Laide mais dotée : Une histoire d’amour et d’héritage en France

**Journal Intime La Dot Malgré Tout**

Aujourdhui, alors que je sarclais le potager, le grincement du portail ma fait lever les yeux. « Paul, regarde Cest Vadim, non ? » Mon mari a hoché la tête, perplexe. « Oui, cest lui. Et il traîne un gros sac. » Nous avons échangé un regard éloquent. « On dirait quil sest fait virer Marion a dû le mettre à la porte. Il la bien cherché, ce Don Juan »

Paul a secoué la terre de ses mains nous étions en train de planter des légumes et est allé accueillir son frère. Moi, je suis restée là, à observer. « Paul me racontera Je ne vais pas courir vers ce narcissique. » Jallais reprendre mon travail quand Vadim ma fait un signe de la main, avec un sourire coupable et forcé. Je lui ai rendu son geste, pensant : « On dirait un chat qui a renversé la crème Il a dû faire une bêtise et na plus où aller. Il débarque comme un cheveu sur la soupe. »

La conversation entre Paul et Vadim a été brève. Mon mari est revenu vers moi, et Vadim est entré dans la maison.

« Tu avais raison, Nina ! ma dit Paul. Marion la jeté dehors. Bien sûr, il rejette tout sur elle. Mais nous, on sait Elle na plus supporté. »

« Qui pourrait lui en vouloir ? Elle a fermé les yeux assez longtemps sur ses beuveries et ses colères. Sans parler des fois où il a levé la main sur elle On la comprend : elle a chopé un gars plus jeune, beau gosse, et elle a enfin eu un enfant avec lui après cinq ans de stérilité avec son premier mari. Elle devait avoir peur de le perdre. » Jai réfléchi un instant.

« Oui, avec son physique Tu sais comment ils lappelaient à son ancien boulot ? » Paul a souri malicieusement. « La Mère Michel ! »

Jai haussé les sourcils.

« Sérieusement ? »

« Ouais. Et devine quoi ? Elle en rigolait. »

« Elle a de lhumour, cest vrai. Mais ça ne suffit pas quand ta vie de couple est un enfer » ai-je soupiré.

Paul avait rencontré Marion au travail. Elle avait vingt-huit ans, dispatcheuse dans une société de taxis, et lui réparait les radios des chauffeurs. Elle était mariée au directeur, un homme encore jeune. Cinq ans de mariage, pas denfant. À lépoque, Paul sétonnait quun type aussi charmant que Maxime ait épousé une femme si peu gracieuse et au caractère rugueux.

Un jour, Vadim est venu rendre visite à Paul. Cétait lanniversaire de Marion, et elle avait proposé de fêter ça au bureau. On a bien bu, bien ri, et une heure plus tard, Maxime avait été appelé ailleurs. Marion et Vadim, qui faisait les yeux doux à toutes les femmes, ont vite sympathisé. Elle riait à gorge déployée de ses blagues, et lui, ravi, enchaînait.

Paul na pas vu le moment où létincelle a jailli, mais cétait arrivé. En novembre, ils se sont rencontrés. En mars, Marion annonçait son divorce.

« Quest-ce que jattends de ce mariage ? Mon horloge biologique tourne, et toujours pas denfant Jai fait des examens tout va bien. Maxime refuse de consulter. Visiblement, les enfants ne font pas partie de ses projets. Et puis, il me trompe, jen suis sûre. Tout le monde me prend pour une idiote. On me montre du doigt : “Regardez-la, la Mère Michel, quest-ce quil lui trouve ?” »

Quand Vadim a annoncé son mariage, ses parents ont été ravis. Paul, sceptique, a demandé :

« Avec qui, Vadim ? »

« Avec Marion ! » a-t-il répondu, sourire aux lèvres.

« Elle a dix ans de plus que toi, et puis »

« Elle est moche, cest ça ? Et alors ? Elle est blindée ! Sa tante est directrice dun bureau détudes. Elle va my faire embaucher. Sa mère et son frère vivent en Israël, ils ont leur business. Ils lui envoient des colis chaque mois des chaussettes, du saumon fumé Son appart est top deux pièces, rénové. Et elle reçoit des euros pour les charges. Bon, lappart est au nom de sa mère Sans parler de la maison de campagne avec le potager. Bref, cest une femme à dot ! »

« La dot, cest bien. Mais est-ce que tu laimes, au moins ? »

« Bien sûr ! Elle a un caractère en or. Et elle cuisine divinement ! »

On sest tous regardés. Difficile de contredire ça

Ils se sont mariés.

Quand Marion a su quelle était enceinte, elle a explosé de joie.

« Je lavais dit à Maxime, cétait lui le problème ! Avec Vadim, trois mois de mariage, et hop ! »

La petite Élodie est née en parfaite santé. À six mois, Marion et Vadim la confiaient le week-end à ses grands-parents et filaient à la campagne. Le potager était immense, et Marion sy épuisait. Elle se plaignait parfois que Vadim la déposait là pour retourner en ville, prétextant du travail. Il faisait des extras et avait toujours de largent. Paul et moi, on leur rendait parfois visite pour laider.

Les années ont filé. Élodie a eu trois ans. On a fêté ça en famille, autour dun repas garni de spécialités israéliennes les cadeaux de la famille à létranger. La petite était habillée en marques, comme toujours. Mais Vadim a passé la soirée à sortir pour répondre au téléphone. Marion le fusillait du regard :

« Vadim, cest qui, là ? On a des invités ! »

« Du boulot, rien de grave »

Deux ans plus tard. Vadim travaillait maintenant avec Marion. Un boulot tranquille, bien payé.

Un jour, il a annoncé un voyage en Israël.

« La famille veut voir Élodie. Ma belle-mère a économisé trois ans pour nous offrir ça. Elle tient à son gendre préféré »

Le voyage a été une réussite. Vadim narrêtait pas de raconter :

« Ma belle-mère ne me lâchait pas ! Vadim par-ci, Vadim par-là Elle me gavait de gourmandises. Jai pris trois kilos ! »

Marion, souriante, lui caressait les cheveux.

Un samedi, en rangeant, jai entendu la sonnette. Ma belle-mère est allée ouvrir. Par la fenêtre, jai vu une jeune femme avec deux fillettes.

« Des mendiantes ? » me suis-je demandé. Non, trop bien habillées

Ma belle-mère a discuté cinq minutes avant de refermer le portail. Elle est revenue, livide.

« Cétait qui ? »

« Rien Elles cherchaient quelquun. »

Elle sest enfermée dans sa chambre avec mon beau-père. Ils ont chuchoté longtemps.

Un dimanche, Marion a appelé :

« Salut, Paul ! Vadim est chez toi ? »

« Non »

« Déjà parti ? Bon, il va rentrer. Alors, la fuite, cest réparé ? »

« Quelle fuite ? »

« Hier Vadim est parti vers cinq heures, il a dit que tu avais appelé pour une fuite deau. »

« Ah »

Un silence gênant.

« Je vois »

Paul a raccroché et appelé Vadim.

« Si tu inventes des excuses, préviens-moi ! Marion a appelé, et jétais à côté de la plaque. Elle a compris que tu mentais. Où tu étais, je men fiche, mais comment tu vas te justifier ? »

Ma belle-mère a entendu.

« Quest-ce qui se passe avec Vadim et Marion ? » Elle a hésité. « La semaine dernière, une certaine Ludivine est venue avec deux petites. Elle a dit que cétaient mes petites-filles. Les enfants de Vadim. » Elle a éclaté en sanglots. « Comment ça ? Il a une double vie ? Et si Marion lapprend »

Elle la appris. Des âmes charitables lont éclairée. Vadim avait une maîtresse depuis avant leur rencontre. Deux enfants.

« Voilà comment tu me remercies ! » hurlait-elle. « Le boulot, la maison, la voiture, le voyage Mon chéri ! Comment je vais lannoncer à ma mère ? Prends tes affaires et dégage ! Et trouve-toi un autre job demain, je préviens ma tante, et tu seras viré ! »

« Où je vais aller, mon cœur ? Pardon, je taime »

« Tu as une autre famille, non ? »

« Ludivine est avec un autre maintenant »

« Tes problèmes. »

Quand Vadim est arrivé chez nous, tel un chien battu, Paul a pensé : « Quelle imbécillité Perdre sa femme, sa vie dorée, pour finir comme dans la fable avec des regrets et rien dautre. Il est resté là, planté sur le seuil, son sac à moitié défait, les yeux rouges. Paul lui a tendu une tasse de café sans un mot. À lintérieur, jai continué de sarcler, le dos droit, comme si rien ne sétait passé. Ce nest pas à moi de panser ses blessures. Plus tard, jai entendu Paul lui dire : « Tu voulais la dot, Vadim ? Tu as tout perdu. Même la mascarade. » Le vent a emporté sa réponse, sil en a donné une. Et dans le potager, les plants de tomates, fidèles, continuaient de pousser.

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Laide mais dotée : Une histoire d’amour et d’héritage en France
Tombé amoureux d’une femme chaleureuse, ou Eh bien, qu’ils parlent ! — Tu me quittes pour cette campagnarde ? s’étonnait ma femme. — Ne parle pas ainsi de Ghislaine, s’il te plaît. C’est décidé, Ingrid. Pardonne-moi, — je rassemblais précipitamment mes affaires. — J’espère que tu reviendras vite à la raison. Sinon, c’est inévitable. Tes collègues, tes voisins, tous vont se moquer de toi. Et pour qui ? Une paysanne sans façon. Qu’allons-nous dire aux enfants ? Que leur papa cultivé est parti pour une fermière ? — Ingrid triturait nerveusement son mouchoir. — Aux enfants ? Grâce à Dieu, ils sont grands. Claire songera bientôt au mariage, et Valentin suit sa propre voie. Nous ne sommes plus leur exemple. Quant aux voisins, aux collègues, aux passants inconnus… Leur avis m’indiffère. Ma vie m’appartient. Je n’ai jamais jugé personne dans sa chambre à coucher, — je tentais d’expliquer le plus calmement possible à Ingrid ma décision. Mais rien n’y faisait. Quand un couple se sépare, la douleur est là, pour les deux. Ingrid regardait la rue, absente, assise à la cuisine. Je n’éprouvais plus la moindre compassion. Juste un vide, absolu. …Ingrid était ma troisième épouse. Quand je l’ai vue pour la première fois, mon cœur a vibré, mon âme s’est ouverte à un bonheur inconnu. Belle, soignée, sûre d’elle. J’étais, moi aussi, digne d’un Alain Delon. Les femmes me plaisaient follement, le choix ne manquait pas. Dans ma jeunesse, je tombais amoureux et me mariais aussitôt. Mais déçu par la routine, je partais vite, déçu. Les enfants, je ne les ai eus qu’avec Ingrid. Je croyais qu’Ingrid serait mon dernier port, mon ancre. Hélas… Une femme, comme un melon, on ne sait pas toujours ce qu’il y a dedans. Avec les années, l’amour joyeux s’assécha, tel un fruit oublié. En public, nous jouions le couple modèle, la famille idéale. Nos voisins nous enviaient (ou méprisaient ?) pour notre belle tranquillité. Les commères du quartier chuchotaient sur notre passage. Nous passions fiers, comme sur un tapis rouge. En fermant la porte derrière nous, tout changeait. D’abord, Ingrid n’avait rien d’une maîtresse de maison. Frigo vide, linge sale s’empilant, la poussière partout. Ingrid, impeccable manucure, coiffure soignée, maquillage frais. Elle croyait que le monde devait tourner autour d’elle. Ma femme se contentait d’être aimée et se voyait comme une star inatteignable. Son cœur fermé, à moi comme aux enfants. Ma mère vivait avec nous. Elle se taisait d’abord en constatant ce désordre, puis agissait sagement. Elle initiait discrètement Claire et Valentin à la cuisine, au ménage, à l’autonomie. Ingrid, qui se rêvait grande dame, appelait nos enfants par leur prénom complet — Claire et Valentin —, jamais une caresse, jamais un mot doux. Les enfants s’éloignaient d’elle, cherchant tendresse et justice auprès de leur grand-mère. Ingrid m’interdisait de discuter avec nos voisins. Elle-même leur lançait à peine un bonjour sec. …Les premières années, je ne remarquais rien de tout cela. J’aimais, tout simplement, me réjouissais de chaque jour passé en famille. Claire, brillante élève ; Valentin, cancre notoire. Je m’interrogeais : même foyer, même éducation, mais résultat opposé. Impossible de ramener Valentin dans la norme. Il refusait obstinément de travailler à l’école, jusqu’à haïr sa sœur pour sa surapplication. Il m’arrivait de séparer leurs bagarres. …C’était les années 90. Après le bac, Valentin rejoignit une bande louche, disparaissant trois ans. Rien. Disparu. Nous l’avons signalé disparu, en vain. Nous avons pleuré, fait notre deuil. On n’est jamais à l’abri d’un drame. Ma mère, regardant Ingrid, répétait un proverbe paysan : — Si le cavalier tombe, c’est que la mère l’a mal installé. Ingrid soufflait de colère, s’enfermant dans la salle de bain, sanglotant en silence. On gardait l’espoir du retour. Et un jour, Valentin est revenu. Amaigri, brisé, couvert de cicatrices. Avec une compagne, aussi abîmée. Nous avons accueilli ce couple avec crainte. Valentin nous dévisageait froidement, écoutait le silence, ne parlait guère. …Rapidement, Claire quitta la maison. Elle avait un compagnon instable, pas d’enfants, venait nous voir couverte de bleus, sans jamais se plaindre. Elle endurait. — Ma chérie, quitte-le, ce tyran ! Il te tuera un jour sans même le remarquer. Souviens-toi, si tu veux souffrir, tu trouveras bien un bourreau, — répétait en larmes ma vieille mère. — Mamie, tout va bien. Timothée m’aime. Les bleus, j’ai glissé dans l’escalier. Ça passera, — Claire n’était plus la première de la classe d’autrefois. …Et puis moi, à l’automne de ma vie, je me surpris à aimer encore. Quelle fougue, même moi je n’y croyais pas ! Comme on dit : « cheveux gris, folie aussi ». Après l’usine, je n’avais plus envie de rentrer. Là, disputes avec Valentin, froideur d’Ingrid, ironies maternelles : trois mariages ratés, enfants dispersés, femme maladroite… …À la cantine de l’usine, il y avait Gisèle, la cuisinière. Toujours joyeuse, naturelle, gentille. J’ai déjeuné tant d’années sans la remarquer, cette femme à la joue rose et bien en chair. Et quel rire… un ruisseau de printemps ! Toujours une plaisanterie, un sourire. Un vrai rayon de soleil. J’ai commencé à remarquer Gisèle, à l’inviter. Elle avait trois ans de plus que moi, veuve de longue date, son fils parti travailler au loin avec sa famille. Gisèle était tout le contraire d’Ingrid. Chignon en bataille, ongles courts sans vernis, juste un peu de rouge à lèvres. Mais il y avait chez Gisèle une chaleur, une lumière. Avec elle, tout semblait facile. Une joie simple, un amour de la vie. Chez elle, l’odeur des tartes régnait. Toujours du pot-au-feu, des boulettes, du riz… et elle adorait partager ! Impossible de ne pas tomber amoureux d’une femme aussi chaleureuse. Je me suis fait galant, bouquets et sorties obligent. Mais Gisèle fut prudente : — Nicolas, tu me plais, mais tu as une femme. Et tes enfants, que penseront-ils ? Je ne veux pas être la briseuse de votre famille. J’ai hésité, comme tant d’hommes… On marche sur de la glace fine. Il m’arrivait de dormir chez Gisèle. Ingrid devinait mes escapades. Des « amies » l’avaient informée, tout raconté, tout décrit, qui, où, quand… Notre histoire fit vite le tour du quartier. Ingrid fit une scène, traita Gisèle de « campagnarde mal lavée », menaça de se suicider. Six mois plus tard, je faisais mes valises et partais m’installer chez Gisèle. Elle exultait, ne savait plus où donner de la tête, me posa une seule condition : — Nicolas, dans un mois tu me montres ton acte de divorce. Sinon, ce sera fini. J’ai tenu parole. Nous nous sommes mariés plus tard, et je ne regrette rien. Claire et Valentin viennent nous voir, Gisèle les régale. Claire a quitté Timothée, Valentin s’est remis, va être papa. La vie l’a lassé de la marge. Gisèle les a réconciliés : — Vous êtes du même sang ! Appuyez-vous sur la famille, aidez-vous. Aujourd’hui, ils sont unis. Ma mère est partie pour son dernier sommeil. Ingrid… a vieilli, perdu de son éclat, ne me salue plus. On vit dans la même rue. Mais jamais je ne retourne sur les anciens chemins. On me jugera peut-être, mais c’est ma vie, mes choix. À moi d’en répondre. Je n’ai plus envie de vivre selon l’avis des autres…