Les amis des amis vinrent nous rendre visite pendant les vacances: je regrette de ne pas avoir dit «non».
Lan dernier, ma vieille amie, Élise, mappela dun ton pressé. Elle me supplia de loger ses meilleurs proches pendant une semaine chez moi, sur la côte, à Biarritz. Elles souhaitaient profiter du bord de mer, et je nosais pas refuser, alors jacceptai. Avant tout, je lavertis:
La haute saison bat son plein, je ne peux pas offrir les chambres à titre gracieux, et je ne me sentirais pas à laise de facturer tes invités.
Elle me répondit, en souriant:
Ma chère, ils paieront. Largent nest pas un problème; ils ne veulent simplement pas tomber sur des escrocs qui demandent un acompte pour ensuite refuser laccès ou les expulsent à miséjour.
Je me laissai convaincre. Si javais su combien cela me coûterait, je naurais jamais donné mon accord.
Un certain malaise menvahit, alors je leur accordai une remise généreuse: ils obtinrent la chambre pour environ la moitié du tarif habituel.
Le jour J arriva. Au lieu de la petite famille annoncée avec un garçon de dix ans, arriva aussi une adolescente, Manon, que je ne connaissais pas. Ce ne fut pas grave; ce nétaient que des connaissances. Mais le trio savéra un peu à létroit dans la chambre à trois lits.
Laccueil fut cordial. Je préparai un bon repas, puis, après le souper, je leur fis découvrir les vieilles rues pavées et le phare de Biarritz. En leur souhaitant le meilleur, je repris mes occupations.
Le deuxième jour, le fils des hôtes, en jouant avec un pistolet à eau, tira sur la télévision en marche. Les parents étaient dans la pièce, mais cela narrêta pas le gamin facétieux. Le couple sexcusa et promit de régler la réparation, mais lappareil resta hors dusage. Je leur offris le téléviseur de la chambre voisine. Que ferezvous ce soir? leur demandaije.
Plus tard, la même famille brûla par inadvertance une bouilloire, car la jeune Manon oublia de mettre de leau. Puis, en cherchant à réarranger le mobilier trop petit, ils cassèrent deux pieds: lun dune coiffeuse, lautre dune table. Ils en rirent, plaisantant: «He! On a tant de meubles! On collera le pied de la table avec du ruban adhésif, et on mettra un petit coussin sous la coiffeuse».
Le point culminant fut une soirée bruyante qui séternisa jusquà deux heures du matin, entre rires enfumés et cris. À onze heures, je leur demandai de baisser le volume. Lun deux rétorqua: «Nous sommes en vacances, nous payons notre place.» Après un rappel, le son fut finalement réduit, mais seulement après une seconde insistance.
Il était inutile de débattre avec des gens éméchés, alors je décidai dattendre le lendemain. Le jour suivant, je parlai franchement avec le couple: ce comportement était inacceptable, surtout que dautres vacanciers partageaient les lieux. Je leur demandai de faire attention au matériel électroménager.
Ils haussèrent les épaules, mécontents, et répondirent: «Nous avons déjà payé.» Je me fâchai: «Remerciezvous dêtre ici, amis dun ami, sinon vous ne seriez plus là!»
Après mes paroles, ils adoptèrent une attitude plus discrète, et les appareils cessèrent de se détériorer. Mais lamitié sen trouva brisée.
Nous cessâmes tout contact. Cela ne les empêcha pas de repartir avec les cadeaux et souvenirs que javais préparés pour eux et pour notre amie commune. Ils emportèrent également deux grosses serviettes de bain et un drap en lin qui reposaient dans la chambre.
Je dois dire que ces personnes étaient les meilleurs amis dÉlise. Nous avions été proches depuis le lycée, jusquà ce quelle se marie et déménage à Lyon. Elle décrivait ses proches comme des gens polis et bien élevés. Si tel était vraiment le cas, ils pourraient passer leurs étés chez nous chaque année.
Les choses se sont déroulées comme elles lont été. Élise resta longtemps silencieuse, puis, un jour, me confia que les vacances ne les avaient pas satisfaits:
Ils disaient que je les surveillais sans cesse et que je gâchais leur humeur, alors quils avaient pourtant déboursé une somme importante!
Je suis désolée, mais largent quils ont versé ne ma même pas permis dacheter un nouveau téléviseur, une bouilloire, une table, une coiffeuse, du linge de lit ou des serviettes. À cela sajoutent mes nerfs à vif et le mécontentement des autres hôtes. Tout cela ternit la réputation de la maison, et lan prochain les vacanciers pourraient tout simplement choisir un autre établissement.
En revanche, jai acquis une précieuse leçon: parfois, il vaut mieux dire simplement «non».






