J’ai surpris mon mari au téléphone qui disait : ‘Il ne lui reste plus longtemps.’ Depuis, j’ai arrêté de prendre les pilules qu’il me donnait.

**Journal dune Survivante**

Jai entendu mon mari parler au téléphone par hasard : « Elle nen a plus pour longtemps. » Après ça, jai arrêté de prendre les pilules quil me donnait. La porte du bureau était entrouverte. Juste un doigt de large, mais assez pour que sa voix, dordinaire douce et enveloppante comme une couverture chaude, matteigne dun ton sec et professionnel.

Tout se passe comme prévu. Les médecins disent quelle nen a plus pour longtemps.

Je me suis figée dans le couloir, serrant un verre deau. Dans lautre main, deux capsules que Sébastien, mon mari, mapportait deux fois par jour. « Tes vitamines, ma chérie, pour te donner des forces. Pour que tu guérisses vite. »

En six mois de mariage, je métais habituée à cette « attention ». À la faiblesse, au brouillard dans ma tête, à ce vaste monde réduit aux murs de notre appartement parisien. Javais presque cru que jétais gravement malade.

Mais cette phrase, lancée dans le combiné, était dépourvue de toute compassion. On y devinait un calcul froid comme lacier.

Je suis retournée lentement dans la chambre, les jambes en coton. Mes mains tremblaient. Jai ouvert la fenêtre et, sans desserrer le poing, jeté les capsules dans les lilas touffus du jardin. Je ne prendrais plus aucune de ses pilules.

Le matin, il est entré avec un plateau. Le même sourire, le même regard « attentionné ». Mais je ne voyais plus quun masque, derrière lequel se cachait un prédateur.

Bonjour, ma belle endormie. Cest lheure de tes médicaments.

Jai avalé ma salive épaisse.

Je les ai déjà pris, ai-je menti dune voix calme. Je les ai trouvés sur la table de nuit, je les ai avalés avec de leau. Je me suis réveillée tôt.

Il a froncé les sourcils, juste une seconde. Il a examiné la table de nuit, le verre.

Cest bien. Tu prends soin de toi. Cest bon signe.

Toute la journée, jai fait semblant dêtre apathique, comme dhabitude. Mais cétait difficile. Mon corps, privé de sa dose habituelle de poison, se rebellait.

Javais froid, la tête me tournait, et au lieu du brouillard, des éclairs de lucidité douloureuse massaillaient. Je me sentais comme une droguée en manque.

Le lendemain, jai de nouveau « pris » les pilules avant son retour je les ai jetées dans les lilas. Sébastien était visiblement contrarié.

Aurélie, on va faire un deal : tu mattends. Il est important de les prendre à la même heure.

Il est devenu plus attentif. Il entrait plus souvent dans la chambre, restait longtemps au bord du lit, scrutant mes yeux comme sil cherchait à y lire quelque chose.

Tu es bien pâle aujourdhui. Et tes mains sont froides. Peut-être devrions-nous augmenter la dose ?

Non, ai-je murmuré. Je vais un peu mieux.

Cétait un jeu dangereux pour la survie.

Les nuits sont devenues un supplice. Je restais éveillée, feignant le sommeil, écoutant ses mouvements. Chacun de ses soupirs glaçait mon cœur. Une nuit, il sest levé et est sorti.

Jai attendu le grincement de la porte de son bureau, puis, maccrochant au mur pour ne pas tomber de vertige, je lai suivi.

Il parlait encore au téléphone, cette fois plus bas, presque en chuchotant.

Elle soupçonne quelque chose. Elle refuse de manger, dit quelle na pas faim. Elle est devenue trop lucide. Son regard a changé.

Je me suis collée contre le mur. Mon cœur battait si fort quil aurait dû lentendre.

Il faut accélérer. Jai déjà contacté le notaire. Maître Dubois est compréhensif. Je lui ai expliqué quen tant que médecin, tu conseillais de signer une procuration tant quelle comprend encore quelque chose. Sa signature, et ce sera fait. La fortune de Sophie sera à moi.

Sophie. Ma mère. Elle était morte un an plus tôt, me laissant tout. Lhéritage que mon mari considérait déjà comme sien.

Je suis retournée au lit juste avant son retour. Il sest penché sur moi, et jai senti le

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La bague arrivée trop tard