Née magnifique : L’art d’embrasser sa beauté naturelle à la française

**Mon Journal**

Dès mon plus jeune âge, jai compris une chose : la beauté est une monnaie, et le mariage, le contrat le plus lucratif. Pendant que ma mère essayait de menseigner des recettes de conserves, je la regardais avec pitié. La vie de mes parents, rythmée par les soucis dépargne, était pour moi le parfait contre-exemple.

Les nuits, jentendais ma mère pleurer. Je me suis juré une chose : ma maison sentirait le parfum de luxe, pas le vinaigre. Jaurais un grand appartement et une femme de ménage.

Je savais que mes parents ne pourraient pas payer mes études. Alors, jai préparé mes examens à lavance et choisi une filière prometteuse : le droit. Là, je côtoierais des professionnels aisés et, surtout, des clients riches.

Je nai jamais caché mes ambitions. Dès la première année, jaffirmais vouloir épouser un homme riche. Lamour ? Une simple affaire dinvestissement. Mes amies riaient :

« Élodie, les millionnaires ne poussent pas sur les arbres ! »

« Non, mais ils se battent sans cesse pour leur argent », rétorquais-je. « En attendant, jirai dans les galeries dart, les séminaires daffaires et les restaurants chics. À quoi bon végéter dans une cuisine quand la nature ma tout donné pour gagner le jackpot ? »

Je contemplais mon reflet dans le miroir : grande, élégante, avec des cheveux châtains longs et de grands yeux. Jétais belle, et jen étais fière.

Sans aucun doute, jallais en tirer le meilleur parti. Les hommes autour de moi se divisaient en deux catégories : ceux qui bafouillaient et ceux qui me voyaient comme un trophée. Évidemment, je préférais les seconds. Je ne cherchais pas lamour, mais un placement rentable.

En troisième année, jai opté pour des cours par correspondance et pris un poste de secrétaire dans un tribunal. « Jai besoin dexpérience et daccès au bon milieu », expliquai-je à ma mère, qui tentait de men dissuader.

Loccasion se présenta vite.

Un plaignant, un homme distingué dune cinquantaine dannées, avait remarqué non seulement ma beauté, mais aussi mon intelligence. Après le procès, il ma proposé un poste de conseillère.

Ma vie devint une succession de négociations, de cocktails et de soirées mondaines. Jétais son arme secrète : je savais charmer un partenaire, désamorcer les tensions, retenir chaque détail. Un temps, jai espéré quil quitterait sa femme pour moi. Mais sur ce point, il était inflexible.

« La famille est mon fondement, Élodie, et toi, tu es mon penthouse de luxe », disait-il en ajustant ses boutons de manchette.

Jai changé de tactique. Jai observé son entourage. Et jai trouvé une nouvelle cible : son associé, Julien Lefèvre. Propriétaire dune chaîne de concessions automobiles. Seul, pas beau, avec des cheveux clairsemés et des yeux un peu tristes. Une cible parfaite.

Jai échafaudé un plan. Je lai « accidentellement » bousculé, « oublié » un mouchoir, posé une question pertinente lors dune conférence. Il a mordu à lhameçon.

Notre premier rendez-vous dura cinq heures. Il parlait affaires, solitude, hypocrisie. Je lécoutais, hochais la tête, ladmirais. En silence, je pensais : « Quel ennui. Mais quelles perspectives. Je tiendrai bon. »

Un an plus tard, javais une voiture. Deux ans, un somptueux appartement à Paris. Je nétais pas une prisonnière dorée : jétais juriste, utile. Après chaque affaire, je dépensais sans compter en vêtements, soins, cosmétiques. Jaimais être son accessoire le plus précieux.

Quand ma mère déplorait que je gâche mes meilleures années dans une relation vide, je répondais, sournoise :

« Arrête. Il est à moi. Il prend juste son temps. »

Jen étais persuadée. Pourtant, cinq ans passèrent. Japprochais de la trentaine. Lassée dattendre une demande en mariage, jai évoqué doucement la mairie. Julien ma regardée, surpris, et a ri :

« Pourquoi ces paperasses, ma chérie ? Nous sommes heureux comme ça. »

Puis vint lorage.

Il ma invitée dans notre restaurant, celui de notre premier rendez-vous. Jai enfilé une robe neuve, mattendant à une demande.

« Élodie, je me suis marié », a-t-il déclaré en buvant une gorgée de vin.

« Quoi ? Avec qui ? »

« Avec Nathalie. De la comptabilité. Elle est différente. Elle fait des tartes divines. Ses cornichons ressemblent à ceux de ma mère. Avec elle, cest paisible. »

Mon monde sécroulait.

« Tu plaisantes ? » ai-je sifflé, retenant ma rage. « Une souris grise qui sait conserver des légumes ma volé ma place ? »

« On ne peut pas te voler, ma chérie. Tu es la plus belle femme de ma vie. Mais une épouse doit être douce, attentionnée. Ce nest pas ton rôle, ma fleur. Tu comprends ? »

Cétait pire quune gifle. Cétait la fin. Jai compris quon mavait utilisée, puis jetée. Je nai pas versé mon cocktail sur lui. Non. Ce soir-là, jai joué mon rôle à la perfection. Et en sortant, une pensée ma traversé lesprit : il a eu tort de me sous-estimer.

Jai arrêté ma pilule. Un geste désespéré. Deux mois plus tard, le test était positif. Quelques semaines après, je suis entrée dans son bureau, rayonnante :

« Julien, nous allons avoir un enfant. Ton héritier. »

Je lui ai tendu léchographie.

Jattendais des larmes de joie. Il a pâli.

« Quas-tu fait ? » a-t-il murmuré. « Tu me fais chanter ? »

« Cest ton fils ! »

« Je te croyais plus maligne. Tu pensais vraiment vivre à mes crochets ? »

« Je taime », ai-je tenté, maladroitement. Il a secoué la tête, lentement, comme on contemple un dommage irréparable.
« Tu nas jamais aimé que limage de toi dans mes yeux. »
Le silence sest installé, lourd, définitif.
Je suis sortie sans un mot, léchographie serrée dans ma main, puis je lai déchirée dans la rue, sous la pluie.
Le lendemain, jai repris mes études. Seule.
Dix ans plus tard, mon cabinet porte mon nom.
Et chaque matin, quand je mhabille, je choisis un tailleur, pas une robe.
La beauté est toujours une monnaie.
Mais désormais, je suis la banque.

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Née magnifique : L’art d’embrasser sa beauté naturelle à la française
Débarrasse une pièce de la maison, mes parents vont y vivre maintenant”, m’annonça mon mari avec un fait accompli.