Faza de Transformare
Viorica rentrait chez elle, épuisée et solitaire. Dans une main, elle tenait son sac, dans lautre un sac de courses ramassées en chemin. Ses jambes tremblaient. Elle aurait aimé seffondrer sur le sol et ne rien faire davantage. Mais Ionuț, son fils, lattendait à la maison. Le seul sens de son existence. Sans lui, elle aurait fini sa vie en vain depuis longtemps.
Certains naissent avec une cuillère dargent dans la bouche, tout leur réussit facilement. Dautres, comme Viorica, semblent destinés à une souffrance permanente. En classe de troisième, lors de lanniversaire dune camarade, elle rencontra un garçon de deux ans son aîné. Il lui apparut comme un adulte, fort, sans barrière. Elle en tomba amoureuse et perdit la raison.
Viorica nétait pas une beauté, mais elle était charmante et attirante, comme toutes les jeunes filles. Ses yeux gris, ouverts, ses cheveux châtain lisses, ses lèvres bien dessinées, sa silhouette élancée avec les courbes aux bons endroits.
En janvier, sa mère fut hospitalisée pour une pneumonie. Lappartement resta à la disposition de Viorica et de son amoureux. Alors se produisit ce qui arrive aux adolescentes inexpérimentées de dixsept ans. Elle céda aux promesses et aux paroles damour, faciles à dire pour les prétendants.
Lorsque Viorica découvrit quelle était enceinte, elle se précipita chez son petit ami.
Questce que ça a à voir avec moi ? Quel père pourraisje être ? Regardemoi. Trouvetoi un autre idiot lançatil avant de disparaître de sa vie aussi vite quil était apparu.
Que devaitelle faire maintenant ? À qui se confier, partager son malheur ? Le temps sécoulait, et Viorica nosait pas en parler à sa mère.
Le printemps arriva, le moment de sortir les vêtements légers et jolis. Viorica se tenait devant le miroir, tentant de fermer son jean à la taille épaissée. Le haut ne lui couvrant même plus la poitrine.
Tu as un peu grossi, sécria la voix de sa mère derrière elle. Viorica sursauta, surprise. Voyons Sa mère la tourna vers elle, soupira et posa sa main droite sur son cou.
De qui ? Quastu ? Pourquoi le garder? commençatelle à interroger.
Sa mère cria, lhumilia et courut après Viorica, qui sanglotait, un chiffon à la main. Elles sassirent alors sur le canapé, se serrèrent dans les bras et pleurèrent ensemble. Il était trop tard pour avorter.
Viorica réussit le baccalauréat, mais nentra pas à luniversité. À la fin du mois de septembre, elle donna naissance à un petit garçon charmant, dont les traits rappelaient lancien amant frivole et irresponsable.
Quand le garçon grandit, sa mère laida à trouver un emploi dans ladministration dun immeuble. Le travail déplaisait à Viorica. Les locataires se plaignaient constamment, réclamaient, menaçaient. Elle peinait à suivre le rythme. Le soir, elle nettoyait les bureaux et les couloirs jonchés de traces de chaussures. Le fils grandissait, il fallait le vêtir, payer la crèche.
Ionuț était un enfant calme, ne causant aucun problème à sa mère ou à sa grandmère. Viorica lui refusait tout sauf lamour, les soins et les jouets.
Lorsque lécole commença, sa mère tomba gravement malade et décéda huit mois plus tard. Viorica reprit un autre travail lentretien dun bureau voisin. Laver les sols nétait pas difficile, mais il fallait aussi laver les vitres après les rénovations du nouveau siège. Elle rentrait à la maison épuisée.
Puis le fils entra à ladolescence. Il devint obstiné et renfermé. Il ne répondait plus aux questions sur lécole, montrait de la colère. Viorica comprit quelle devait le surveiller. Il pouvait tomber dans la bêtise. Mais elle rentrait tard, à peine capable de préparer un simple dîner et de lui demander comment sétait passée sa journée.
Récemment, Viorica remarqua des éraflures sur le visage dIonuț et des bleus sur les bras. Il prétendait que cétait des chutes lors du cours déducation physique
Un jour, elle le vit avec une fille. Cela aurait pu être normal, mais lapparence était étrange : un haut noir trois ou quatre tailles trop grand, un pantalon large, les cheveux teints en rouge et un anneau au nez. Peutêtre étaitelle simplement à la mode, mais toutes les filles ne shabillent pas ainsi.
Viorica tenta de parler à son fils, mais il fronça les sourcils comme dhabitude et se referma dans sa chambre. Que faire ? Elle pensa quil fallait dépasser son premier amour comme on dépasse une maladie. Les interdictions et les scandales ne résolvaient rien. Son cœur saignait. Toute la journée, il était seul à la maison. Elle ne voulait pas répéter son erreur, ou pire.
Elle rentrait du travail les jambes lourdes, cherchant à apercevoir à travers le feuillage la lumière des fenêtres de lappartement. Les vitres sombres laissaient clairement entendre que Ionuț nétait pas à la maison.
Viorica monta péniblement les escaliers, regardant en bas et secouant la tête, tel un cheval attelé. La sangle du sac mordait ses doigts, comme si elle voulait le jeter. À peine sappuyatelle contre le mur que Dan, lami dIonuț, passa près delle comme une rafale.
Dan? sécriatelle. Pourquoi fuistu comme un fou ?
Le garçon courut encore quelques pas, puis sarrêta. Il hésita un instant, sauta deux marches et revint vers elle.
Tante Viorica Dan prit une profonde inspiration. Je pensais que Ionuț nétait pas là. Alors il doit être avec eux
Raconte, que sestil passé ? Où est Ionuț ? Avec qui ? demanda Viorica, agitée.
Jai Jai entendu Tania, lamie dIonuț, la persuadé, lui et dautres garçons, de sauter du toit du nouveau bâtiment pour prouver son amour, le tout filmé pour internet dit Dan, pressé mais je crois lavoir vu avec eux. Je vais essayer de le retenir, puis il a filé dans les escaliers, me laissant le cœur serré, mais lespoir que les deux jeunes trouvent la force de se protéger et apprennent que le véritable amour ne demande pas de sacrifices insensés, seulement compréhension et patience.






