La grand-mère nen avait plus pour longtemps, il était temps de vendre la maison
Quand Élodie, à vingt-quatre ans, a décidé de rester vivre dans la maison de son grand-père, certains ont cru quelle avait perdu la raison.
« Jeune, en bonne santé, elle pourrait se faire une vie en ville ! Ici, cest que des vieux, un potager et la misère », disaient-ils à lépicerie.
Mais Élodie faisait ses courses en silence et revenait à pied par le chemin de campagne. Tout le monde la connaissait ici : la petite-fille de Léon Dubois et de Colette Lefèvre, une étudiante de luniversité venue dabord pour les vacances et qui était restée pour de bon. Le grand-père était faible, oubliant souvent où étaient ses lunettes ou quil avait nourri les poules. La grand-mère tenait bon, mais sa tension et son souffle court trahissaient son âge.
Élodie soccupait deux : les repas, le ménage, les visites à lhôpital pour Léon, les nuits de veille quand Colette avait des crises. La maison tombait en ruine : le toit fuyait, le poêle seffritait. Mais avec un petit travail en ligne et la modeste pension de son grand-père, Élodie commença les réparations. Les voisins donnaient parfois un coup de main. On refit le toit. Puis quelquun reconstruisit le poêle. Lannée suivante, elle installa une petite maisonnette au fond du jardin pour y vivre. Lautomne arriva doucement, avec son silence familier et ses feuilles dorées. La grand-mère séteignit un matin, paisiblement, dans son fauteuil près de la fenêtre. Élodie resta un long moment assise à ses côtés, la main dans la sienne, avant de sortir nourrir les poules comme chaque jour. Le village continua de vivre au ralenti, mais quelque chose avait changé. On ne parla plus delle comme de la jeune folle qui était restée. On lappela simplement Élodie, la fille de la maison Dubois, celle qui avait tenu bon. Et chaque soir, quand la lumière sallumait dans la petite maison au fond du jardin, les gens savaient que tout allait bien.







