Dans cette grande ville, Olivier Dupont était un homme connu de beaucoup. Restaurateur prospère, il possédait une importante chaîne de restaurants et de cafés, avec même quelques établissements dans une ville voisine. On le disait inflexible, incapable de pardonner la moindre offense. Tout était sous contrôle, chaque détail réglé avec précision.
Il vivait avec sa famille dans une maison de campagne, bien quil possédât aussi des appartements en ville. Mais la campagne offrait plus de tranquillité, un air plus pur, surtout près du lac et de la forêt voisine.
Sa seule fille, Élodie, venait de terminer le lycée et avait réussi ses examens dentrée à luniversité.
« Papa, » appela-t-elle au téléphone, « je suis admise, et je nai même pas eu besoin de ton aide ! Je viens de voir mon nom sur la liste. Me voilà étudiante. »
« Félicitations, ma fille, je savais que tu en étais capable. Tu auras un cadeau. »
« Ah oui, tu mavais promis le dernier iPhone. »
« Considère quil est déjà dans ta poche, » rit-il.
Même si Élodie avait échoué, Olivier aurait arrangé les choses pour quelle soit admise. Mais il était fier quelle y soit parvenue seule.
Sophie, sa mère, avait préparé un dîner en famille pour fêter lévénement. Olivier rentra du travail alors quelles lattendaient déjà à table.
« Bonsoir, mes chéries, » dit-il en faisant tourner la boîte du téléphone entre ses doigts. « Tiens, ma fille, tu las mérité. »
« Oh, papa, tu es vraiment le meilleur ! Tu exauces toujours mes souhaits, » sexclama Élodie, ravie.
Olivier, bien que très occupé, avait fait leffort de rentrer tôt ce soir-là. Dhabitude, il arrivait tard, et Sophie sy était habituée. Entre ses repas entre amis, ses séances de hammam, et parfois ses infidélités avec de jeunes femmes, il avait toujours mille choses à faire.
Élodie avait grandi dans le luxe : vêtements de marque, plats raffinés, entourée damis issus des mêmes milieux. Ceux qui venaient de milieux plus modestes la trouvaient hautaine, mais ils ne la connaissaient pas vraiment. Malgré son confort matériel, elle avait un cœur généreux et des relations sincères.
À luniversité, elle sortait souvent avec ses amis, généralement dans lun des restaurants de son père. Depuis six mois, elle fréquentait Théo, un camarade de promo. Lui aussi venait dune famille aisée, mais là où Élodie réussissait par ses propres moyens, Théo achetait ses résultats. Il était cruel, méprisant envers ceux moins fortunés, se moquant des filles modestes.
Ça la gênait parfois.
« Théo, aie un peu de respect. Tout le monde na pas les moyens de shabiller comme toi. »
Mais il était trop arrogant pour lécouter. Elle commença à réfléchir sérieusement.
« Je veux rompre avec Théo. Il me rend honteuse, » dit-elle à son amie Camille.
« Il va te dire des horreurs, mais je te soutiens. Il ne connaît aucune limite, » répondit Camille.
La rupture fut houleuse.
« Théo, je ne veux plus te voir. Et tu devrais revoir ton attitude. »
« Les gens ? Ce ne sont que des moutons, » rétorqua-t-il, cynique.
« Donc, je suis une moutonne aussi ? » demanda Élodie, choquée.
« Sûrement, si tu me quittes. Tu le regretteras. »
« Je ne crois pas. Adieu. »
Elle ne sortit avec personne pendant des mois, bien quelle ne manquât pas de prétendants. Même les amis de Théo se réjouirent de leur rupture.
Un jour, après les cours, elle entra dans un café appartenant à son père avec Camille. Un serveur, jeune et séduisant, sapprocha.
« Bonjour, je vous écoute, » dit-il en croisant son regard.
Elle fut immédiatement captivée par ses yeux profonds.
« Comme deux océans, » pensa-t-elle, tandis que Camille la regardait, étonnée.
Elles commandèrent, mais Élodie ne pouvait plus penser à rien dautre.
« Eh bien, tu es sous le charme, » gloussa Camille.
« Ses yeux, Camille Ils mont transpercée. »
« Ce nest pas ton genre, » répliqua son amie, espérant que ce ne serait quune passade.
Cétait Mathieu, étudiant en dernière année décole dingénieur, qui travaillait comme serveur pour subvenir à ses besoins. Sa mère vivait dans un petit village, alors il se débrouillait seul.
Cette nuit-là, Élodie ne dormit pas, hantée par son visage. Le lendemain, elle retourna au café. Peu de clients, et Mathieu, la voyant, rougit. Lui aussi avait senti cette étincelle.
Il prit sa commande, puis osa parler.
« Mathieu, vous travaillez ici depuis longtemps ? »
« Quatre mois. Je finis bientôt mes études. Je ne devrais pas parler aux clients, mais jaimerais continuer cette conversation. »
Elle sourit.
« À quelle heure finissez-vous ? »
« Dans quarante minutes. »
« Alors je peux attendre. »
Ils marchèrent longtemps ce soir-là. Mathieu était mal à laise : elle en voiture, lui à pied. Il comprit quelle venait dun milieu aisé.
Contraste frappant avec son luxe habituel, Mathieu était simple, sincère. Elle fut conquise. Leur histoire commença dans le secret, pleine de tendresse.
Mais le bonheur fut bref. Théo, apprenant leur relation, en informa Olivier, sachant quil ne tolérerait jamais cela.
Lorsque ses parents lapprirent, Olivier fut horrifié.
« Tu sors avec un serveur de mon café ? Cest une honte ! »
« Mais papa, il finit ses études, il travaille juste à côté. »
« Je ne tolérerai pas ça. Si tu ne romps pas, je men charge. »
Elle pleura. Elle aimait Mathieu trop pour renoncer. Ils rêvaient déjà de mariage.
Mais Olivier agissait. Il fit licencier Mathieu, le menaçant :
« Tu as compris ? Tu quittes cette ville. Ne tapproche plus de ma fille. »
Mathieu partit, incapable de résister. Il essaya dappeler Élodie, mais son numéro était injoignable. Son père avait tout coupé.
Élodie, dévastée, ne sut jamais où il était. Olivier avait effacé son numéro, lavait menacée.
Le temps passa. Elle se maria, sur insistance de ses parents, mais divorça au bout dun an et demi.
Puis Olivier mourut dans un accident. Sa mère, Sophie, lui proposa de reprendre laffaire familiale.
« Tu as étudié léconomie. Et Guillaume, le bras droit de ton père, taidera. »
Guillaume, loyal et compétent, lui enseigna tout. En un an, elle dirigea avec assurance.
Mais sa vie sentimentale restait vide.
Un jour, Camille lui proposa un voyage à Paris pour le Nouvel An.
« Viens avec nous ! Ma belle-mère a de la place. »
Paris lattirait, avec son romantisme et son élégance.
En se promenant sur les Champs-Élysées, elle heurta un homme. Levant les yeux, elle resta pétrifiée.
Mathieu.
Son cœur battit à tout rompre. Il était là, plus mature, mais toujours aussi beau.
« Élodie » murmura-t-il, aussi stupéfait quelle.
Ils sétreignirent, oubliant tout autour deux.
Les jours suivants furent un bonheur pur. Ils marchèrent, rirent, se turent ensemble.
Elle comprit que cette rencontre nétait pas un hasard.
Peu après, ils se marièrent. Mathieu la rejoignit, quittant son travail à Paris. Ils eurent deux enfants.
À trente ans, Élodie avait enfin trouvé le bonheur. Parce quon ne remplace pas lêtre aimé.







