**Dune rencontre à une séparation**
Il y a cinq ans, Hélène sest retrouvée seule. Son mari était mort après une longue lutte contre le cancer. Avant cela, leur unique fille, Amélie, sétait mariée et avait déménagé à Lyon, où elle avait dabord eu un petit garçon, Théo, puis trois ans plus tard, une fille, Léa. Quand son mari allait encore bien, Hélène rendait visite à sa fille. Mais quand il est tombé malade, elle na plus pu le quitter.
Amélie venait parfois, laissant les enfants avec son mari. Elle pensait quils navaient pas besoin de voir leur grand-père souffrir. Aux funérailles, elle est venue seule. Et juste après, elle sest dépêchée de repartir.
Désolée, maman, mais il faut que je rentre. Théo et Léa ont besoin de moi Et puis, tu peux venir chez nous, non ? Quest-ce que tu vas faire toute seule ici ?
Et elle est partie. Hélène est restée seule. Elle pensait sans cesse à son mari. Même malade, au moins il était là. Et maintenant ? Personne navait besoin delle.
Après neuf jours, elle a fini par décider daller chez Amélie. Mais sa fille et son gendre travaillaient toute la journée, et les petits-enfants, quelle ne voyait plus depuis longtemps, la regardaient avec méfiance. Hélène se sentait de trop. Après une semaine, elle a annoncé son départ.
Maman, tu veux pas rester encore un peu ? avait proposé Amélie, sans insister quand Hélène a refusé.
Elle nest plus jamais retournée chez eux. Lannée dernière, ils sont passés la voir en rentrant de vacances. Théo avait presque quatorze ans, les écouteurs vissés aux oreilles, les yeux collés à sa tablette. Léa, avec ses mèches roses, passait ses journées à envoyer des messages en mâchant du chewing-gum.
Hélène a essayé de parler à Amélie : tout ça ne devait pas être bon pour des enfants si jeunes. Savait-elle ce quils regardaient, à qui ils parlaient ?
Maman, tous les gamins sont comme ça maintenant. Si tu leur interdis, ça va juste empirer, avait répondu Amélie en haussant les épaules.
Avant leur départ, Hélène a tenté une dernière fois.
Je me sens si seule Pourquoi vous ne venez pas plus souvent ? Les enfants me connaissent à peine. Je suis encore en forme, tu pourrais peut-être les envoyer pendant les vacances ?
Maman, pourquoi te compliquer la vie ? avait répondu Amélie.
Mais ce sont mes petits-enfants ! Quest-ce que ça peut me compliquer ?
On verra, avait dit Amélie.
Mais en un an, elle na jamais envoyé les enfants, et ne venait presque jamais. Elle appelait de temps en temps, cest tout.
Alors, Hélène a décidé dy aller elle-même. Elle était à la retraite, libre. Les parents travaillaient toute la journée, et Théo et Léa ne mangeaient que des pizzas et des sushis. Quelle nourriture ! Elle sest mise à cuisiner. Au début, tout le monde avait été ravi des soupes, des crêpes et des tartes. Puis les enfants avaient recommencé à commander des pizzas. Son gendre lavait surprise en train de faire la vaisselle à la main et avait grogné :
On a un lave-vaisselle, tu sais. Pas besoin de tépuiser comme ça.
Amélie soupirait et rangeait la vaisselle à sa façon. Théo sétait plaint que sa grand-mère avait tout chamboulé dans son placard. Hélène avait essayé de se justifier : elle avait juste tout rangé proprement.
Maman, laisse-les tranquilles, avait conseillé Amélie.
Mamie, arrête les gâteaux, jai déjà pris un kilo, avait ajouté Léa.
Et la pizza, ça ne fait pas grossir ? avait rétorqué Hélène.
Bref, elle avait compris quelle dérangeait, quelle faisait tout de travers, et quil était temps de rentrer. Amélie ne la pas retenue, et son gendre sétait empressé de la conduire à la gare.
Hélène pensait à son mari. Si seulement Philippe était encore là Pourquoi était-il parti si tôt, la laissant seule ? Elle navait personne à qui parler. Qui soccuperait delle si, Dieu len préserve, elle tombait malade ?
Avant, elle tricotait, brodait. Mais maintenant, sa vue baissait, et ça lui donnait mal à la tête. Que faire à la retraite ? Faire des gâteaux ? Mais pour qui ?
Une de ses amies était morte peu après son mari. Lautre était trop occupée avec ses petits-enfants pour penser à Hélène.
***
Cétait lété indien, les derniers jours de douceur. Le soleil brillait malgré la fraîcheur. Les feuilles dorées crissaient sous les pas. Hélène a pris un sac de pain rassis et est allée se promener dans le parc.
Assise sur un banc, elle émiettait le pain pour les pigeons. Bientôt, toute une nuée sest rassemblée devant elle, même des moineaux sont venus.
Hélène les regardait en songeant à sa triste existence. La jeunesse passe si vite, la vie est fragile, et la vieillesse arrive sans prévenir. Elle avait espéré vieillir avec Philippe, se soutenir lun lautre. Il était mort, et sa fille et ses petits-enfants navaient pas besoin delle
Eh bien, ils ont vite fait le rapprochement, a dit une voix à côté delle.
Un homme était assis à lautre bout du banc. Hélène était si perdue dans ses pensées quelle ne lavait même pas remarqué. Bien habillé, à peu près son âge, peut-être un peu plus vieux.
Je vous vois souvent ici, a-t-il ajouté.
Hélène ne le connaissait pas. Elle ne faisait jamais attention aux autres quand elle se promenait, trop absorbée par ses réflexions.
Moi aussi, je suis seul. Ma femme est morte il y a huit ans, et je narrive toujours pas à my faire, a soupiré lhomme.
*Comme sil avait lu dans mes pensées*, sest dit Hélène. Elle la observé. Bien habillé, pantalon impeccable, rasé de près.
Jaime lautomne. Il fait beau aujourdhui. Les derniers jours de chaleur. Bientôt, la pluie va tout gâcher.
Il a levé son visage vers le soleil.
Quelquun soccupe de vous ? Vous êtes si bien habillé, a demandé Hélène.
Jai dû apprendre après ma femme. Ce nest pas sorcier. Mon fils a sa famille, ma belle-fille a déjà assez à faire. Vous pensez quun homme ne sait pas se débrouiller ? Je mappelle Gérard. Regardez ces moineaux, ils nont peur de rien. Ils volent les miettes sous le nez des pigeons. Et vous, comment vous appelez-vous ?
Hélène.
Jol







