Cher journal,
Ce soir, jai laissé mijoter une soupe à loignon dans la petite cuisine de notre appartement du 5ᵉ arrondissement, les pensées tournant en boucle dans ma tête: «Il faudrait bien que je maccorde, moi aussi, un peu de repos et ne rien faire.»
Ma bellefille, Alix, vient toujours le weekend. Elle profite toujours de ces moments pour se détendre pendant que ma femme, Simone Lefèvre, saffaire comme dhabitude à préparer le repas pour toute la famille. La veille de larrivée dAlix, Simone passe le balai à la perche, époussette chaque coin, car les invités arrivent. Pierre, son mari, rentre tard du travail, épuisé, et les corvées retombent sur elle.
Parfois, solitaire, Simone me téléphone en milieu de semaine, juste pour entendre la voix de sa fille, ou pour demander conseil. Cela me peine de la voir toujours occupée; son emploi de directrice dans une grande agence la rend nerveuse, et elle napprécie pas quon la dérange au travail.
«Maman, tu sais bien que je ne réponds pas aux appels personnels pendant mes heures, si cest urgent, écrismoi, jai déjà demandé de ne pas être dérangée», me lance Alix, irritée. Mais écrire ne procure pas le même réconfort que dentendre la voix de sa mère.
Un jour, jai réalisé que Simone na jamais de weekend où elle ne fait rien. Elle voudrait bien sévader, même si Pierre laide souvent ; parfois, elle aimerait simplement déguster un repas préparé par quelquun dautre. Alors, nous avons décidé, après en avoir parlé à Pierre, de rendre visite à Alix pendant les fêtes.
Alix était ravie, mais elle nattendait pas que, au lieu daider, ses parents sinstallent devant la télé pour regarder le concert. Elle comptait sur le traditionnel repas de fête, avec les tourtes de Simone et ses salades. Au lieu de cela, Pierre et Simone ont déclaré :
«Nous sommes tellement fatigués, comme cest bon de venir vous voir!»
Alix, déçue, a affiché un visage contrarié; elle se sentait trahie. Simone a vu la déception dans les yeux de sa fille et a compris que son propre désir de repos avait blessé lautre.
Alors, elle a finalement trouvé le repos chez sa fille. Malgré son cœur de vieille gardesouvenir de lépoque soviétique, elle naime pas rester inerte. Elle a poussé un lourd soupir.
Alix travaille dur, son mari Victor aussi, et Pierre, malgré son âge, reste actif. Simone a souri à tout le monde, puis sest dirigée vers la cuisine pour préparer le déjeuner festif. Alix la suivie, voulant exprimer son mécontentement.
En ouvrant la porte du couloir, elle a vu sa mère dun angle différent: plus triste, moins souriante, le visage marqué par le temps. Simone nétait plus la femme toujours prête à aider, mais une femme qui, sans sourire, ressentait le poids des années.
Le cœur dAlix sest serré. Elle sest approchée, la prise dans ses bras, la embrassée, puis a expliqué :
«Maman, javais prévu un nouveau plat, jespérais ton aide. Si tu ne veux pas, ce sera une surprise pour tous, y compris pour toi. Jai acheté pour toi des soins de beauté très chersune crème pour le visage, une lotion pour les mains, tout ça pour 300, et nous en parlerons autour de la table. Mais maintenant, regarde le concert, maman.»
Alix a offert à sa mère les produits quelle sétait offerts, un geste rempli damour. Elle a ressenti une petite peur denfant: le temps passe, sa mère vieillit, et leurs rencontres se font rares. Elle sest rappelée les années denfance, la jeunesse, les moments où, après son mariage, Simone était toujours disponible, répondait au téléphone même la nuit, malgré son travail du matin.
Simone a souri, émue par les mots dAlix, et toutes les rancœurs se sont envolées, laissant place à une nouvelle énergie.
Depuis, lorsquAlix vient, elle ne charge plus Simone de toutes les tâches; ils cuisinent ensemble, discutent et partagent leurs soucis. Alix mappelle même pendant sa pause déjeuner pour entendre la voix de sa mère.
Je réalise aujourdhui que prendre soin de nos aînés, cest aussi se rappeler de nos propres besoins de repos et damour. La leçon que je retiens: on ne peut pas tout porter seul, il faut savoir partager les charges et les moments, sinon le cœur se charge trop lourd.





