Tu sais, on parle souvent dadopter des enfants issus de foyers, mais moi jai décidé d”adopter” ma grand-mère et de la sortir de la maison de retraite.
Autour de moi, personne na compris mon choix. Mes voisins et amis mont tous regardée de travers, en me lançant : « Mais enfin, en ces temps compliqués, tu ramènes encore quelquun à la maison ! » Mais au fond de moi, jen étais persuadée jen suis même certaine cétait ce quil fallait faire.
Avant, on était une petite famille de quatre : moi, mes deux filles, et ma mère. Malheureusement, ma mère est décédée il y a huit mois, et dun coup, on sest retrouvées à trois avec un grand vide à la maison. Pendant ces mois qui ont suivi, mes filles et moi, on a remarqué quil nous restait encore beaucoup damour et d’énergie à donner, quon avait envie de prendre soin de quelquun.
Javais aussi en tête un vieux copain de lycée, qui, au lieu de se construire sa vie, a commencé à boire, à en perdre pied. Le truc le plus triste, cest quil utilisait la retraite de sa mère pour acheter son alcool, et quand elle a refusé de lui donner le reste, il a fini par lenvoyer en EHPAD, prendre son appartement, et dépenser ce quil pouvait.
Je connais cette dame depuis toujours, elle ma presque vue grandir, et inversement. Une fois par mois, avec mes filles, on allait lui rendre visite, toujours les bras chargés de douceurs ou de petits gâteaux. Et quand jai proposé à mes enfants de ramener « Mamie Lucienne » à la maison, elles étaient trop heureuses ! La petite Capucine, qui a quatre ans et demi maintenant, a même crié : « On va avoir une mamie à la maison ! »
Tu nimagines pas la joie de Lucienne quand elle a compris que cétait sérieux ! Elle a pleuré tellement longtemps de bonheur que jai dû la consoler un moment. Maintenant, ça fait presque deux mois quon vit tous ensemble ; tout le monde ladore et elle aussi nous aime beaucoup.
Ce qui est fou, cest quon narrive pas à comprendre doù elle tire toute cette énergie alors quelle va bientôt fêter ses quatre-vingts ans ! Chaque matin, elle se lève à six heures, et on se réveille tous avec lodeur des crêpes dorées ou parfois même de brioches maison… Franchement, cest le bonheur, je ne regrette rien.







