Un soir tard dans le supermarché parisien. Irène était assise à la caisse, les larmes aux yeux, épuisée par la fatigue, l’injustice et la solitude. La nuit étoilée y était pour quelque chose.

Vos présents doivent refléter votre aisance, répliqua la bellemère.
Vous avez davantage de moyens que Sophie, donc vos cadeaux doivent être à la hauteur, grogna la bellemère.
Je ne sais vraiment pas quoi offrir à ma mère, murmura Laurent en saffalant à côté dÉlodie sur le canapé.
Élodie haussa les épaules. Choisir un présent pour la bellemaman était toujours une galère pour elle.
Les rapports avec Valérie Dupont étaient tendus depuis presque le premier jour.
Laurent avait tout de suite saisi la position de sa mère ; après en avoir parlé avec Élodie, le couple décida de prendre leurs distances.
Personne ne devait rien à personne. Ils ne se parlaient que ponctuellement au téléphone et ne se voyaient quaux rares réunions familiales, si lenvie se faisait sentir.
Cette année, Valérie avait décidé de fêter son anniversaire et avait convié une grande partie de la famille, y compris le jeune couple.
En fait, maman a dit quelle accepterait nimporte quel cadeau, se rappela soudain Laurent.
Elle dit toujours ça, puis elle fait la fine bouche, répliqua Élodie en se souvenant des souvenirs. Ta sœur peut lui offrir nimporte quoi, mais pas nous!
Elle se rappelait parfaitement la critique que Valérie Dupont leur avait déjà lancée à propos de chaque présent.
Souvienstoi du 8 mars. Questce quon lui a offert? Un luxueux coffret de cosmétiques, et quelle a été sa réaction? Des larmes et des reproches, affirmant quon la voyait vieille et peu séduisante, soupira Élodie. Le seul type de cadeau quelle appréciait était lor ou la technologie, car elle pouvait en juger le prix.
Peutêtre devraisje lappeler pour lui demander ce quelle voudrait? hésita Laurent.
Comme tu veux, répondit sa femme en secouant la tête.
Cherchant la solution la plus simple, Laurent composa le numéro de sa mère pour savoir quel présent elle souhaitait.
Mon fils, je nai besoin de rien. Votre présence suffit, répondit timidement Valérie Dupont.
Maman, tu es sûre? Tu ne nous en voudras pas? insista Laurent.
Bien sûr! Nimporte quelle babiole me fera plaisir, répliquatelle en riant. Laurent décida de se fier à ses paroles.
Maman a dit quon pouvait lui offrir ce quon voulait, ditil à Élodie.
Élodie le fixa avec scepticisme. Elle naccordait pas beaucoup de crédit aux propos de sa bellemère.
Cependant, sous linsistance de Laurent pour choisir luimême le cadeau, Élodie céda.
Je propose quon lui offre un robot aspirateur, pour quelle nait plus à pousser un tuyau partout, suggéra Élodie après avoir vérifié leur budget.
Le couple saccorda. Ils achetèrent à Valérie Dupont un présent denviron mille euros et se dirigèrent tranquillement vers la célébration.
La fêtée accueillit son fils et sa bellefille avec un visage ravi, qui se transforma aussitôt en mécontentement en voyant la boîte contenant laspirateur.
Pourquoi? grognatelle en soupirant. Mon fils, metsça dans la chambre.
Élodie resta quelques instants figée, choquée par la réaction de sa bellemaman.
Peu après, la sœur de Laurent entra avec son mari. Elle se jetait dans les bras de sa mère en sexclamant:
Maman, cest pour toi!
Merci, ma chérie! Vous avez deviné! sécria Valérie Dupont en la serrant.
Intriguée, Élodie se demandait quel était le précieux présent qui avait tant enchanté sa bellemère.
Avec surprise, elle vit que Sophie avait offert à sa mère un simple coffret de cosmétiques dune valeur denviron vingt euros.
Elle échangea un regard interrogateur avec Laurent, qui avait également remarqué le cadeau de sa sœur.
En lisant lexpression de Laurent, elle comprit quil était profondément déçu par la réaction de sa mère face à leur présent.
Pendant plusieurs heures, Laurent retint sa colère, mais quand Valée Dupont recommença à louer le cadeau de sa sœur, il explosa.
Maman, je peux te parler? demanda Laurent en lattirant à lécart.
Quy atil? demanda la femme en sapprochant de son fils. Quelque chose ne va pas?
Ça ne va pas, maman! Je tai demandé ce que tu voulais comme cadeau. Tu te souviens de ta réponse? rétorquatil avec reproche.
Je men souviens
Alors pourquoi réagir ainsi à notre présent? Alors que tu narrêtes pas de louer un coffret bon marché, ajouta Laurent, amer. Ne me mens pas en prétendant que je me fais des idées.
Je ne vais pas mentir. Vous avez plus dargent que Sophie, donc vos cadeaux doivent être à la hauteur, grogna Valérie Dupont.
Et selon toi, on vous offre quoi? De la pacotille? Pour te faire plaisir, on doit joindre un ticket de caisse à chaque présent? demanda Laurent, les sourcils froncés.
Ça suffit, il était clair quelle voulait clore la discussion rapidement. Que puisje y faire, si le cadeau de Sophie ma davantage plu?
Parce que tu ignores le prix du nôtre? demanda Laurent sarcastiquement. Si tu veux savoir, il vaut mille euros!
Si cher? sexclama Valérie Dupont, feignant la surprise.
Mais elle comprit vite comment sortir de cette position embarrassante.
Tu sais pourquoi je valorise davantage les cadeaux de la sœur de Sophie? Parce quils offrent selon leurs moyens, tandis que vous le faites négligemment, déclaratelle brusquement.
Maman, tu es sérieuse? Laurent se prit la tête entre les mains.
Aije lair de plaisanter? Vu vos revenus, vous auriez pu moffrir un séjour spa, ditelle en redressant fièrement la tête.
Laurent, sidéré par les propos de sa mère, la fixa sans cligner des yeux quelques secondes.
Pensestu vraiment quÉlodie et moi ayons de largent qui tombe du ciel chaque jour? sécriatil soudain.
Le cri de Laurent alerta sa femme et sa sœur, qui restèrent figées dans lembrasure de la porte, stupéfaites.
Sophie comprit rapidement la cause de ce remuemenage et prit immédiatement la défense de leur mère.
Maman ne veut pas de votre robot aspirateur, elle voulait un humidificateur. Le sien a cassé il y a trois jours. Si vous vous intéressiez un peu à sa vie, vous le sauriez, répliqua sa sœur.
Je lavais interrogée sur le cadeau! gronda Laurent en serrant les dents. Vous vous moquez de moi! À partir de maintenant, plus aucun cadeau! Nous essayons de vous satisfaire et vous nous critiquez! Le robot ne suffit pas, vous voulez un humidificateur! Excuseznous davoir déçu vos attentes! Partons! lançatil en se tournant vers Élodie.
Valérie Dupont seffondra en sanglots, tandis que Sophie la consolait, et le couple quitta les lieux le visage fermé.
Laurent tint sa promesse faite à sa mère. Pour ne plus rien acheter ni se sentir ridicule, il décida de ne plus assister aux réunions de famille, évitant ainsi toute source de stress.

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Un soir tard dans le supermarché parisien. Irène était assise à la caisse, les larmes aux yeux, épuisée par la fatigue, l’injustice et la solitude. La nuit étoilée y était pour quelque chose.
— Tu m’as trompé ! — Nicolas se tenait au milieu du salon, rouge de colère. — Trompé ? De quoi tu parles ? — Tu savais ! Tu savais que tu ne pourrais pas avoir d’enfants, et tu t’es tout de même mariée avec moi ! « Tu seras la plus jolie des mariées », disait ma mère en réajustant mon voile, et Antonine souriait à son reflet dans le miroir. Robe blanche à dentelle, Nicolas en costume strict. Tout serait comme dans ses rêves d’adolescente : le grand amour, un beau mariage, des enfants. Beaucoup d’enfants. Nicolas voulait un fils, elle une fille : ils s’étaient mis d’accord sur trois pour que chacun soit heureux. « Dans un an, je pouponnerai déjà ! » répétait la mère, en essuyant une larme. Antonine croyait chaque mot. Les premiers mois du mariage défilèrent dans un bonheur cotonneux. Nicolas rentrait du travail, elle l’accueillait avec le dîner, ils s’endormaient enlacés, et chaque matin, le cœur battant, elle comptait les jours. Retard ? Non, fausse alerte. Un mois, deux, trois… À l’hiver, Nicolas cessa de demander, plein d’espoir : « Alors ? » Désormais, il regardait Antonine en silence quand elle sortait de la salle de bain. « On devrait peut-être aller voir un médecin ? » proposa-t-elle en février après presque un an. « Depuis le temps… » marmonna Nicolas sans quitter son téléphone des yeux. À la clinique — odeur d’eau de Javel et de fatalité. Antonine attend dans la salle d’attente, feuilletant un magazine sur la maternité heureuse, se persuadant qu’il s’agit là d’une erreur. Elle va bien. Ce n’est qu’une question de malchance. Analyses. Échographies. Encore des examens. Les noms des procédures forment un flot ininterrompu de canapés froids et de regards indifférents de soignants. « Cinq pour cent de chances de concevoir naturellement », annonce la gynécologue en parcourant le dossier. Antonine hoche la tête, prend des notes, pose des questions. Dedans, tout gèle. Un traitement commence en mars. Avec lui, tout change. « Tu pleures encore ? » Nicolas franchit la porte de la chambre, sa voix plus irritée que compatissante. « Ce sont les hormones… » « Troisième mois ? Tu vas arrêter de faire semblant ? Ça suffit ! Antonine voudrait expliquer que c’est la thérapie, que le temps joue pour eux, que les médecins prédisent un résultat au bout de six mois à un an. Mais Nicolas est déjà parti, claquant la porte. La première fécondation in vitro est programmée à l’automne. Deux semaines alitée, à ne pas oser troubler le miracle. « Négatif », annonce laconiquement l’infirmière au téléphone. Antonine s’effondre dans le couloir et y reste jusqu’au retour de Nicolas. « Combien a-t-on dépensé pour tout ça ? » demande-t-il au lieu de « ça va ? » Deuxième essai. Désormais, Nicolas rentre après minuit, portant le parfum d’une autre. Antonine ne pose pas de questions. Nouvel échec. « Peut-être qu’on devrait arrêter… » Nicolas, assis face à elle dans la cuisine, fait tourner sa tasse vide. « Combien de temps encore ? » « Le troisième essai est souvent le bon, disent les médecins ». « Les médecins disent ce qu’on leur paie pour dire ! » La troisième tentative, Antonine la traverse pratiquement seule. Nicolas « travaille tard ». Les amies ne téléphonent plus — lassées de la consoler. Sa mère pleure au téléphone. À l’annonce du troisième « désolée », Antonine ne pleure même plus. Les larmes sont restées quelque part entre la deuxième cure et la dernière dispute au sujet de l’argent. « Tu m’as trompé ! » Nicolas, debout au milieu du salon, rouge de rage. « Trompé ? » « Tu savais ! Que tu étais stérile, et tu as quand même voulu te marier ! » « Je ne savais pas ! Le diagnostic est tombé un an après le mariage, tu étais là chez le médecin… » « Ne me mens pas ! » Il avance, elle recule. « Tu as tout manigancé ! Trouvé un pigeon pour t’épouser, et puis surprise ! Pas d’enfants ! » « Nicolas, s’il te plaît… » « Assez ! » Il fracasse un vase contre le mur. « Je mérite une vraie famille. Avec des enfants ! Pas ça ! » Il la montre comme si elle était une erreur de la nature. Les crises deviennent quotidiennes. Nicolas revient furieux, silencieux toute la soirée, puis explose à la moindre broutille. « On va divorcer », annonce-t-il un matin. « Quoi ? Non ! On peut adopter, j’ai lu que… » « Je ne veux pas d’enfant des autres ! Je veux un enfant à moi ! Et une femme qui puisse en faire un ! « Donne-moi une dernière chance, je t’en supplie, je t’aime… » « Moi plus. Il l’annonce calmement, les yeux dans les yeux. Bien pire que tous les cris. « Je fais ma valise », dit-il le vendredi soir. Antonine, recroquevillée dans un plaid sur le canapé, regarde Nicolas jeter ses chemises dans un sac. Mais il ne peut pas partir en silence. « Je m’en vais parce que tu es stérile. Je trouverai une vraie femme. » Antonine reste muette. La porte claque. L’appartement bascule dans le silence. Alors, enfin, elle pleure — pour de vrai, à en perdre la voix. Les premières semaines du divorce se fondent en une tâche grise. Lever, thé, se recoucher. Parfois oublier de manger. Parfois, quel jour on est. Les amies défilent, apportent des plats, rangent l’appart, tentent de converser — elle acquiesce, puis se replie sous le plaid. Mais le temps passe. Jour après jour. Un matin, Antonine se lève en se disant : « Assez. » Elle prend une douche, vide le frigo des traitements et s’inscrit à la salle de sport. Au travail, elle demande un projet exigeant. Le week-end, elle part en excursions, puis en courts voyages : Paris, Lyon, Annecy. La vie continue. Dimitri, elle le rencontre en librairie — tous deux attrapent le dernier ouvrage d’Amélie Nothomb. « Je vous en prie, dames d’abord », sourit-il. « Si je vous cède, vous m’inviterez au café ? » s’étonne-t-elle. Il rit, et ce rire la réchauffe intérieurement. Au café, il confie l’histoire de Clara — sa fille de sept ans, qu’il élève seul depuis cinq ans. Antonine ne veut pas mentir. Au troisième rendez-vous, elle confie tout. « Je ne peux pas avoir d’enfant. C’est un diagnostic officiel, trois FIV ratées, mon mari m’a quittée. Si c’est un souci, il vaut mieux le savoir maintenant. » Long silence de Dimitri. « J’ai déjà Clara, murmure-t-il enfin. C’est toi dont j’ai besoin, même sans enfant commun. » « Mais… » « Tu en seras capable », la coupe-t-il doucement. « Capable de quoi ? » « Être maman. Si tu en as envie. Ma propre mère avait le même diagnostic. Et regarde-moi : me voilà devant toi. Les miracles arrivent… » Clara l’accepte avec une facilité déconcertante. À la première rencontre, renfrognée, mais animée dès qu’Antonine demande son livre préféré : Harry Potter. Au second rendez-vous, elle lui prend la main. Au troisième, elle réclame la même tresse qu’Elsa. « Elle t’adore déjà », sourit Dimitri. « Jamais elle n’avait accepté quelqu’un aussi vite. » Deux ans défilent sans crier gare. Antonine s’installe chez Dimitri, apprend à faire des crêpes le samedi, connaît par cœur tous les épisodes de « Miraculous » et retrouve la force d’aimer, pour de bon. Un soir du Nouvel An, au douzième coup de minuit, Antonine formule un vœu : « Je veux un enfant. » Aussitôt, elle craint d’y croire encore. Mais le vœu s’est envolé… Un mois plus tard, retard. Test positif. Un, deux, trois, quatre, cinq. « Dimitri », dit-elle, tremblante, à peine sortie de la salle de bain. « Je… je ne sais pas comment… » Il comprend avant qu’elle ait fini. La prend dans ses bras, l’embrasse, la fait tournoyer. « Je le savais ! Je t’avais dit que tu en serais capable ! » Les médecins épluchent les dossiers, restent incrédules : « Ce n’est pas possible. Avec ce diagnostic… Vingt ans de métier, jamais vu ça. » « Mais je suis enceinte ? » « Oui. Huit semaines. Tout est normal. » Antonine rit aux éclats. Quatre mois après, elle croise un ami de Nicolas au supermarché. « Tu sais pour Nicolas ? » Demande-t-il en regardant discrètement son ventre. « Troisième mariage… Toujours rien. Les médecins disent que le problème vient de lui. Incroyable, non ? Tout était sur tes épaules… » Antonine reste de marbre. Ni joie, ni rancune. Rien, là où battait autrefois son amour. …Le petit naît un matin d’août, inondé de soleil. Clara, assise avec Dimitri dans le couloir, s’impatiente. « Je peux le prendre ? » demande Clara, le nez collé à la porte. « Tout doucement », dit Antonine en tendant le précieux fagot. « Soutiens bien la tête. » Clara contemple son petit frère, puis lève les yeux vers Antonine. « Maman, il sera toujours tout rouge comme ça ? Maman… » Antonine fond en larmes, Dimitri serre tout le monde. Clara, perplexe, passe son regard du bébé à ses parents. Et Antonine comprend l’essentiel : parfois il suffit d’avoir la bonne personne à ses côtés pour croire à l’impossible… Et vous, qu’en pensez-vous ? Partagez vos avis en commentaires, et soutenez l’auteur avec un like !