Tu ne veux pas vivre selon mes règles ? Alors pars ! exigea la belle-mère lors du dîner familial.
Élodie, et si on essayait une autre recette pour les pommes de terre ? Jen ai une très bonne, avec des champignons, proposa timidement Camille en remuant la soupe dans la casserole.
Je nai pas besoin de tes recettes ! coupa net la belle-mère, sans lever les yeux de sa carotte quelle épluchait. Trente ans que je cuisine pour cette famille, et tu viens avec tes idées farfelues !
Camille soupira et continua à remuer. Cela faisait six mois quelle et Théo avaient emménagé chez sa mère après lincendie de leur appartement. Six mois de disputes quotidiennes, de regards désapprobateurs et de remarques acerbes quÉlodie assaisonnait de prétendue sollicitude familiale.
Maman, pourquoi tu réagis comme ça ? intervint Théo en entrant dans la cuisine, déposant un baiser sur le front de sa femme. Camille cuisine bien, pourquoi ne pas essayer quelque chose de nouveau ?
Ah, toi aussi, tu es contre moi ! sexclama Élodie, les mains en lair. Trente-deux ans que je te nourris, et maintenant ma cuisine ne te suffit plus ?
Maman, ce nest pas ça
Alors, cest quoi ? La belle-mère frappa violemment son couteau sur la planche à découper. Dabord, ils sincrustent chez moi, maintenant ils veulent me dicter comment cuisiner !
Camille sentit une boule se former dans sa gorge. « Sincrustent » Comme sils étaient des mendiants, et non des sinistrés sans toit.
Élodie, je ne dicte rien, je suggère juste, murmura-t-elle en éteignant le gaz sous la soupe.
Justement ! Qui ta demandé ton avis ? Cest ma maison, ma cuisine ! Élodie se leva, les mains sur les hanches. Et cest moi qui décide ici !
Théo regarda tour à tour sa mère et sa femme, désemparé. Camille vit son malaise et en eut encore plus mal au cœur.
Bon, je vais mettre la table, dit-elle en quittant la cuisine, essayant de ne pas claquer la porte.
Dans le salon, leur fille de quatorze ans, Léa, faisait ses devoirs sur le canapé. Elle leva les yeux en entendant les pas.
Encore une dispute ? chuchota-t-elle.
Non, juste une discussion, tenta de sourire Camille en sortant les assiettes du buffet.
Maman, quand est-ce quon retourne dans notre appartement ?
La question faisait mal. Lassurance navait couvert quune partie des dégâts, et largent manquait cruellement. Théo était chauffeur, elle enseignait à lécoleleurs salaires étaient modestes.
Bientôt, ma chérie. Tiens bon encore un peu.
Jen peux plus ! sécria Léa. Hier, jai mis de la musique, elle a débarqué en hurlant que cétait de la cacophonie ! Et ce matin, elle ma reproché de marcher trop fort ! Je marche déjà sur la pointe des pieds !
Camille caressa les cheveux de sa fille. Léa était sage, mais même sa patience avait des limites.
Elle a du mal à shabituer, cest tout.
Elle nest pas une vraie grand-mère ! rétorqua Léa. Les vraies grand-mères aiment leurs petits-enfants, pas elle
Chut, elle va entendre.
Et alors ? Je men fiche !
Un bruit de vaisselle brisée venant de la cuisine interrompit leur conversation. Camille sy précipita.
Quest-ce qui sest passé ?
Ta femme a cassé une assiette ! semporta Élodie, montrant les morceaux par terre. Le service de ma défunte belle-mère ! Le seul qui me reste !
Théo, balai à la main, regardait les débris, déconcerté.
Maman, cétait un accident ! Je voulais taider à porter les assiettes
Aider ? Apprends plutôt à ta femme à respecter les affaires des autres !
Quest-ce que jai à voir là-dedans ? sindigna Camille. Cest Théo qui a cassé !
Tout est de ta faute ! Élodie lui fit face. Vous avez débarqué ici, et maintenant mon fils se comporte comme un gamin ! Avant, il ne cassait jamais rien !
Maman, cest absurde, tenta Théo.
Absurde ? Avant ton mariage, tu étais un fils attentionné. Maintenant, tu ne penses quà elle !
Camille sentit la colère monter. Six mois de ressentiment létouffaient.
Élodie, ça suffit, dit-elle dune voix calme, malgré elle. On fait de notre mieux pour ne pas déranger
Cinq cents euros par mois ! ricana Élodie. Lélectricité seule en coûte trois cents !
On a proposé de payer plus, vous avez refusé, rappela Camille.
Bien sûr ! Je ne suis pas une mendiante ! Jai ma pension !
Théo jeta les morceaux à la poubelle, le visage sombre.
Maman, allons dîner. La soupe va refroidir.
Quel dîner ? Vous mavez coupé lappétit avec vos cris !
Cest vous qui criez, rétorqua Camille.
Moi ? Chez moi, je nai même pas le droit délever la voix ?
Vous avez tous les droits. Mais arrêtez de nous accuser.
Vous me dérangez, cest un fait ! Six mois que je ne peux plus respirer chez moi !
Léa apparut dans lencadrement de la porte.
Je peux aller chez Chloé ?
Non ! tonna Élodie. Tes devoirs sont faits ?
Presque
Alors finis-les !
Léa disparut, et Camille vit son expression blessée. Quelque chose en elle se brisa.
Ne criez pas sur elle.
Ne me donne pas dordres ! savança Élodie. Chez moi, cest moi qui décide !
Léa est ma fille.
Raison de plus ! Apprends-lui le respect !
Elle est respectueuse. Mais quand on lui crie dessus sans raison
Sans raison ? Elle hurle sa musique toute la journée !
Elle étudie ! Cest normal pour une ado !
Ce qui est normal, cest que chacun vive chez soi !
Un silence tomba. Théo serrait les poings.
Maman
Quoi, maman ? Tu vois bien quils me pourrissent la vie !
Des larmes coulèrent sur les joues de Camille.
On ne veut pas vous ennuyer. On fait de notre mieux.
Votre mieux ? Hier, une assiette traînait dans lévier !
Cétait la vôtre ! Vous avez mangé votre porridge et lavez laissée là !
La mienne ? Bien sûr, maintenant tout est ma faute !
Maman, arrête, intervint Théo.
Toi, tais-toi ! Tu las épousée, assume !
Camille essuya ses larmes.
Très bien, Élodie. On part demain.
Quoi ? sexclama Théo. On na pas les moyens
On se débrouillera. On louera un studio.
Élodie sembla paniquer.
Je ne vous chasse pas !
Non. Mais on comprend quon vous dérange.
Attendez, parlons-en calmement
À quoi bon ? sourit tristement Camille. Vous avez raison. Cest chez vous.
Je ne voulais pas





