La porte reste fermée

La porte reste fermée
Maman, ouvre la porte ! Maman, sil te plaît ! Les poings de son fils martelaient la surface métallique avec une telle force quon aurait cru quil allait la défoncer. Je sais que tu es là ! La voiture nest pas dans lallée, donc tu nes pas sortie !
Élodie-Marie restait debout, le dos tourné à la porte, serrant entre ses mains une tasse de thé froid. Ses doigts tremblaient si fort que la porcelaine cliquetait contre la soucoupe.
Maman, quest-ce qui se passe ? La voix dAntoine sonnait de plus en plus désespérée. Les voisins disent que depuis une semaine, tu ne laisses entrer personne ! Même pas Camille !
Au nom de sa belle-fille, Élodie-Marie eut une grimace. Camille. Sa précieuse Camille, pour laquelle il était prêt à tout. Même ce qui sétait passé jeudi dernier.
Maman, jappelle un serrurier ! la menaça Antoine. On va forcer la serrure !
Nose pas ! cria enfin Élodie-Marie, sans se retourner. Nose même pas y toucher !
Maman, mais pourquoi ? Quest-ce qui sest passé ? Parle-moi !
Élodie-Marie ferma les yeux, essayant de rassembler ses pensées. Comment lui expliquer ce quelle avait entendu ? Comment lui dire ce quelle avait deviné par hasard, alors quelle se tenait dans le couloir de la clinique ?
Maman, je ten supplie La voix dAntoine sadoucit, presque suppliante. Je suis inquiet pour toi. Camille aussi sinquiète.
Camille sinquiète. Bien sûr. Elle devait avoir peur que ses plans tombent à leau.
Va-ten, Antoine. Va-ten et ne reviens pas.
Maman, tu es malade ? Tu as de la fièvre ? Je peux appeler un médecin.
Je nai pas besoin dun médecin. Jai besoin quon me laisse tranquille.
Élodie-Marie se leva et sapprocha de la fenêtre. Dans lallée, Antoine était au téléphone. Sans doute en train de dire à Camille que sa mère faisait encore des caprices.
Son fils leva les yeux et la vit. Il lui fit signe quil montait. Elle recuda et se rassit dans son fauteuil.
Une minute plus tard, on frappa de nouveau à la porte.
Maman, cest moi avec Camille. Ouvre, je ten prie.
Élodie-Marie serra les dents. Donc, il lavait amenée. Sa femme, celle qui planifiait si soigneusement leur avenir.
Élodie-Marie la voix douce de sa belle-fille résonna , cest Camille. Ouvre, sil te plaît. Antoine est très inquiet.
Quelle excellente comédienne. Elle savait changer de ton quand il le fallait.
On ta apporté à manger continua-t-elle. Du lait, du pain, une tarte aux noix, comme tu aimes.
Une tarte aux noix. Élodie-Marie eut un sourire amer. Il y avait un mois, Camille avait découvert que sa belle-mère adorait la tarte aux noix et depuis, elle en achetait tout le temps. Quelle belle-fille attentionnée.
Élodie-Marie, dis-nous au moins quelque chose la voix de Camille semblait sincèrement inquiète. On sinquiète pour toi.
Vous vous inquiétez murmura Élodie-Marie, mais si bas quils ne lentendirent pas.
Maman, je ne pars pas avant que tu ouvres ! déclara Antoine. Je reste là toute la nuit sil le faut !
Elle savait quil ne plaisantait pas. Il avait toujours été têtu, même enfant. Quand il sentêtait, rien ne pouvait larrêter.
Daccord finit-elle par dire. Mais toi seul. Seul.
Quoi ? Antoine ne comprenait pas.
Camille doit rentrer. Je ne parlerai quà toi.
Elle entendit leurs chuchotements dans le couloir.
Maman, mais pourquoi ? Camille aussi sinquiète.
Parce que cest comme ça. Soit tu viens seul, soit personne.
Nouveaux chuchotements, puis la voix de Camille :
Daccord, Élodie-Marie. Je men vais. Antoine, appelle-moi dès que tu sais ce quil se passe.
Elle attendit que les pas sestompent dans lescalier, puis sapprocha lentement de la porte et tourna la clé.
Antoine entra comme une tornade, létreignit et la regarda avec inquiétude.
Maman, tu as maigri ! Tu es pâle ! Quest-ce qui se passe ? Tu es malade ?
Je ne suis pas malade elle se dégagea de ses bras et se dirigea vers la cuisine. Tu veux du thé ?
Oui il sassit à table, les yeux fixés sur elle. Dis-moi ce qui se passe. Pourquoi tu tenfermes depuis une semaine ?
Élodie-Marie posa la bouilloire sur la plaque et se tourna vers lui.
Pourquoi ouvrirais-je la porte ? Quest-ce que jai à attendre de bon ?
Maman, quel rapport ? Tu ne peux pas rester enfermée éternellement. Il faut bien faire les courses, aller chez le médecin
La voisine, Sophie, y va pour moi. Je lui donne la liste et largent. Et chez le médecin, je ny retourne pas.
Pourquoi pas ?
Elle versa leau bouillante dans les tasses, ajouta du sucre.
Parce que la dernière fois, jy ai entendu des choses que jaurais préféré ne jamais savoir.
Antoine fronça les sourcils.
Quest-ce que tu as entendu ?
Ta femme. Elle parlait au téléphone avec une amie. Elle ne savait pas que jétais là.
Quest-ce quelle disait ?
Elle sassit face à lui et le regarda droit dans les yeux. Ses yeux, si semblables à ceux de son père bons, sincères. Était-il capable dune telle chose ?
Elle parlait de comment ils allaient vendre mon appartement. Comment ils allaient menvoyer dans une maison de retraite. Comment ils dépenseraient largent.
Antoine devint livide.
Maman, tu as mal compris. Camille ne ferait jamais
Jai parfaitement compris elle linterrompit. Mot pour mot. Et elle disait : « Antoine est déjà daccord. Il dit que sa mère ne peut pas vivre seule, cest dangereux à son âge. On la met dans une bonne maison, on vend lappartement. Largent servira pour lapport. »
Maman, je nai jamais
Ne minterromps pas ! elle éleva la voix. Et elle a ajouté : « Heureusement que ma belle-mère est douce, elle ne se doute de rien. Elle croit quon laime. Mais elle ne fait que nous encombrer. »
Antoine baissa la tête. Ses poings se serrèrent.
Maman, je te jure, je nai jamais été daccord avec ça. Camille doit rêver éveillée.
Rêver ? elle eut un rire amer. Alors pourquoi donnait-elle autant de détails ? Sur la maison de retraite, sur largent
Et ainsi, le cœur lourd mais apaisé, Élodie-Marie poursuivit sa soirée seule, sachant que, quelle que soit la décision de son fils, elle garderait sa dignité et sa maison jusquau bout.

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La porte reste fermée
Tu es l’aîné de la famille, il faut donc aider ta petite sœur ! Tu possèdes deux appartements, c’est normal d’en offrir un à ta sœur ! Nous venions à peine de célébrer l’anniversaire de ma belle-sœur, Amélie, qui ne m’a jamais témoigné la moindre sympathie — et c’était réciproque. Toute la famille était réunie : des grands-parents aux petits cousins, jusqu’à la reine de la fête. Chacun félicitait mon mari, non seulement pour l’anniversaire de sa sœur, mais aussi pour sa supposée générosité. Mon mari et moi avons reçu les compliments en restant perplexes, découvrant une enveloppe contenant 100 euros comme cadeau. C’était convenable, sans être particulièrement généreux. Mais le mystère s’est levé lorsque ma belle-mère a prononcé son discours : « Marc, ta sœur fête son anniversaire aujourd’hui. Elle est encore seule, sans compagnon, donc en tant que grand frère, c’est à toi de veiller sur elle et de lui assurer une sécurité. Tu possèdes maintenant deux appartements, il est normal d’en donner un à Amélie. » Tout le monde a applaudi, moi j’ai failli tomber de ma chaise devant un tel culot. Mais ça ne s’est pas arrêté là. « Frérot, tu me donnes celui dans le nouvel immeuble ! Quand puis-je m’y installer ? » a lancé la principale concernée, décidée à en découdre. En réalité, nous avions deux logements : l’un, hérité de ma grand-mère et rénové, que nous louons pour rembourser le crédit du nouvel appartement où nous habitons réellement. Mon mari n’a aucun droit sur le bien que j’ai hérité et que nous voulons transmettre à notre enfant — hors de question d’en faire cadeau à ma belle-sœur ! « Oublie ça, le logement que nous louons m’appartient, et celui qui te fait rêver est notre résidence principale. » « Ma fille, tu te trompes, tu es la femme de mon fils et donc, tout ce que vous possédez appartient à votre couple et devrait être géré par ton mari.» « Tu es libre d’aider qui tu veux, mais pas en utilisant mon patrimoine ! » ai-je lancé à Marc. « Tu as quelque chose à ajouter ? » Il a répondu : « Chérie, nous gagnerons plus d’argent et achèterons un nouvel appartement, ainsi on pourra offrir celui-ci à Amélie — c’est son anniversaire aujourd’hui. » « Tu es sérieux ? » ai-je demandé, interloquée. « Si un jour c’est nécessaire, tu pourras donner à ta sœur une partie de notre appartement commun, mais uniquement après notre divorce ! » « Tu n’as pas honte de parler ainsi à ton mari ? Si tu veux divorcer, très bien, tu l’auras ! Fils, je pense que tu devrais faire ta valise et rentrer chez ta mère, et toi, tu es cruelle et avide ! » s’est écriée ma belle-mère. Après ces paroles, j’ai quitté cette maison de fous, refusant de rester parmi ceux qui pensent avoir le droit de gérer mon bien.