ce moment-là souffle Camille à bout de souffle, avant de raccrocher pour courir derrière Armand jusquà larrêt du bus.

À lhôpital, le médecin les rassure tout de suite : la main de Paul a été sauvée, mais ils ne peuvent pas encore lui rendre visite.

Tant quon ne peut pas le voir, je ne bougerai pas, jattends ici, déclare Camille en sasseyant dans le hall. Armand sassied à côté delle.

Soudain Julie déboule dans le hall et se précipite vers eux :

Maman, pourquoi vous avez lair si catastrophés ? Tout va bien finalement. Paul avait accepté un dépannage, il réparait une voiture pour quelquun. Il narrivait pas à enlever une pièce et en coupant les boulons, il sest blessé. Ils ont tout recousu, il bouge déjà les doigts. Vous faites une tête pas possible, cest passé, tout ça !

Mais comment tu sais tout ça ? souffle Camille, soulagée.

On reste toujours très proches Paul et moi, on sécrit tout le temps, et aussi avec Léa, sa femme. On se serre les coudes, cest tout.

Oui, mais vous ne nous dites jamais rien, on pensait que vous ne vous parliez plus, intervient Armand.

Papa, vous êtes trop forts et courageux, vous avez toujours tout traversé alors on évite de vous stresser pour rien, sourit Julie. Et puis, vous êtes jeunes dans votre tête, alors on vous laisse tranquille pour que vous profitiez enfin de votre vie.

Quelle idée… Moi qui croyais que vous ne vous préoccupiez jamais de nous répond Camille avec un sourire ému.

Bien sûr que non, maman ! Votre génération, cest celle des durs à cuire. On essaie tellement de vous ressembler, même si ce nest pas facile, mais on fait de notre mieux, tu sais ?

Les parents esquissent un sourire ; leurs regards ont perdu leur angoisse.

Au fait, maman, papa, jai une nouvelle à vous annoncer : jai trouvé du travail. Et on minvite aussi à chanter lors dévénements, à la maternelle, et hier, jai animé une fête dans une maison de retraite, ils étaient ravis ! Une vieille dame en a même pleuré ; sa fille est une chanteuse célèbre, mais elle voyage toujours à travers le pays, et sa mère est restée là, seule… Cest triste.

Julie prend ses parents dans ses bras dun geste spontané :
Vous savez, Paul et moi, on vous aime fort, nen doutez jamais…

À ce moment-là, linfirmière leur permet daller voir Paul quelques instants. Camille retient ses larmes, mais Paul la rassure, calme :

Ça va maman, tout ça cest du passé, ne tinquiète plus. Papa, rappelle-toi quand il y avait un nid de guêpes dans le sous-sol où tu garais la voiture, tu tétais fait piquer au point de finir à lhôpital. Cest la vie, il arrive de tout… Quand je sortirai, venez fêter le Nouvel An chez nous, pour une fois ! On se voit si peu, et Julie veut vous présenter son copain ; elle na pas encore eu loccasion de vous le dire.

Sur le chemin du retour, Camille et Armand ont décidé de rentrer à pied, histoire de prolonger un peu ce moment ensemble.

Pas si vieux, mais plus tout jeunes, ces deux parents au grand cœur.

Ah, ce cœur de parent Toujours inquiet pour ses enfants. On pense que les autres enfants sont plus faciles, quon voudrait tellement que les siens marchent dans le droit chemin et nous écoutent.

Mais ils suivent leur propre route, quoi quil en soit Et ils restent nos enfants, les meilleurs du monde.

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Le Cœur d’un Parent – Récit Merci infiniment pour votre soutien, vos “j’aime”, votre bienveillance, vos commentaires sur mes histoires, pour vos abonnements et surtout pour les dons reçus de la part de moi et de mes cinq félins adorés. N’hésitez pas à partager mes récits préférés sur les réseaux sociaux – c’est toujours un réel plaisir pour l’auteur ! « Pourquoi ce visage tout fermé dès le matin ? Un sourire ne ferait pas de mal, viens donc prendre le petit-déjeuner. » Pierre entra dans la cuisine en s’étirant, content d’être enfin en week-end. Sur la gazinière, les œufs au plat et le bacon crépitaient, tandis que Chantal servait le thé. Elle déposa la plus grande part d’omelette dans l’assiette de son mari, avec une tranche de pain : « Tiens, mange donc ! » « J’ai raté quelque chose, Chantal ? » demanda doucement Pierre. « Oui, on a tous les deux raté quelque chose… On n’a pas su élever nos enfants comme il faut… » soupira Chantal en s’asseyant, picorant sans appétit. « Notre fille et notre fils ont grandi, on s’est privés pour eux pendant tant d’années. On les a toujours soutenus. Mais nous, qui nous soutient maintenant ? Même une parole, ça ferait du bien… Eux, ils n’ont que des soucis : la vie les ennuie, ils manquent d’argent, ils râlent, tous les deux – Sophie et Rémi. » « Pourquoi dis-tu ça ? » Pierre avait fini ses œufs et tartinait une belle tranche de pain frais de beurre et de confiture. « Pour toi tout est simple, ils me confient tout, à moi, leur mère. Hier encore, Rémi voulait aller au bowling en famille, il m’a réclamé de l’argent jusqu’à la paie et j’ai refusé, il l’a mal pris. Avant lui, Sophie a appelé : la chanson, sa carrière de chanteuse ne marche pas, elle est déprimée. C’est bien joli de chanter, mais il faut aussi travailler. Elle rêve d’en vivre, mais ce n’est pas donné à tout le monde ! Elle ferait mieux de chercher un vrai boulot ! Et puis, ils s’entendaient si bien enfants, et maintenant on dirait qu’ils ne se parlent même plus… » Chantal écarta ses œufs refroidis et but une gorgée de thé. « Tu t’inquiètes trop. Avec le temps, ça ira. Nous aussi, nous avons été jeunes… », la consola Pierre, mais Chantal était déjà piquée au vif. « Je t’en prie, Pierre ! Pour nous, la moindre chose était un bonheur ! Quand Rémi est né, on était si heureux. La poussette et le lit, c’était ma copine qui me les avait offerts, ma sœur donnait les vieux pyjamas, les couches du grand. Tout était d’occasion, mais c’était tout comme du neuf : ça pousse vite, un enfant ! On était heureusement, et quand on a pu acheter cette vieille Renault 6, quel fierté, tu te souviens ? On avait l’impression d’être riches ! Mais pour les nôtres, si ce n’est pas l’étranger ou le luxe, leur vie semble ratée… C’est ce qu’on leur a appris, nous ? » « Les temps ont changé, Chantal. Les tentations sont plus grandes, et ils sont jeunes… Laisse encore un peu, ils finiront par comprendre. » « Pourvu que ce ne soit pas trop tard… On court après le confort, et la vie passe ! Je me regarde, je suis déjà grand-mère… Et toi, Pierre… » Un appel téléphonique les coupa net. C’était leur fils, Rémi. « Encore un problème… », maugréa Chantal en décrochant. Mais à mesure que la conversation avançait, ses yeux s’écarquillèrent, et elle bondit. « Pierre, habille-toi vite, Rémi est à l’hôpital ! C’est son voisin de chambre qui m’appelle ! » « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » Pierre bondit à son tour, ramassant ses affaires en hâte. « J’ai pas tout compris, une meuleuse qui a lâché, il s’est ouvert la main… Ils essaient de lui sauver, ils parlent de lui recoudre la main… Pourvu que tout s’arrange, vite, allons-y ! Qu’il ne perde pas sa main, mon Dieu ! » Ils sortirent précipitamment, parents ni tout jeunes, ni tout vieux, mais tellement inquiets. Ils couraient, oubliant tout, vers l’hôpital où leur fils était soigné… En route, Sophie rappela : « Maman, j’passe vous voir ce midi, d’accord ? » « Passe, ma chérie, on sera sûrement rentrés », haleta Chantal en courant à l’arrêt de bus derrière Pierre… À l’hôpital, on les rassura : la main avait pu être sauvée, mais ils ne pouvaient pas voir Rémi tout de suite. « Tant qu’on ne peut pas le voir, je reste là, je n’irai nulle part », déclara Chantal, s’asseyant dans le hall, Pierre à ses côtés. Soudain, Sophie surgit et les serra dans ses bras : « Maman, mais pourquoi vous êtes si inquiets ? Tout va bien, Rémi a eu un accident à un petit boulot, il réparait une voiture. Un boulon tenait, il a dérapé. Ils ont tout recousu, il remue déjà les doigts. Maman, tu fais une tête… je t’assure, tout est rentré dans l’ordre ! » « Comment tu sais ça ? » souffla Chantal. « Je parle tout le temps à Rémi, et avec sa femme Clara aussi. On s’entraide beaucoup vous savez ! » « Pourtant, on pensait que vous ne vous parliez plus… Pourquoi ne rien nous avoir dit ? » demanda Pierre. « Papa, vous êtes tellement forts, vous trouvez toujours une solution, alors on ne voulait pas vous inquiéter… » sourit Sophie. « Et puis, franchement, vous ne faites pas votre âge, et puis on veut que vous profitiez enfin un peu de la vie. » « Moi qui croyais que vous vous fichiez de nous… » sourit à son tour Chantal. « Pas du tout, maman. Votre génération, vous êtes incroyables, exemplaires… On essaie de vous ressembler, mais ce n’est pas toujours évident, papa… Mais on fait de notre mieux, vous savez ? » Les parents esquissèrent un sourire, le regard soudain apaisé. « Maman, papa, je voulais vous dire : j’ai trouvé un travail ! En plus, on m’invite à chanter dans des maisons de retraite ou à la maternelle. Hier, j’ai chanté pour les anciens, ils ont tellement applaudi ! Une dame a même pleuré, me racontant que sa fille était chanteuse connue, mais toujours en tournée… C’est triste, tu ne trouves pas ? » Sophie serra ses parents bien fort : « On vous aime, vous savez… » C’est alors que l’infirmière vint donner l’autorisation d’aller voir Rémi. Chantal faillit verser une larme, mais Rémi la rassura calmement : « Maman, ne t’en fais plus, le plus dur est passé. Papa, tu te souviens de l’histoire du nid de guêpes dans le vieux box de la voiture ? Tu avais été piqué et emmené à l’hôpital… On a tous des épreuves. Quand je sortirai, venez donc fêter le Nouvel An chez nous, ça nous rapprocherait, tu sais ? D’ailleurs, Sophie veut vous présenter son nouveau copain, elle n’a pas eu le temps de vous en parler… » Chantal et Pierre décidèrent de rentrer à pied à la maison. Parents ni vieux ni jeunes, mais mûris par la vie. Ah, ce cœur de parent, il bat toujours pour ses enfants. On croit toujours que les autres éduquent mieux, qu’on aurait voulu des enfants modèles, la vie parfaite, l’harmonie. Mais nos enfants tracent leur route… et ils sont formidables, ce sont NOS enfants.
La belle-famille de mon mari débarque à l’improviste dans ma maison de campagne pour se la couler douce… mais je leur tends des pelles et des rateaux à l’arrivée !