Échangeons nos appartements. Pourquoi auriezvous besoin dun troispièces? sécria un voisin.
Ma fille Clémence et moi habitons un bel appartement que jai hérité de ma mère. Cest un troispièces, chaque pièce est indépendante, il ny a aucun passage intérieur. Le couloir est spacieux, les toilettes et la salle de bains sont séparées, la cuisine est petite mais donne sur un immense balcon. Nous occupons chacun notre chambre et nous partageons un grand salon. Nous en sommes très satisfaits et nous ne prévoyons pas de déménager de sitôt.
Lhistoire se poursuit ainsi. Un jour, alors que je sortais dans la rue, un voisin sest approché comme sil y avait déjà un accord tacite. Il ma immédiatement remis les idées dans le mille.
«Vous vivez avec votre fille, nestce pas? Pourquoi ne viendriezvous pas chez moi et je viendrais chez vous? Nous navons que deux pièces, cela vous suffirait largement! Pourquoi rêver dun troispièces? Deux pièces, cest assez pour deux personnes. Et ne vous inquiétez pas pour la taille de notre appartement: il y a de la place à revendre! Nous cherchons depuis longtemps un logement plus grand, mais les offres sont rares. Votre appartement serait exactement ce quil nous faut, et nous sommes prêts à payer davantage.»
Jai écouté mon voisin avec une attention extrême, très attentif à chaque mot. Je lai interrompu lorsquil a commencé à parler de la façon dont «nous nous comprendrions parfaitement». Je me suis même demandé sil avait déjà tout prévu pour Clémence et moi, et sil ne me restait plus quà emménager dans son petit logis. Cest formidable, pensaisje!
«Je crois que vous plaisantez. Si vous êtes sérieux, doù vient lidée que nous souhaiterions déménager dans un espace plus réduit? Croyezvous que je suis prêt à quitter mon appartement spacieux pour un logement qui ressemble davantage à une boîte de conserve? Si je devais un jour échanger mon troispièces, ce ne serait certainement pas contre un tel endroit. Et que voulezvous dire par «assez pour deux»? Je nai aucune intention déchanger.»
Le voisin a alors marmonné, presque à voix basse: «Nous ne voulons que le meilleur, pour que tout le monde se sente à laise. Vous dans notre logement, nous dans le vôtre. Vous ne savez pas ce qui est bon pour vous.»
Nous continuons à vivre dans notre appartement. Le voisin et sa famille ne me saluent plus. Il semble que mon refus les ait profondément contrariés.
Cette petite mésaventure ma rappelé que lon doit rester fidèle à ce qui nous rend heureux et ne pas se laisser entraîner par les promesses trop belles pour être vraies. Dire non, quand cest nécessaire, protège notre bienêtre et nous garde sur le chemin qui nous convient réellement.







