Les traîtres ne passeront pas à nouveau !

Les traîtres, je ne les laisserai jamais revenir!
Et le petit Étienne, où estil? On ne le voit plus! Il a disparu murmureton, perdu parmi la foule de proches qui sest entassée devant lescalier de la maternité du Hôpital SaintLouis, à Paris.

Si Étienne était le père, le désarroi aurait été moindre, mais ici Étienne nest quun diminutif affectueux dÉglantine, la jeune mère qui a mystérieusement disparu, laissant son nouveau-né, Lola, dans les bras de son mari, Henri.

Le fait quÉglantine nait pas la moindre enveloppe contenant sa petite fille, mais quelle se soit volatilisée à linstant même où elle aurait dû la serrer contre son cœur, dépasse lentendement.

Fuyante! Fuyante, ma pauvre! hurle la mère dÉglantine, Madame Dubois, lorsquelle remet à son gendre, Henri, les papiers de divorce et la dernière lettre de la femme en fuite.

Dans la missive, écrite à la hâte, il est dit: «Je ne suis pas prête, ne me cherchez plus, je ne renonce pas à ma fille, je paierai la pension alimentaire, mais cest tout.» Aucun retour dadresse, aucune explication sur la façon dont une femme respectable, qui rêvait encore dêtre mère il y a six mois, a pu senfuir ainsi.

Henri, ne ten fais pas. Elle finira par retrouver la raison, comprendre, revenir, tente de le consoler la grandmère, la voix tremblante.

Sa sœur aînée, Célestine, reste silencieuse, son instinct lui soufflant que la petite Églantine ne reviendra jamais. Elle sait que quand Églantine agit, cest toujours avec une certaine connaissance du jeu. Si elle a décidé de sen aller, elle compte bien le faire sans regret.

Ferme ta gueule, Céleste, lance Madame Dubois, lorsquelle sent la première pointe de doutes. Elle reviendra. Dans un mois ou deux, son cœur maternel se réveillera.

Les papiers de divorce arrivent trois mois plus tard. Églantine ne se pointe jamais aux audiences, refuse la garde, et Lola reste avec son père, Henri. Célestine commence à passer de plus en plus de temps chez lancien mari de sa sœur, pour laider avec le bébé et pour parler à Henri.

Elle a ellemême été abandonnée un an après la naissance de son fils, Antoine, par son fiancé Maxime. Elle comptait se marier quand le petit aurait trois ans, mais Maxime a tout plaqué, la laissant avec des mensualités daliments maigres et un cœur brisé.

Henri, de son côté, propose à Célestine de vivre à deux, dagrandir son petit appartement, de transformer la chambre de deux places en trois, afin de loger les deux enfants sous le même toit. Il lui suggère même dy accueillir des colocataires pour alléger le loyer.

Madame Dubois, apprenant que Célestine a emménagé chez Henri, fonce les réprimander: «Se mêler à lhomme de ta sœur, cest un sacrilège!» Mais Henri, imperturbable, la chasse à la porte, déclarant que cela ne le regarde pas.

Plus tard, légèrement éméché, Henri avoue à Célestine: «Je suis prêt à tépouser, à reconnaître ton fils comme le mien. Tout sera clair, tu élèveras ma petite Lola comme la tienne, et moi je prendrai soin de tes besoins.»

«Ce sera équitable,» ajoute-til, «je peux gagner de largent, mais les couches, les potions, les petites maladies je ne sais même pas par où commencer.»

Célestine, ancienne animatrice en petite enfance dans une crèche privée, se souvient que le salaire nétait pas énorme. Elle décide finalement daccepter la proposition, réalisant que lamour idéalisé des romans ne lui avait jamais apporté de vraie sérénité.

Un soir, alors quHenri attendait la livraison dun colis, Églantine surgit à la porte, le visage trempé de larmes.

Mon amour, je suis de retour! sexclametelle, tout en se frappant légèrement contre le cadre.

Henri, dun geste brusque, repousse ses mains, la repoussant dun pas.

Tu ne devrais pas être content? ricanetil, la voix glacée.

Églantine, tremblante, tente de sexpliquer: «Je veux voir ma fille, on pourrait réparer les choses, créer une vraie famille, non?»

Henri, haussant les épaules, répond: «Je me suis déjà reconstruit. Les traîtres ne reviennent pas dans ma vie.»

Célestine, sortie de la douche, aperçoit la porte entrouverte du salon, où les deux enfants observent, comme cachés derrière les murs dun château fort.

Églantine, voyant Lola, sélance, la prend dans ses bras, et un cri strident perce le silence. Le petit Antoine, les yeux écarquillés, mord la jambe de la femme en criant: «Lâche ma sœur, sorcière!»

Églantine, à moitié vêtue dun simple collant et dune jupe courte, retombe sur le parquet, hurle de douleur, et les enfants se jettent sur Henri, se réfugiant derrière les jambes de Célestine.

«Serpent!» murmuretelle, le regard meurtrier, «tu as manipulé ma fille contre moi, je ne laisserai pas passer ça.»

Le drame se clôture sans que la mère ne retrouve jamais la garde de Lola. Henri et Célestine, épuisés, décident de couper les ponts avec la famille dÉglantine et de senfuir à Lyon, où ils bâtissent une nouvelle vie, trois enfants réunis sous un même toit.

Aujourdhui, ils vivent heureux dans un quartier de la CroixRousse, et Lola ne raconte à ses amis proches que cela: «Je suis la fille dune vraie sorcière, mais ma maman Célestine est une fée protectrice qui ma sauvée.» Antoine, quant à lui, raconte à qui veut lentendre que son père a peutêtre été un sorcier, mais quil a fini par devenir le héros de leur conte, prouvant que chaque histoire, même la plus sombre, peut se terminer en lumière.

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Les traîtres ne passeront pas à nouveau !
Je suis désolé pour ce qui s’est passé