Souhait que la fille de mon mari préfère habiter chez sa grand-mère
Lorsque jai épousé Julien, je savais quil avait une fille issue dun premier mariage. Son exépouse, Élodie, avait quitté lenfant il y a six anselle avait emporté ses affaires et sétait installée en Belgique avec un nouveau compagnon, recommençant sa vie à zéro. Depuis, elle a eu deux autres enfants, téléphone à sa aînée deux fois par mois en vidéo et nenvoie des cadeaux que pour les fêtes. Je voyais cette petite fille languir après sa mère, les yeux rivés sur lécran, espérant quelle lui dirait: «Viens vivre avec moi». Mais jamais elle na été invitée, jamais elle nest revenue. Elle la simplement effacée de sa vie.
Au départ, la fillette vivait chez la mère de Julien, ma bellemère. Cette dernière sest rapidement sentie dépassée par les devoirs, les caprices et les crises, et a rendu lenfant à son père. Julien la ramenée à la maison, ma fixé droit dans les yeux et a murmuré: «Amélie va vivre avec nous, pour longtemps.»
Jai réellement tenté dêtre une bonne bellemère: jachetais des vêtements, préparais ses plats favoris, la conduisais à lécole, et je cherchais à créer un lien. Mais elle sest refermée. Un mur invisible sest dressé entre nous, sans aucune tentative de rapprochement. Elle ne mignorait pas; elle me faisait comprendre que, à ses yeux, je nétais rien.
Trois années se sont écoulées. Aujourdhui, la jeune fille a douze ans et réside toujours chez nous, donnant des ordres comme si cétait son appartement. Chaque soir, elle se plaint à son père: «Tatie Claire ma obligée à ranger», «Tatie Claire na pas acheté ce que je voulais.» Ma bellemère mappelle alors pour me reprocher de «ne pas assez moccuper de lenfant» et me rappelle que «je vais bientôt accoucher, il faudrait que japprenne à être mère.» Pourtant, elle-même refuse de soccuper ne seraitce quune heure de sa petitefille quand jai un rendezvous urgent chez le médecin ou au travail.
Je suis épuisée. Je travaille, gère la maison, cuisine, et maintenant je suis enceinte. Julien, sans prendre parti pour sa fille, me demande dêtre plus douce, plus indulgente. Mais je nen peux plus. Cette enfant est devenue une source permanente dirritation: désordonnée, insolente, incapable de dire merci, ne prête jamais attention et nest jamais satisfaite. Ce nest pas la mienne, et je ne le cache plus.
Parfois, la nuit, assise dans la cuisine, je me dis: «Si javais refusé quelle emménage ici Si javais insisté» Mais il est trop tard. Je ne peux pas quitter Juliennous attendons un enfant ensemble. Aussi égoïste que cela paraisse, je rêve de plus en plus que sa fille préfère retourner chez sa grandmère, quelle dise: «Je suis mieux avec mamie.» Je ne la supplierai pas de rester et je ne pleurerai même pas.
Je ne souhaite quune chose: vivre en paix, sans reproches incessants, sans devoir me battre pour ma place dans cette maison. Je veux que mon futur enfant grandisse dans lamour et lharmonie, et non dans les tensions et les disputes. Peutêtre estce ma seule chance de sauver cette famille sans me perdre moimême.




